Johanne Levasseur, directrice du CPE Jardins d’A.M.I.S, Judith Munger, bibliothécaire scolaire, Josiane Bergeron, coordonnatrice du projet PRÉE, Ramon Candelario Vasquez, élève, Marie-France Bélanger, coprésidente de la TECIE et du projet PREE, Lisette Maillé, mairesse d’Austin, et Christian Provencher, coprésident de la TECIE et du projet PREE.

Sondage: 22 % ont pensé décrocher dès 13 ans

Près du quart des jeunes vulnérables au décrochage ont commencé à penser à abandonner l’école dès l’âge de 13 ans, montrent les résultats d’un sondage Léger dévoilé à l’occasion des Journées de la persévérance scolaire (JPS) 2018. On y apprend également que 52 % ont été victimes d’intimidation et que 43 % consommaient des drogues ou de l’alcool de façon occasionnelle ou régulière.

Les résultats du sondage ont été dévoilés lundi matin avec le coup d’envoi des JPS, qui se déroulent jusqu’à vendredi. Ce coup de sonde a été mené auprès de Québécois âgés entre 18 et 34 ans qui ont décroché, pensé à abandonner l’école ou encore qui ont raccroché. Un peu plus de 1000 personnes ont été sondées.

« Le premier grand constat du sondage est qu’il existe une multitude de facteurs qui font une différence dans la réussite des jeunes », note Josiane Bergeron, coordonnatrice du projet Partenaires pour la réussite éducative en Estrie (PRÉE). « On sait entre autres aussi que pour les raccrocheurs, à 34 %, c’est une expérience de travail qui a motivé leur choix de retourner à l’école. Le rôle du milieu des affaires dans la persévérance scolaire est essentiel pour ces jeunes-là. Ils ont fait le choix d’aller chercher un diplôme ou une qualification à cause de leur expérience de travail. »

La moitié des répondants ont rapporté avoir subi de l’intimidation. Quelle réflexion les intervenants peuvent-ils tirer devant une telle donnée?

« Ces jeunes-là qui ont été interviewés de 18 à 34 ans, pour certains leur parcours à l’école date d’il y a quelques années (...) Dans les 10 ou 15 dernières années, beaucoup de mesures ont été mises en place dans les écoles ou dans les différents organismes du milieu. Ça vient juste renforcer l’importance de continuer à mettre en place différentes mesures pour faire en sorte que les jeunes ne vivent pas de l’intimidation », commente Mme Bergeron. Sept pour cent des répondants ont commencé à penser à abandonner l’école dès le primaire.

Les décrocheurs sont « significativement plus nombreux » à ne pas occuper un emploi et ils sont deux fois plus nombreux à gagner 20 000 $ et moins.

En Estrie, plus de 275 activités auront lieu dans le cadre des JPS.

« Pendant ces cinq jours, c’est le Québec qui se mobilise pour la cause », a souligné Christian Provencher, coprésident de la Table estrienne de concertation interordres en éducation (TECIÉ) et du projet PRÉE.

Les intervenants présents au lancement ont rappelé que de nombreux gestes peuvent être posés afin de donner le goût de l’école aux jeunes, comme valoriser l’éducation ou leur donner accès aux livres. D’ailleurs, le sondage montre que 45 % des répondants ne lisaient pas à la maison, mis à part les lectures pour les travaux scolaires. De plus, quelque 18 % n’avaient pas de livre à la maison et 65 % ne fréquentaient pas leur bibliothèque municipale. Les trois quarts des jeunes interrogés ont affirmé qu’ils s’ennuyaient à l’école. Le sondage a été mené à la demande du Réseau des instances régionales de concertation sur la persévérance scolaire et la réussite éducative du Québec.

La Fondation Le Goéland pour aider les jeunes

Des enseignants du Goéland lancent une fondation qui viendra supporter les élèves de l’établissement, qui permet aux jeunes de 16 à 21 ans de raccrocher, de persévérer et de compléter une formation afin de gagner le marché du travail.

La Fondation Le Goéland caresse différents objectifs, dont de fournir une aide financière à des élèves. « La Fondation est partie du fait qu’à l’école, honnêtement, nos jeunes étaient rendus là. Nos jeunes en avaient besoin. Notre clientèle de jeunes de 16 à 21 ans a beaucoup de difficultés. On a pas mal la pointe du diamant : les jeunes qui ne fonctionnent pas dans les autres écoles ou qui ont des difficultés dans leur parcours scolaire, on les reçoit ici. Le but de la fondation, c’est de les outiller », remet en contexte Olivier Brisson, un des enseignants du Goéland qui a travaillé à la mise sur pied de la fondation, aux côtés de Mélissa Milani, Karina Veilleux et Carina Beltrano.

Les jeunes abandonnent parfois pour des raisons financières ou encore parce qu’ils n’ont pas le soutien de leur famille, illustre-t-il. « On est une école où l’on encourage le raccrochage scolaire. Il faut trouver des façons pour ne pas qu’il y ait de décrochage en raison de choses extérieures », renchérit l’enseignante Karina Veilleux.

Un des grands projets de la fondation est d’aménager des cuisines dans les locaux de la rue de l’Ontario.
« Il y en a plusieurs qui vont même faire leur épicerie au dépanneur. On veut instaurer de saines habitudes de vie », explique Mélissa Milani, également enseignante.

Elle se remémore l’histoire d’un jeune pour qui prendre l’autobus était source d’anxiété. L’équipe lui a déniché un vélo... qui a fait toute la différence. Fini les retards ou les absences. Si un tel coup de pouce peut aider un jeune à poursuivre son parcours, la demande sera examinée. « On n’imagine pas, des fois, les détails qui font la différence, renchérit l’enseignant Karl Lachance. Étant donné notre grande proximité avec le jeune, on peut avoir une meilleure idée de ce qu’il peut vivre. »

« C’est pour aider les jeunes qui, malgré leur bonne volonté, ne peuvent pas suivre... » lance Mme Veilleux.
Certains ont toujours un pied dans la vie active et l’équipe d’enseignants ne peut le nier, note M. Lachance. « Ce ne sont pas des jeunes du secondaire de 16 ans; ce sont des jeunes qui ont du vécu à l’extérieur, qui sont revenus à l’école, qui n’ont pas le choix; ils ont des responsabilités. Ils ont des obligations. »

Miser sur la différence


Le Goéland, créé en 1982, joue un rôle dans la scolarisation d’environ 1000 élèves par année. Le portrait de ces jeunes est très varié : certains sont issus de l’immigration et sont arrivés dans leur terre d’accueil depuis peu, d’autres sont devenus parents à un jeune âge, d’autres encore reviennent sur les bancs d’école après avoir expérimenté le marché du travail.

« Certains travaillent de nuit et viennent à l’école de jour, certains sont en foyer d’accueil... », illustre Mme Veilleux. « La situation des immigrants, ce n’est pas toujours facile, la situation dans laquelle ils arrivent et d’où ils partent. »

« La différence, ça amène aussi de belles choses », plaide Mme Milani.

Les enseignants soulignent que le Goéland joue lui-même un rôle important sur la persévérance scolaire et le taux de diplomation. De tous ceux qui obtiennent un diplôme, environ 19 % l’obtiennent par l’entremise de leur passage au Goéland.

« Tu peux avoir des difficultés à accomplir ton projet scolaire, mais ça ne veut pas dire que tu ne seras pas bon dans ce que tu veux faire. Il faut juste que tu aies un chemin plus facile pour le faire », souligne Karl Lachance.

Le lancement de la fondation sera marqué par la tenue d’une soirée spectacle du duo Corbeil et Maranda le 19 avril au Théâtre Granada. Il est possible d’acheter des billets (au coût de 45 $) via la salle de spectacle ou encore en communiquant avec la Fondation au 819 822-5505, poste 16715.
Les responsables du projet courtisent aussi en ce moment différents commanditaires.