Originaire de Bécancour, Maxime Miron Morin a notamment été membre de l’Escadron 817 J.-V.-Allard de Nicolet des cadets de l'air.
Originaire de Bécancour, Maxime Miron Morin a notamment été membre de l’Escadron 817 J.-V.-Allard de Nicolet des cadets de l'air.

Écrasement d’un hélicoptère en Méditerranée: Maxime Miron Morin porté disparu

Gabriel Delisle
Gabriel Delisle
Le Nouvelliste
Trois-Rivières­ — Un militaire originaire de Bécancour au Centre-du-Québec était de l’équipage dont l’hélicoptère s’est écrasé en mer Méditerranée. Le capitaine Maxime Miron Morin est porté disparu, alors que des recherches sont entreprises pour le retrouver, de même que quatre de ses confrères. 

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a confirmé lui-même jeudi la disparition des militaires. «Ils sont tous des héros», a-t-il dit en conférence de presse à Ottawa.

Les Forces armées canadiennes divulguaient plus tard dans la journée l’identité des militaires disparus, dont les deux pilotes de l’hélicoptère CH-148 Cyclone de l’Aviation royale canadienne qui s’est abîmé en mer. Le capitaine Miron Morin agissait à titre d’officier des systèmes de combat aérien à bord de cet appareil. 

On recherche aussi le capitaine Brenden Ian MacDonald, pilote, originaire de New Glasgow (Nouvelle-Écosse); le capitaine Kevin Hagen, pilote, originaire de Nanaimo (Colombie-Britannique); l’enseigne de vaisseau de 1ère classe Matthew Pyke, officier de guerre navale, originaire de Truro (Nouvelle-Écosse) et le caporal-chef Matthew Cousins, opérateur de détecteurs électroniques aéroportés, originaire de Guelph (Ontario).

Le capitaine Maxime Miron Morin.

À l’adolescence, Maxime Miron Morin a été cadet au sein de l’Escadron 817 J.-V.-Allard de Nicolet. Il était notamment membre de l’escouade de précision, un groupe de cadets qui excellent en exercice militaire. Comme le témoigne un ancien camarade des cadets, Benoît Mercier, Maxime Miron Morin avait déjà à cette époque la passion de l’aviation et rêvait de revêtir l’uniforme des Forces armées canadiennes.  

«Pour lui, c’était clair qu’il voulait s’enrôler», se souvient Benoît Mercier. «Il était toujours à son affaire et il était capable de montrer l’exemple. On était capable d’être sérieux, mais aussi de sortir et d’avoir du plaisir.»

Avant de se joindre aux Forces armées canadiennes, Maxime Miron Morin a fait ses études secondaires à l’école la Découverte, de Saint-Léonard-d’Aston. Il y a notamment côtoyé l’enseignant d’éducation physique André Alie. Ce dernier se souvient d’un adolescent sportif qui avait déjà fait part à l’époque de son désir de faire carrière dans les Forces armées. 

«Il était un adolescent très discipliné, très poli et un bon travaillant. Je le voyais presque tous les midis à la salle de musculation», se souvient André Alie. 

«Je me souviens qu’il nous avait mentionné qu’il voulait aller dans les Forces et il faisait le nécessaire pour y arriver. J’ai un très bon souvenir de cet élève.»

Déterminé à embrasser une carrière militaire, Maxime Miron Morin a donc fréquenté le Collège militaire royal de Saint-Jean avant de poursuivre des études en ingénierie aéronautique au Collège militaire royales du Canada. 

Le député de Nicolet-Bécancour-Saurel, Louis Plamondon, n’a pas connu personnellement le capitaine Miron Morin. Il tenait toutefois à saluer son engagement au sein des Forces armées.  

«Il s’est dirigé vers une carrière militaire très tôt. C’est ce qu’il souhaitait faire. Et on dit de lui qu’il était un excellent soldat», affirme Louis Plamondon. 

«Ils étaient là en entraînement. C’est un choc pour tout le Québec, car il y a six personnes qui meurent bêtement dans un entraînement. Ces hélicoptères étaient reconnus comme très fiables et ce sont des appareils récents. Ça surprend davantage. Toutes nos pensées sont avec sa famille. Ça doit être extrêmement difficile à vivre pour sa compagne.»

La disparition de l’officier originaire de Bécancour suscite de vives réactions de la part de ses proches et amis. Déjà jeudi après-midi, plusieurs témoignages ont été écrits sur la page Facebook de Maxime Miron Morin. 

Des recherches difficiles

Jusqu’à maintenant, le corps d’une seule membre de l’équipage a été retrouvé. La victime est l’enseigne de vaisseau de 1re classe Abbigail Cowbrough, une officière du génie des systèmes de marine.

Des recherches pour retrouver les cinq militaires canadiens portés disparus en mer ont été entreprises. Le NCSM Fredericton et les alliés de l’OTAN participent à ces recherches. Rappelons que l’hélicoptère et le navire Fredericton ont été déployés en mer Méditerranée au sein du 2e Groupe maritime permanent de l’OTAN pour prendre part à un entraînement avec des navires de l’Italie et de la Turquie. 

Le chef d’état-major de la Défense, le général Jonathan Vance, a précisé en conférence de presse que la recherche avait été compliquée par l’éparpillement des débris et parce que l’hélicoptère s’est abîmé dans une mer de 3000 mètres de profondeur. On ignorait encore jeudi quels efforts seraient d’ailleurs déployés pour récupérer l’épave de l’appareil.

La cause exacte de l’accident demeure inconnue, mais le chef d’état-major a exclu jeudi tout acte «hostile». Le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, a déclaré que les enregistreurs de données de vol et de voix du Cyclone avaient été récupérés après s’être détachés de l’hélicoptère, et qu’ils seraient bientôt renvoyés au Canada pour analyse. Une équipe d’enquêteurs militaires devait aussi être dépêchée dans la région dès jeudi pour tenter de déterminer la cause de l’accident.

Un représentant de Sikorsky Aircraft, constructeur du Cyclone, est également dépêché sur place à la suite d’une demande des militaires. «Sikorsky présente ses condoléances à toutes les personnes concernées», a déclaré le géant américain de la défense Lockheed Martin, propriétaire de Sikorsky. Le général Vance a indiqué que tous les Cyclone sont temporairement cloués au sol, pour une «pause opérationnelle». L’Aviation royale canadienne compte 17 autres hélicoptères Cyclone dans sa flotte.

Parallèlement aux recherches pour retrouver les militaires disparus, une enquête de sécurité des vols a été ouverte «pour nous assurer que notre personnel peut continuer d’avoir confiance en nos équipements et procédures», précisent les Forces armées canadiennes.

L'enseigne de vaisseau de 1re classe Abbigail Cowbrough
Le capitaine Brenden Ian MacDonald
Le capitaine Kevin Hagen
L’enseigne de vaisseau de 1re classe Matthew Pyke
Le caporal-chef Matthew Cousins

Un père endeuillé

Quelques heures avant la conférence de presse, le père d’Abbigail Cowbrough, Shane, avait identifié sa fille comme l’une des victimes de l’accident. «Je suis brisé et vidé», a-t-il écrit sur Facebook. «Il n’y a pas de mots. Tu m’as rendu fier pour toujours. Je t’aimerai toujours et tu me manqueras à chaque instant.»

Josianne Garrioch, de Gatineau, était la meilleure amie d’Abbigail Cowbrough, demoiselle d’honneur à son mariage. «C’était une personne vraiment charismatique et pétillante, quelqu’un que vous vouliez côtoyer tout le temps», a déclaré Mme Garrioch.

Les deux femmes s’étaient connues au Collège militaire royal de Kingston, en Ontario, où Mme Cowbrough était responsable de l’ensemble de cornemuses pendant un semestre, et Mme Garrioch s’occupait des danseurs des Highlands. «On s’est liée d’amitié autour de notre passion commune pour la musique et la danse», a déclaré Mme Garrioch.

Une église baptiste à Dartmouth, en Nouvelle-Écosse, a aussi indiqué que la communauté des chrétiens avait perdu «une femme merveilleuse» qui avait joué de la cornemuse lors du jour du Souvenir l’automne dernier.

Le premier ministre Trudeau a offert ses «plus sincères condoléances aux familles, aux amis, à leurs camarades de bord et aux membres des Forces armées canadiennes, aux gens de Halifax et de la Nouvelle-Écosse».

Mission de l’OTAN

Le NCSM Fredericton avait quitté en janvier son port d’attache de Halifax, avec le Cyclone, pour un déploiement de six mois en Europe. Bien que la Marine ait depuis rapatrié plusieurs de ses navires en raison de la COVID-19, le Fredericton a poursuivi sa mission.

Les hélicoptères Cyclone transportent un équipage de quatre personnes, dont deux pilotes, un opérateur tactique et un opérateur de capteurs, mais peuvent aussi accueillir d’autres passagers. Mme Cowbrough ne faisait pas partie de l’équipage habituel du Cyclone, mais elle avait été autorisée à monter à bord de l’hélicoptère pendant le vol, a indiqué jeudi le général Vance.

Les Cyclone sont surtout déployés sur des navires de guerre; ils sont utilisés pour la chasse aux sous-marins, la surveillance en mer et la recherche et sauvetage. L’hélicoptère avait décollé vers 16 h 35, heure locale, mercredi, lors d’un exercice d’entraînement impliquant le Fredericton ainsi que des navires de guerre italiens et turcs dans le cadre d’une force maritime de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) en Méditerranée, a précisé jeudi le général Vance. L’appareil regagnait son navire d’attache lorsque le Fredericton a perdu le contact avec l’équipage, à 18 h 52.

M. Vance n’a pas voulu dire s’il y avait eu un appel de détresse avant qu’il ne disparaisse. Les enregistreurs de vol se sont détachés de l’hélicoptère automatiquement lorsqu’il a touché l’eau, a-t-il dit, et des fusées éclairantes se sont déclenchées automatiquement.

Le chef d’état-major a ensuite pris la défense des Cyclone, que l’armée n’utilise sur des missions réelles que depuis la fin de 2018, après plus d’une décennie de problèmes de développement, de retards et de dépassements de coûts.

Avec la collaboration de La Presse Canadienne