Des rites funéraires écoresponsables sont demandés par de plus en plus de clients de centres funéraires.

Écoresponsable jusqu’à la mort

Trois-Rivières — La conscience environnementale atteint la sphère des services funéraires. Les entreprises de ce secteur économique doivent réfléchir aux options à proposer pour satisfaire une clientèle de plus en plus à la recherche d’un produit écoresponsable concernant les rites funéraires.

Quand on parle de respect de l’environnement, on pense souvent au secteur industriel ou à l’industrie du transport. Le milieu funéraire nous vient rarement à l’idée. Et pourtant, ce secteur d’activités n’échappe pas à cette tendance. Il doit développer des services en mesure de correspondre aux attentes de la clientèle, confirme Annie Saint-Pierre, la directrice générale de la Corporation des thanatologues du Québec.

«Il y a des familles qui demandent d’avoir un rituel funéraire écoresponsable. L’objectif est d’offrir des solutions aux familles pour qu’elles fassent des choix éclairés et conscientisés par rapport à l’impact sur l’environnement.»

La crémation apporte son lot de réflexions en raison de l’émission de gaz carbonique et de l’énergie nécessaire pour brûler le corps. L’emploi d’une solution à base de formaldéhyde comme agent d’embaumement soulève aussi des questions, car ce produit est réputé pour être polluant et cancérigène.

Tout cela pousse le milieu à trouver d’autres options pour conserver un corps. Des recherches se font à ce niveau, alors que le milieu de la fabrication de cercueils œuvre également à trouver des options pour appliquer des vernis respectueux de l’environnement sur ces caissons et pour réduire l’utilisation du métal. Tout cela s’ajoute à la question des tissus employés à l’intérieur des cercueils.

«On développe des produits d’embaumement plus verts pour remplacer le formaldéhyde. On a un projet de développement des rites funéraires environnementaux. Est-ce que la crémation est vraiment la bonne chose à faire, considérant les émissions de gaz à effet de serre? Est-ce que la crémation est plus dommageable qu’un enterrement au cimetière? On ne sait pas. Un corps embaumé avec un produit écoresponsable, avec un cercueil écoresponsable en terre, est-ce plus dommageable qu’une crémation? Il faut aussi considérer le déplacement du corps», énumère la directrice générale.

En plus d’aborder de nouveaux produits pour embaumer un corps, le milieu funéraire développe de nouvelles techniques. Celles-ci permettent de rendre le corps plus naturel et de corriger certains problèmes esthétiques causés par des accidents de la route ou par certaines maladies. Des moules peuvent être utilisés pour remplacer une partie du visage, une technique de prothèses similaire à celle employée dans le milieu du cinéma. Les thanatopracteurs peuvent ainsi reconstruire une partie de visage en se basant sur l’imagerie 3 D tirée de photos du défunt.

L’intelligence artificielle fait aussi son entrée dans le monde funéraire. Cette réalité pourrait être utilisée afin de bâtir une plateforme d’informations servant de guide aux familles pour les aider à vivre le processus de deuil.

Mme Saint-Pierre mentionne qu’un robot a été développé et est utilisé dans des centres funéraires aux États-Unis pour soutenir les familles endeuillées en leur parlant et en créant une forme de «divertissement», un peu comme certaines entreprises le font avec des animaux dont la présence apaise les gens.

Personnel recherché

Quelque 60 thanatopracteurs étaient à Trois-Rivières, mercredi, afin de découvrir les nouveautés du domaine. Cette main-d’œuvre est précieuse, car le secteur est aussi confronté à la rareté de personnel.

«On peut fonctionner comme ça encore un bout, mais à moyen terme, des gens vont prendre leur retraite. On a besoin d’embaumeurs, de gestionnaires, de conseillers», raconte Annie Saint-Pierre.

Les entreprises funéraires sont dans de nombreux cas des histoires de famille. Les thanatopracteurs se succèdent de génération en génération. Mais le milieu assiste à l’arrivée de gens qui ne sont nullement en contact avec les services funéraires. Ils sont parfois dans la vingtaine, mais d’autres en sont à une deuxième carrière.

Si la Corporation des thanatologues du Québec organise en juin des séances de formation concernant le service-conseil aux familles, la gestion des ressources humaines et les droits des défunts, le Collège de Rosemont (à Montréal) est le seul cégep public au Québec à offrir le programme de techniques de thanatologie. Ce programme aborde l’accompagnement des familles et les conseils reliés aux dispositions funéraires, la pratique de l’embaumement, la restauration et les soins esthétiques ainsi que la gestion des activités d’un centre funéraire.

Selon le site Internet du Collège de Rosemont, le taux de placement en 2017-2018 était de 94 % et le salaire horaire moyen était de 22,55 $.

Le Collège Notre-Dame-de-Foy offre l’attestation d’études collégiales en services-conseils aux familles et préarrangements funéraires. Ce collège privé est situé à Saint-Augustin-de-Desmaures, près de Québec.