De gauche à droite: Louise Chabot, présidente de la CSQ, Johanne Pomerleau, présidente de la FPPE-CSQ et Jean Martineau du SPPECCQ-CSQ.

Besoins croissants de professionnels dans le milieu de l’éducation

(Trois-Rivières) Pas moins de 20 % des élèves, soit un sur 5, au Québec, vivent des besoins particuliers, des troubles d’apprentissage ou un handicap pouvant compromettre leur parcours scolaire. Malheureusement, les ressources professionnelles en milieu scolaire ne sont pas suffisantes pour venir en aide à tous ces jeunes afin qu’ils puissent réussir leurs études.

La présidente de la CSQ, Louise Chabot et la présidente de la FPPE-CSQ, Johanne Pomerleau, étaient à Trois-Rivières, vendredi matin, pour prendre la parole devant le personnel professionnel réuni en colloque à ce sujet puisque ce phénomène «est à la hausse», indique Mme Chabot.

Par «professionnels», on entend le personnel des secteurs administratif et pédagogique, mais aussi les psychologues, psychoéducateurs, orthophonistes, conseillers d’orientation et orthopédagogues qui donnent des services directs aux élèves.

Louise Chabot a vivement déploré que malgré des besoins croissants chez les élèves, dans les écoles du Québec, le nombre de professionnels pouvant les aider à réussir n’est pas suffisant.

«Le ministre de l’Éducation (Sébastien Proulx) avait annoncé 1500 nouvelles ressources dès septembre», rappelle-t-elle. Malgré tout, on est toujours en déficit par rapport aux coupes importantes faites en début de mandat par le gouvernement.

Ce qui suscite la grogne de Mme Chabot, c’est que «le ministre des Finances, Carlos Letão annonce des surplus. Depuis l’arrivée du gouvernement libéral, c’est 10 milliards $ de surplus budgétaires qui ont été engrangés dans les coffres de l’État», dit-elle, «alors qu’en même temps, on a coupé sévèrement dans les services en éducation. C’est un non sens», fulmine-t-elle.

«Ils coupent et d’une autre main, ils promettent des baisses d’impôt pour les prochaines élections. Pour nous, ce n’est pas un choix», martèle la présidente.

Johanne Pomerleau ajoute que de plus en plus de parents réclament des services professionnels dans les écoles pour leurs enfants. «Le gouvernement avait promis l’ajout de 1500 ressources. On savait qu’il ne s’agissait pas nécessairement de 1500 nouveaux professionnels, mais on espérait qu’il y en aurait suffisamment pour faire une réelle différence», dit-elle. «Force est de constater que ce n’est pas le cas.» 

Au terme d’un recensement, la Fédération a en effet découvert que dans les 69 commissions scolaires qu’elle représente, «nous avons réussi à dénombrer environ un ajout de 250 nouveaux professionnels», dit-elle. «Plusieurs de ces postes-là sont précaires», précise-t-elle.

Même si ces ajouts «amènent un peu d’air frais», reconnaît-elle, on est encore loin des 375 postes équivalents temps complet qui ont été perdus lors des coupes exercées par le gouvernement actuel, souligne Mme Pomerleau.

Cette dernière estime que le travail exercé par les professionnels fait souvent la différence pour les jeunes et c’est ce coup de pouce, dans bien des cas, qui leur permet de persévérer jusqu’à l’obtention d’un diplôme secondaire, ou plus encore.

Les professionnels représentent aussi un support important pour les enseignants, souligne-t-elle.

Comme les professionnels sont peu nombreux, «ils savent qu’ils peuvent faire une différence, mais malheureusement, quand ils n’ont pas les conditions pour le faire, quand la tâche est trop lourde, quand ils ont l’impression qu’il y a plus de travail qu’ils voudraient faire que de travail qu’ils ont le temps de faire, ils sont stressés et découragés par tous les jeunes qu’ils ne peuvent pas aider», fait valoir Mme Pomerleau. 

C’est d’ailleurs ce phénomène, commun à bien des professions, qui a inspiré le thème du colloque des professionnels, vendredi: «Inspire ta passion, expire ta pression.»

Afin de réfléchir sur le stress qu’ils vivent dans ces conditions, les professionnels avaient invité deux conférencières réputées, Sonia Lupien, directrice du Centre d’études sur le stress humain de même que la psychologue Rose-Marie Charest.

Avant de les entendre, toutefois, on a fait place à une demi-douzaine de jeunes élèves du secondaire qui ont accepté de raconter comment les professionnels les ont aidés à vivre leur stress et leurs détresses. Les problèmes à l’école de ces jeunes émergeaient d’ennuis familiaux, de la dyslexie et du TDAH, d’une grosse peine d’amour, de crises de panique ou d’angoisses profondes.

Avec toute leur candeur, ils ont raconté comment les professionnels ont joué un rôle unique et précieux qui leur a permis d’apprendre à gérer leurs situations.

«On vit dans une espèce de culture de performance», constate un de ces jeunes. Pour évacuer leur stress, ils ont appris à faire du sport,  à méditer, à respirer comme il le faut, à passer du temps dans la nature, à remettre le choses en perspective et en écrivant. Et ils en sont très reconnaissants.