Christine Cardin et ses trois enfants, Alexandre Anthony et Mariane.

Des parents dénoncent les frais scolaires

On sait qu'un recours collectif est présentement mené contre 68 commissions scolaires du Québec concernant les frais obligatoires ou facultatifs que les parents doivent payer, en début d'année, pour certains services éducatifs, l'achat de manuels scolaires et autres documents nécessaires aux études primaires et secondaires.
Félix Courteau-Boutin est en démarrage d'entreprise et l'argent est rare pour payer tous les frais scolaires.
Les parents doivent aussi débourser pour l'achat de crayons, cahiers, vêtements, sacs d'école et autres articles indispensables aux enfants pour le retour en classe.
En plus de ces dépenses incontournables, beaucoup sont aussi confrontés à des frais de surveillance, de garde éducative ou de transport scolaire pour l'heure du midi, quand leur enfant ne peut venir dîner à la maison. Tous ces coûts reliés à l'école commencent à peser lourd pour certains.
Christine Cardin du secteur Grand-Mère, est étudiante à l'UQTR et mère de trois enfants qui fréquentent les 2e,4e et 6e années de l'école primaire Antoine-Hallé.
Ne pouvant être à la maison le midi, elle n'a d'autres choix que de confier ses trois jeunes à l'école. Il lui en coûte 4,65 $ par midi pour chacun d'eux. Au total, ce sont donc 2511 $ qui partent de son budget chaque année, juste pour l'heure du dîner. «Ça m'a coûté 15 000 $ en six ans», calcule-t-elle. Et c'est sans compter le lunch. Mme Cardin compare l'ampleur de cette dépense à celle «de paiements de voiture».
À Trois-Rivières, Félix Courteau-Boutin a décidé, lui, de ne pas payer les frais scolaires exigés par le programme dans lequel il voulait inscrire sa fille. Ce père célibataire épileptique est dans une situation financière plutôt difficile et vit de l'aide sociale tout en essayant de démarrer une entreprise de fabrication de guitares électriques pour se sortir de sa situation.
Ce musicien voulait en effet envoyer sa fille Charlotte au programme de musique de 6e année, à l'école Saint-François-d'Assise, où elle aurait pu développer ses aptitudes. Ce genre de service spécialisé lui aurait toutefois coûté 225 $, cette année, une somme qui s'ajoute à toutes les autres dépenses de la rentrée.
Tout ce qui va «au-delà de ce qui est prévu au régime pédagogique nécessite une contribution financière de la part des parents», explique la Commission scolaire du Chemin-du-Roy. Les frais varient entre 125 $ et 225 $, selon le niveau scolaire.
Félix Courteau-Boutin ne cache pas que c'est au-delà de ses moyens. Le choix est déchirant: «Il faut que je paie ou que je change ma fille d'école», dit-il. C'est que pour lui, ces quelques dollars de plus font une différence directement dans le garde-manger de la maison. Il ne peut même pas se permettre de laisser sa fille à l'école, le midi, parce qu'il y a des frais de surveillance. «Je vais la chercher tous les midis pour manger à la maison. On vit à 1 km de l'école», dit-il. «On fait des sacrifices pour quitter l'aide sociale.»
«C'est cher, l'école. Pourtant, c'est censé être gratuit», déplore vivement ce père qui a fait part de son mécontentement à la Commission scolaire.
Christine Cardin a fouillé sur le site web de différentes commissions scolaires du Québec pour se rendre compte, à sa grande surprise, que tous les parents du Québec ne sont pas confrontés aux mêmes frais pour que leurs enfants restent à l'école, le midi. C'est ce qui la met le plus en colère, d'ailleurs et l'incite à dénoncer la situation.
Il est vrai que d'une commission scolaire à l'autre, les réalités et les dépenses ne sont pas les mêmes. Dans certains endroits, les parents ne paient en effet que pour un simple «service de dîneur» ou de surveillance, si l'on veut, sur l'heure du midi. Il en coûte, par exemple, 267 $ par année pour trois enfants, à la Commission scolaire des Hauts-Cantons et 360 $ à la Commission scolaire des Sommets.
La raison pour laquelle on charge 837 $ par élève à la Commission scolaire de l'Énergie, c'est qu'il ne s'agit pas d'un simple service de dîneur, mais plutôt d'un service de garde avec éducatrice, explique le directeur général, Denis Lemaire. «On a fait le choix il y a plusieurs années», dit-il. «Avec le service de dîneur, c'est une petite madame du coin de la rue qui viendrait surveiller», explique-t-il, ce qui ne coûte pas du tout le même prix qu'une éducatrice et de l'animation.
Le directeur plaide que les frais scolaires de 25 $ demandés par la Commission scolaire de l'Énergie comptent, en contrepartie, parmi les plus bas au Québec en plus d'être uniformes. À titre comparatif, les frais sont inégaux d'une école et d'un niveau à l'autre à la Commission scolaire du Chemin-du-Roy et varient entre 45 $ et 80 $. Par contre, les frais de surveillance le midi n'excèdent par 300 $ pour un élève régulier et 360 $ s'ils sont dispensés par le service de garde.
Les frais de garde, de surveillance ou de transport sur l'heure du dîner doivent tous s'autofinancer, explique M. Lemaire. La facture revient donc aux parents, «mais c'est déductible d'impôt», plaide-t-il. N'empêche, rétorque Christine Cardin, qu'il faut quand même prévoir la facture dans le budget familial et faire les paiements.