Geneviève Boivin, directrice générale de la résidence Entre-Deux
Geneviève Boivin, directrice générale de la résidence Entre-Deux

Éclosion de COVID-19 à la résidence Entre-Deux: la survie de l'établissement encore plus fragilisée

Matthieu Max-Gessler
Matthieu Max-Gessler
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Le sort s'acharne sur la résidence Entre-Deux de Trois-Rivières. Deux semaines après avoir lancé un appel à l'aide au CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec et au gouvernement du Québec alors qu'elle manque de financement, voilà qu'une éclosion de COVID-19 s'y est déclarée. L'espérance de vie de l'organisme à but non lucratif qui permet à des personnes ayant une déficience motrice sévère de demeurer autonomes est encore plus courte.

Dans l'établissement situé sur la rue des Cyprès, à Trois-Rivières, deux résidents ont contracté la COVID-19 et huit employés ont été retirés de leur milieu de travail. Certains sont en attente du résultat de leur test de dépistage, alors que d'autres ont contracté eux aussi la maladie.

Cela signifie que les résidents sont présentement amputés de plus de la moitié du personnel qui prend soin d'eux. Sur l'équipe de 13 personnes, il n'en reste que cinq qui demeurent au travail, pour s'occuper d'une douzaine de résidents, sept jours sur sept, 24 heures sur 24.

«Le personnel qui reste voit ses tâches et son nombre d'heures doubler. Et avec les directives de la santé publique pour contrer l'éclosion, on ajoute encore plus de tâches, mais on n'a pas plus de bras», soupire Geneviève Boivin, directrice générale de la résidence.

Cette dernière s'est tournée vers le CIUSSS pour demander du renfort, mais celui-ci aussi manque de personnel – on prévoit même avoir recours à un arrêté du ministère de la Santé et des Services sociaux pour forcer des employés à travailler un plus grand nombre d'heures.

«Le CIUSSS me dit de me tourner vers les agences privées, mais à 30 $ de l'heure, alors que je paie mes employés la moitié de ce tarif, ça ne marche pas», indique Mme Boivin.

Un déficit pour garder ses employés

L'avenir était déjà sombre pour la résidence Entre-Deux. En effet, pour ne pas perdre ses employés qui, payés 15 $ de l'heure, auraient pu préférer rester chez eux plutôt que de risquer de s'exposer à la COVID-19, le conseil d'administration de l'organisme a décidé lui aussi de leur offrir une prime de 4 $ de l'heure, comme le gouvernement l'a fait pour son personnel qui travaille auprès des personnes atteintes de la COVID-19. Cependant, cet argent venait des coffres de la résidence et non du gouvernement. Résultat: l'organisme accuse un déficit de 175 000 $.

C'est la raison pour laquelle les responsables de la résidence, de même que ceux d'une autre résidence de Shawinigan, la Villa Tournesol, ont interpellé le gouvernement, le 11 novembre dernier, pour lui demander le remboursement de ces primes, mais aussi un rehaussement de son financement pour amortir les coûts supplémentaires entraînés par la pandémie. Mme Boivin dit s'être heurtée à un refus catégorique.

«En mars, le conseil d'administration a commencé à faire des demandes de soutien. Le dossier cheminait, mais quand est arrivée la rentrée, on s'est fait dire qu'on n'aurait pas de financement, pas de soutien. On est monté jusqu'au plus haut palier, au Conseil du trésor, et on s'est encore fait dire non», déplore-t-elle.

Mme Boivin se désole d'ailleurs que des 100 millions $ annoncés par le ministre de la Santé et des Services sociaux pour bonifier l'aide à domicile, aucune somme ne soit consacrée aux îlots résidentiels comme le sien, dans la région.

Plus que quelques semaines

Mme Boivin prévenait le 11 novembre que sans ce coup de pouce de Québec, c'est la fermeture qui guette la résidence, dans un horizon de huit semaines. Or, avec l'éclosion qui s'y est déclarée, il reste encore moins de temps.

«C'était avant l'éclosion. Là, on vient de doubler ou de tripler les actions qui doivent être faites et les coûts qui viennent avec. Ça va juste rapprocher l'échéancier de la fermeture», affirme-t-elle.

Mme Boivin estime qu'il coûterait deux fois plus cher au gouvernement de transférer ses résidents en CHSLD, sans compter que ces derniers verraient leur qualité de vie diminuer, puisqu'ils continuent à contribuer à la société en demeurant à l'Entre-Deux.

Une rencontre doit toutefois avoir lieu entre la résidence, le ministre du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, la présidente du Conseil du trésor, Sonia LeBel, et la députée de Laviolette-Saint-Maurice, Marie-Louise Tardif, le 26 novembre prochain.