Les participants au débat présenté au Collège Shawinigan, mardi midi: Jacynthe Bruneau (Parti québécois), Christine Cardin (Québec solidaire), Jacques Gosselin (Citoyens au pouvoir), Marie-Louise Tardif (Coalition avenir Québec) et Ugo Hamel (Parti conservateur du Québec).

Économie et environnement: sujets chauds

SHAWINIGAN — On peut bien rêver d’une société plus verte et entreprendre des actions pour y arriver, mais en attendant, le pétrole demeure un produit de consommation indispensable. La candidate de la Coalition avenir Québec dans Laviolette - Saint-Maurice, Marie-Louise Tardif, a martelé ce message dans un langage coloré mardi midi, dans le cadre d’un débat organisé par le Collège Shawinigan et l’Association générale des étudiantes et étudiants.

La meneuse dans les sondages répondait à une question formulée par Jacynthe Bruneau, représentante du Parti québécois, qui demandait sa position sur l’hypothétique passage d’un pipeline sur le territoire, comme il était question dans le dossier Énergie Est.

«Nous sommes en faveur de l’évaluation d’un projet», précise Mme Tardif. «C’est bien beau, mais on se raconte des histoires, quelque part, de se dire que tout va devenir vert demain matin, qu’on n’utilisera plus de pétrole. On est en région! Le transport en commun, c’est le fun, le métro aussi, mais on n’est pas à Montréal. Je ne suis pas sûre que si quelqu’un d’entre vous a une auto neuve, qu’il soit prêt à se promener en bicycle à pédales tout l’hiver.»

«La CAQ, contrairement à ce que certains essaient de faire voir, nous sommes pour l’environnement. Mais aussi, pour l’économie. C’est très avantageux, l’économie. C’est comme ça qu’on peut vivre. Juste se raconter des histoires vertes, on ne vivra pas de ça. On va manger de la salade et ça va nous coûter 75 $ par semaine!»

Cette observation a fait sursauter Christine Cardin, candidate du comté pour Québec solidaire.

«Je me demande sur quelle planète la CAQ vit?», questionne-t-elle. «Les changements climatiques sont là, ça ne peut pas continuer comme ça. Ce n’est pas de vivre dans un rêve de croire qu’on peut faire un virage vert. On n’aura pas le choix de le faire!»

À la question d’un étudiant en fin de débat sur la priorité accordée à l’environnement par la CAQ, Mme Tardif a repris la défense du programme, en précisant qu’il était basé sur l’économie. Elle a aussi reconnu que son chef François Legault «maîtrise beaucoup mieux» d’autres dossiers que celui de l’environnement.

L’exercice a rassemblé environ 150 étudiants à l’intérieur de l’auditorium. Outre ces trois candidates, le débat mettait également en vedette Jacques Gosselin (Citoyens au pouvoir) et Ugo Hamel (Parti conservateur du Québec). Pierre Giguère, candidat libéral et député sortant du comté de Saint-Maurice, a dû annuler sa participation la veille, en raison du passage de son chef dans la région.

Pouvoir d’achat
Un segment sur le pouvoir d’achat réservait aussi de bons échanges. M. Gosselin a lancé la discussion en défendant le revenu minimum garanti. Mmes Bruneau et Cardin ont répliqué avec la proposition du salaire minimum à 15 $ l’heure, mais la candidate de la CAQ s’est demandée quelles seraient les conséquences de cette politique sur les petites et moyennes entreprises.

«Nous allons augmenter (le salaire minimum) de façon progressive pour permettre au marché de s’ajuster», rappelle Mme Bruneau.

Son adversaire chez Québec solidaire lui a répliqué que c’était trop peu trop tard. Alors que le PQ veut atteindre ce salaire de base en 2022, sa formation s’engage à le mettre en place dès 2019 si elle est élue lundi.

«Ça va donner un choc au marché», prédit Mme Bruneau, ce à quoi Mme Cardin a répliqué qu’il existerait des mesures de soutien pour les petites entreprises.

Les représentants ont évidemment été interpellés sur l’éducation, plus spécifiquement sur la lutte au décrochage, le soutien aux élèves en difficulté et l’importance de l’éducation postsecondaire. Le débat a dévié sur l’abolition des commissions scolaires, une orientation nécessaire dans l’esprit de M. Hamel, dans les milieux francophones du moins.

Après avoir réitéré les mérites de la politique anticompression budgétaire en éducation du Parti québécois, Mme Bruneau a demandé à Mme Tardif comment la CAQ financerait adéquatement le milieu après s’être privée de revenus à la suite de la réduction des taxes scolaires. La candidate caquiste a répliqué que des économies importantes seraient réalisées par l’abolition des élections scolaires et la mise en place de centres de service, des structures moins lourdes que les commissions scolaires, à son avis.

Tout au long du débat, M. Gosselin a martelé que les jeunes devaient se servir du pouvoir qu’ils possèdent pour influencer les décideurs. Ils doivent proposer et non attendre les propositions, selon lui.

«Vous connaissez l’oligarchie?», demande-t-il. « C’est l’élite qui dirige. Tant et aussi longtemps que vous laisserez le pouvoir entre ces mains, ça ne changera pas. Les (autres candidats), ce ne sont pas du mauvais monde. Mais ils sont attachés, à cause du système.»

Au moins, tout le monde s’est entendu sur le message final, à savoir l’importance d’exercer son droit de vote lundi.

«Si vous ne vous occupez pas de la politique, la politique va s’occuper de vous», prévient Mme Bruneau.