Marie-Josée Nobert, de la boutique Entre chiens et chats, doit gérer un important dégât d'eau pendant que le propriétaire de son immeuble et la Ville de Shawinigan se renvoient la balle.

Durs lendemains sur l'avenue de Grand-Mère

Après avoir encaissé une baisse de leur chiffre d'affaires d'environ 15 % en raison des importants travaux de réfection des infrastructures sur l'avenue de Grand-Mère l'an dernier, Marie-Josée Nobert et Sharon Anderson doivent maintenant se débrouiller avec une vingtaine de centimètres d'eau au sous-sol en raison d'un changement à leur raccordement d'égout. Les conséquences perdurent depuis le 12 avril et rien ne bouge pour régler la situation.
Entre chiens et chats, une petite boutique de toilettage pour animaux, encaisse des pertes de revenus depuis deux semaines parce que les deux femmes d'affaires concilient difficilement leur travail avec leurs nouvelles corvées en plomberie, en nettoyage et en ingénierie. 
Après les interruptions d'alimentation en eau vécues l'an dernier lors des travaux de réfection et d'embellissement de l'avenue de Grand-Mère, le commerce vit un nouveau cauchemar.
«On aurait pensé que la Ville aurait tout vérifié avant de fermer le chantier, afin que tout soit fait comme il faut», dénonce Mme Nobert.
«Au cours des derniers mois, nous avions des difficultés avec la toilette. Il fallait l'activer deux ou trois fois avant qu'elle s'évacue complètement. Ce que nous avons appris, c'est que l'eau s'écoule, mais comme nous ne sommes pas raccordés au réseau, les matières solides restent dans le tuyau. L'eau fait son chemin, mais pendant un an, les poils de chiens, le papier de toilette et le reste sont demeurés dans le tuyau.»
Le 12 avril, avec la fonte des neiges et la pluie régulière qui s'ajoutent au tableau, les deux dames ont aperçu une première accumulation d'eau significative au sous-sol. L'installation d'une pompe règle le problème le jour, mais quand elles quittent le commerce le soir, elles doivent fermer les portes et ne peuvent donc plus évacuer l'eau du sous-sol par un tuyau. Chaque matin, le liquide indésirable a repris sa place, à leur grand désespoir.
«Nous avons une causeuse sur des palettes de quatre pouces, en plus des pattes, et elle est dans l'eau», raconte Mme Nobert. «J'ai essayé de sauver ce que j'ai pu. Le frigo, la laveuse, que voulez-vous que je fasse avec ça? Mes assurances me disent que je n'ai pas cette clause pour un refoulement d'égout. Le problème, c'est la cause.»
La boutique Entre chiens et chats partage son immeuble avec un bar et un logement, qui sont desservis normalement. Mme Nobert prétend que l'ancien propriétaire avait obtenu une dérogation de l'ex-ville de Grand-Mère, il y a une quarantaine d'années, pour bénéficier d'un deuxième branchement lors d'un agrandissement. La dame soupçonne la Ville de ne pas en avoir tenu compte lors des importants travaux de l'an dernier.
Une autre solution consisterait à dévier la conduite de la boutique vers celle qui dessert l'immeuble, mais cette fois, c'est le propriétaire qui se ferait tirer l'oreille.
«Il refuse cette solution, parce qu'à long terme, si les pompes brisent, il serait responsable», raconte Mme Nobert. «Il veut une garantie de la Ville comme quoi si quelque chose clochait, elle s'en occuperait. Mais la Ville ne veut pas donner cette garantie.»
«Donc, la Ville ne veut pas rouvrir la rue et le propriétaire ne veut pas accepter la solution de la Ville», résume Mme Nobert. «Pendant que les deux se battent, nous avons les deux pieds dans l'eau.»
Les deux femmes ne peuvent ouvrir la boutique à temps plein dans les conditions actuelles, de peur d'aggraver la situation. 
«Mon propriétaire me dit qu'il n'y a pas de problème, que je peux continuer à travailler!», raconte Mme Nobert. «Mais nous commençons à avoir des maux de tête. Ça fait douze jours. Il y a des algues dans l'eau au sous-sol. Ce n'est pas de l'eau propre...»
«Nous traitons mieux les animaux dans notre boutique que ce que la Ville fait avec nous», rage Mme Anderson. «Ce n'est pas une façon d'agir. Nous, on ne voulait pas que la Ville ouvre la rue. On savait que c'était un besoin, mais on savait que ça nous ferait mal. Maintenant, nous avons besoin de la Ville et on se fait dire non. En plus, je ne comprends pas le propriétaire de laisser son édifice se détériorer. Si c'était ma maison, je paniquerais!»
L'immeuble est branché, indique la Ville
François St-Onge, directeur des communications à la Ville de Shawinigan, considère que l'immeuble de la boutique Entre chiens et chats est desservi par l'aqueduc et l'égout. Sans vouloir entrer dans les détails, il mentionne qu'une solution existe. Il reste au propriétaire à l'appliquer.
Selon M. St-Onge, lorsque la Ville a passé une caméra avant les travaux, elle n'a constaté qu'un seul branchement à cet immeuble. Il ne peut avancer comment le propriétaire avait configuré une autre sortie dans les années 70.
«L'immeuble est branché», résume-t-il. «On s'attend à ce que le propriétaire puisse desservir tous ses locataires. Nous, on se rend jusqu'à la limite du lot. C'est un branchement par immeuble. L'aqueduc et l'égout ont été rebranchés. Mais je ne sais pas ce qui se passe sur ce terrain. C'est à lui de trouver la solution. Sur nos plans, il n'y avait pas deux branchements.»
«On est très empathique à ce que vivent les dames, mais elles sont locataires», ajoute-t-il. «Chose certaine, l'égout est branché sur l'immeuble. Nous sommes allés la semaine dernière, nous avons donné une opinion sur ce qui pourrait régler le problème rapidement. Pour le moment, ça n'a pas l'air d'être quelque chose que le propriétaire veut faire. Ça lui appartient.»
Le propriétaire de l'immeuble, Jean Lafrance, n'a pu être joint lundi. Si rien ne bouge, Marie-Josée Nobert, propriétaire du commerce, envisagera des recours judiciaires. Un déménagement n'est évidemment pas exclu.
«C'est mon dernier choix, parce que ma clientèle est habituée de venir ici», soupire la femme d'affaires, qui célébrera justement son quinzième anniversaire d'exploitation en mai.