Le lavage des mains par les travailleurs de la santé est essentiel pour enrayer la propagation de la COVID-19.
Le lavage des mains par les travailleurs de la santé est essentiel pour enrayer la propagation de la COVID-19.

Éclosion dans le réseau de la santé: «Le manque de lavage de mains est la faille», selon le CIUSSS

Martin Lafrenière
Martin Lafrenière
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Le manque de lavage des mains de la part de travailleurs de la santé explique en bonne partie l’éclosion de cas de coronavirus dans le réseau de la santé, estime le CIUSSS qui s’attarde dès maintenant à résoudre le problème notamment par la signature d’une lettre par laquelle les employés s’engagent à se laver suffisamment les mains.

La docteure Lise-Andrée Galarneau, microbiologiste et infectiologue au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec, a fait ce constat lundi en présentant un état de la situation concernant la COVID-19. Le réseau de la santé a mis énormément d’efforts pour la protection des patients contre la contamination. Maintenant, il mettra aussi beaucoup d’effort pour éviter la contamination entre les travailleurs: quand un travailleur introduit le virus dans son milieu professionnel, il infecte patients et collègues en quelques jours, contrairement au patient vecteur du virus qui va infecter ses voisins de chambre, mais pas nécessairement le personnel.

«Quand le travailleur donne des soins, il contamine par l’hygiène des mains faite de façon non optimale. Il y a aussi la contamination entre collègues. Ils sont vigilants lors des soins donnés aux patients. Mais quand ils arrivent au poste de garde, le masque part. Ils doivent respecter la distanciation, ne pas se toucher le visage. C’est pour ça que tant de travailleurs se sont contaminés entre eux. Le manque de lavage de mains est la faille», explique la docteure Galarneau.

En baissant la garde lors de leur pause-repas ou allant fumer une cigarette, des employés contaminent leur masque et leur environnement de travail, soutient le CIUSSS. Ils peuvent ainsi infecter des patients.

Se laver les mains avant et après chaque intervention auprès d’un patient est une façon efficace d’en faire plus, selon la docteure Galarneau. Avec les virus habituels, un taux de lavage de 70 % était visé, car entre 70 % et 100 % de taux de lavage des mains, il n’y avait pas de différence dans le résultat du contrôle des virus. Le CIUSSS régional vise maintenant un taux de lavage de mains de 100 %. Pour y arriver, l’organisation mise sur cinq chirurgiens disponibles pour aider au contrôle des mesures d’hygiène auprès du personnel. Le CIUSSS va aussi demander à son personnel d’être attentif au moindre symptôme qui pourrait être relié au coronavirus. Si c’est le cas, les employés doivent s’absenter du travail.

Les travailleurs devront s’engager par écrit à respecter ces consignes. Et la direction devra aussi ralentir ses ardeurs pour demander à ses travailleurs de rentrer au travail malgré des symptômes.

«Pour certains, c’est une petite toux, une perte de goût, énumère la spécialiste. Ça ne les empêche pas de travailler, mais ils font entrer la COVID. Avec la COVID, on s’attendait à ce que tout le monde soit sur le dos, mais ce n’est pas comme ça tout le temps. On doit prendre les précautions en tout temps, comme si tous les usagers étaient contagieux. Même chose pour un collègue.»

Ces mesures pour éviter la contagion du personnel s’ajoutent à une nouvelle façon de faire concernant la gestion des éclosions en établissement. Si un centre d’hébergement a un seul cas de coronavirus, tous les usagers seront placés en isolement.

Selon la docteure Galarneau, les spécialistes de la santé savent comment réagir face à des éclosions comme le Clostridium difficile. Le portrait est tout autre quand il s’agit de la COVID-19.

«Le C. difficile infecte les usagers, pas les travailleurs du système de santé. Quand ça va mal, cela touche 3 % de la population hospitalisée. Pour la COVID-19, dans des centres pour personnes âgées, ça peut aller plus qu’à 80 % de la population de nos établissements et ça touche les travailleurs. On avait des façons de faire qui étaient efficaces depuis des années avec les pathogènes qu’on avait. Avec la COVID, il faut en faire plus et différemment. Le défi n’est pas fini.»

Questionné à savoir si, avec le constat du manque de lavage de mains, on ne remettait pas ainsi la faute aux employés dans les cas d’éclosion, Carol Fillion rappelle que tout le monde de la santé apprend à vivre avec la COVID-19.

«On ne cherche pas de coupables. On encourage le personnel à utiliser avec le plus de rigueur les outils de protection individuelle. On va vivre entre un an et deux ans avec la COVID dans notre communauté. On doit développer notre expertise. On a un peu plus d’un mois d’expérience et déjà, les travailleurs respectent les consignes.»