Stéphane Desrochers a perdu sa mère le 27 mai au CHSLD Cloutier-du Rivage, des suites de la COVID-19.
Stéphane Desrochers a perdu sa mère le 27 mai au CHSLD Cloutier-du Rivage, des suites de la COVID-19.

Éclosions dans des CHSLD: «J’espère qu’un recours collectif va se faire»

Paule Vermot-Desroches
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — La publication vendredi dernier par le CIUSSS-Mauricie et Centre-du-Québec du rapport d’enquête portant sur les éclosions de COVID survenues dans trois CHSLD de la région n’a rien pour calmer le sentiment de colère qui anime Stéphane Desrochers. Celui qui a perdu sa mère au CHSLD Cloutier-du Rivage le 27 mai des suites de la COVID-19 estime qu’on aurait rapidement dû apprendre des erreurs commises au CHSLD Laflèche afin d’épargner les autres milieux de vie, dont celui où sa mère vivait. Pour lui ce rapport prête flanc à un recours collectif pour les familles qui ont perdu un proche dans ces éclosions.

«J’espère qu’un recours collectif va se faire. Ce n’est pas moi qui vais partir ça, mais je serai de la lutte si ça se fait. La question maintenant sera de savoir qui est imputable de tout ça», commente M. Desrochers.

Ce dernier a épluché ligne par ligne le rapport, pour se rendre compte que l’exercice n’a pas pu répondre à la question la plus essentielle selon lui: qu’est-ce que la Santé publique et le CIUSSS-MCQ n’ont pas appris du CHSLD Laflèche à la fin du mois de mars et au début d’avril pour éviter que sa mère et que 52 autres résidents ne décèdent des suites du coronavirus jusqu’à la fin du mois de mai? Rappelons d’ailleurs que de tous les CHSLD de la région, Cloutier-du Rivage est celui qui a enregistré le plus grand nombre de décès.

Dans le rapport, on indique que le 11 avril, une directive ministérielle exigeait de suspendre toutes les admissions dans les CHSLD jusqu’à nouvel ordre, le temps de créer des zones tampons. Les admissions ont repris vers le 29 avril.

Or, dans ce même rapport, on comprend que le premier patient atteint de coronavirus au CHSLD Cloutier-du-Rivage avait été transféré d’une ressource pour personnes âgées le 23 avril et qu’il avait été testé positif le 25 avril. «Les admissions étaient sensées être suspendues. Pourtant, on a admis cette personne qui a été la première testée positive. Il y a clairement eu de la négligence», se désole M. Desrochers.

Lorsqu’il a pu se rendre au chevet de sa mère parce qu’elle était mourante, M. Desrochers a constaté que la chambre de sa mère était située juste à l’extérieur de la zone chaude, soit juste à côté des portes coupe-feu, derrière lesquelles on avait aménagé la zone chaude. «C’est à se demander à quel point cette zone était étanche, pour que ma mère ne s’y retrouve pas mais soit contaminée quand même», indique Stéphane Desrochers.

Ce dernier note que le rapport démontre clairement une lacune au niveau de la communication dans tout le réseau, et se désole de constater qu’on ait pu exiger de cesser la mobilité du personnel sans que celle-ci ne soit vraiment effective que plusieurs semaines plus tard.

«En plus, c’est une enquête interne, alors j’en prends et j’en laisse. Je me doute bien qu’on a pas dû tout savoir. Mais c’est absolument inadmissible, on aurait dû apprendre du CHSLD Laflèche, ça n’aurait jamais dû se produire», croit-il, précisant au passage que jamais, il ne blâmera le personnel. «Les travailleurs de la santé ont fait ce qu’ils ont pu avec les moyens qu’ils avaient. Ce sont les gestionnaires qui doivent répondre», croit-il.

Pour Denise (nom fictif) dont la maman est décédée en avril dans l’un de ces établissements, la publication du rapport viendra certainement aider à améliorer les pratiques. La dame a préféré ne pas donner son identité étant donné qu’un autre proche est actuellement bénéficiaires dans un CHSLD et craint de possibles représailles.

«Je suis satisfaite, je crois qu’on propose de bonnes mesures, en autant qu’on les mette en application», résume Denise. Cette dernière dit avoir observé plusieurs lacunes au printemps, avant le confinement mais également après étant donné qu’elle a pu de nouveau avoir accès au milieu de vie pour venir aider son autre proche.

«Le port du masque, à mon avis, est la moindre des choses. Mais j’ai pu constater que ce n’était pas toujours respecté. Il y avait parfois du laxisme dans les règles je trouve. J’ai vu des employés quitter l’établissement avec leur uniforme de travail. Même s’ils n’arrêtaient nulle part en chemin, ils peuvent contaminer leur résidence», considère Denise.

Cette dernière aurait aussi aimé constater un plus grand leadership sur les étages, ce qui n’était pas toujours le cas. «Ça prend un gestionnaire, un chef d’équipe sur chaque étage pour s’assurer que tout se fasse bien. J’espère que ça va changer avec toutes ces recommandations», considère la dame.