Gilles Rondeau est d'avis qu'une bonne méthode de plaquage, jumelée à l'implantation progressive du protecteur Guardian Cap, peut entraîner une diminution du nombre de commotions cérébrales. On le voit en compagnie de trois joueurs des Jaguars: Rémy Trudel, Tristan Gaudreault et Alexandre Pichette.

15 000 $ pour «la sécurité des jeunes»

La Commission scolaire de l'Énergie a confirmé, jeudi matin, avoir commandé 225 protecteurs Guardian Cap pour ses joueurs de football. Du primaire jusque dans les rangs juvéniles, ses dirigeants souhaitent implanter une nouvelle culture de prévention, sans toutefois toucher à l'essence même du sport.
L'investissement, d'une valeur de près de 15 000 $, permettra aux jeunes de s'entraîner avec ce protecteur muni de rembourrage extérieur, importé des États-Unis par les distributeurs Claude Trudel et Jimmy Thompson.
Compagnie américaine, Guardian a vendu 20 000 de ses produits pour les écoles américaines, autant les high schools que certaines universités, comme Clemson et South Carolina. On s'en sert surtout pendant les pratiques. Par contre, chez les enfants de 5 à 10 ans, la coquille est toujours utilisée, du moins dans les écoles concernées.
On sait déjà qu'au moins six équipes du primaire en Mauricie porteront le Guardian Cap lors des entraînements, et peut-être même pendant les rencontres. Les coordonnateurs du football espèrent répéter l'exercice avec les benjamins ce printemps.
Pour ce qui est des trois formations juvéniles basées sur le territoire de la commission scolaire (Champagnat, Paul-Le Jeune, Du Rocher ainsi que Des Chutes et Val-Mauricie), on ne s'en tiendrait pour l'instant qu'aux séances d'entraînement.
Emballés dès le départ par le projet présenté par Trudel et Thompson, les administrateurs de la commission scolaire deviennent les premiers au Québec à se doter d'un tel équipement. Le coordonnateur du programme à l'école secondaire Des Chutes, Gilles Rondeau, accueille la nouvelle avec enthousiasme, surtout en ces temps de controverses.
«L'actualité des derniers mois a ébranlé les consciences et nous avons dû répondre à plusieurs questions. Le Guardian Cap, c'est une des mesures préventives particulières mises en place pour assurer la sécurité de nos jeunes. Cela s'ajoute à l'apprentissage des bonnes techniques de plaquage. Nous, on ne va jamais forcer un enfant du primaire à plaquer s'il n'a pas la bonne méthode.»
Les joueurs rencontrés lors du point de presse semblaient partager l'avis de Rondeau. En tant que joueur de lignes offensive et défensive, Alexandre Pichette est plus à risque d'être victime d'une commotion cérébrale. Lors d'un match disputé dans la ligue mauricienne, il a déjà éprouvé des symptômes de commotion. «Je me demandais vraiment où j'étais et je ressentais de violents maux de tête, racontait au Nouvelliste le joueur des Jaguars. J'ai eu peur quelques minutes, mais finalement tout est rentré dans l'ordre.»
L'élève de quatrième secondaire admet aussi que l'intensité demeure bien présente pendant les pratiques. Selon plusieurs chercheurs américains, c'est lors de ces exercices que les joueurs de football se blessent le plus à la tête. «On veut jouer rude et se défoncer. Nous n'avons pas le choix si on veut garder notre poste. Avec le Cap, le choc sera moins gros... et ma mère moins inquiète!»
Argent réinvesti
L'achat des protecteurs représente une somme importante pour la commission scolaire, mais un montant similaire avait été prévu pour un projet qui a finalement avorté. «C'est une grosse somme, mais on parle d'un réinvestissement. On ne lésine pas avec la protection de nos jeunes», assure la présidente Danielle Bolduc.
Convaincre Chemin-du-Roy
Le prochaine étape pour Claude Trudel et Jimmy Thompson consiste à convaincre les bonzes de la Commission scolaire du Chemin-du-Roy d'emboîter le pas à leur tour. Coordonnateur du programme de football à l'école secondaire Des Pionniers, Jimmy Thompson a présenté le produit à la direction de l'établissement, qui a ensuite remis le dossier aux commissaires.
Les deux distributeurs du Guardian Cap prévoient également s'entretenir avec les administrateurs de La Riveraine. «On veut que la Mauricie devienne le leader au Québec. Le football dans la province, il s'est développé, chez les francophones, un peu grâce aux intervenants de notre région. C'est une question de fierté!»
Ce qu'ils en pensent...
Dre Valérie Juneau, urgentologue au CHRTR
«Peu d'organisations ont adopté le Guardian Cap, même la NFL l'a rejeté. On va préférer attendre les études scientifiques avant de s'emballer. J'imagine qu'elles vont venir! Ce qu'il faut comprendre, c'est qu'il n'y a aucune façon d'éliminer les commotions cérébrales. Peu importe ce qui se trouve par-dessus, le cerveau peut bouger dans la boîte crânienne. Je salue quand même l'initiative qui vise à trouver des solutions.»
Guy Bergeron, entraîneur des Électriks du Collège Shawinigan
«Je n'ai pas lu les études des spécialistes, mais je me pose une question: est-ce que ces enveloppes protectrices vont remplacer l'éducation faite par les entraîneurs? L'investissement humain, ça ne coûte pas une cenne. Moi, je crois davantage à une bonne formation des coachs et au respect des protocoles médicaux. Je connais 90 % des hommes de football en Mauricie, ils sont compétents, je confierais mon enfant à n'importe lequel d'entre eux.
En 27 ans, je n'ai jamais vu personne passer par-dessus un conseil d'un thérapeute ou d'un docteur. Tant qu'à dépenser des milliers de dollars dans de l'équipement non-approuvé, ça aurait pu être plus profitable d'investir dans l'embauche de thérapeutes compétents.»
Micheline Guillemette, RSEQ Mauricie
«Au hockey cosom, quand nous avons décidé d'amener de la protection supplémentaire, les jeunes se frappaient davantage. Peut-être se croyaient-ils plus en sécurité? En réalité, plus ils mettent de rembourrage, plus ils se rentrent dedans! Aussi, avant de penser à une coquille, il faudrait peut-être s'assurer de la conformité de tous les casques. Il y a beaucoup de documentation qui circule depuis le reportage d'Enquête et des conférences comme celle que les intervenants ont reçue récemment en Mauricie aident à conscientiser la population. En gros, on préfère miser sur l'éducation et les cahiers de jeux reçus par les entraîneurs dès le football primaire.»
Martin Croteau, entraîneur des Diablos du Cégep de Trois-Rivières
«Il ne s'agit pas d'une mauvaise idée, loin de là. Personne n'est contre la vertu alors on ne ferme pas la porte à se doter de tels équipements. Je devrai en discuter avec mes adjoints ainsi que l'administration du cégep. Il faut quand même enseigner aux jeunes à bien se servir de leur casque. C'est fait pour se protéger, pas pour blesser l'adversaire.»
Luce Mongrain, coordonnatrice des programmes Sport-études, Académie les Estacades
(NDLR: puisque Mme Mongrain siège sur le groupe de travail concernant les commotions cérébrales, mis sur pied par le gouvernement du Québec, son idée du produit ne reflète que ses impressions en tant que coordonnatrice aux Estacades)
«On doit arriver avec des données probantes et s'appuyer sur des experts médicaux. Est-ce que la protection augmenterait les blessures au cou? Nous avons actuellement un projet-pilote avec plusieurs intervenants dans la région. Il comprend la santé publique le CHRTR, la docteure Valérie Juneau, les CSSS et nous. L'arrimage de tous ces milieux nous permettra de trouver une solution ensemble. Nous n'avons pas de compagnies ou d'intérêts personnels dans cette cause.»