Le directeur de l’école Sainte-Thérèse, Alain Pagé, craint un peu pour la francisation des enfants.
Le directeur de l’école Sainte-Thérèse, Alain Pagé, craint un peu pour la francisation des enfants.

Du travail plus compliqué pour le SANA

TROIS-RIVIÈRES — Plusieurs immigrants et travailleurs agricoles étrangers sont arrivés en Mauricie juste avant le confinement imposé par la pandémie de COVID-19. Certains sont arrivés en janvier, mais d’autres ont débarqué à Trois-Rivières en mars, comme c’est le cas pour deux familles de réfugiés syriens.

Le Service d’accueil aux nouveaux arrivants (SANA) ne chôme donc pas, par les temps qui courent, car le confinement complique le travail des employés et des bénévoles. «On donne des services par téléphone», explique le directeur général, Ivan Suaza. Les nouveaux arrivants ne parlent pas français. Le SANA se réjouit donc au plus haut point de posséder une banque d’interprètes.

Ils sont plus d’une quarantaine qui parlent une quinzaine de langues. C’est une armée de bénévoles indispensables dans la situation actuelle. Ils vont notamment appeler régulièrement les familles qui sont confinées avec leurs enfants, question de les aider à faire sortir la vapeur.

En temps normal, les gens du SANA accompagnent les nouveaux arrivants en leur montrant où faire l’épicerie et en répondant au nombre incalculable de questions qu’une personne arrivant d’un autre pays se pose pour s’adapter à son nouvel environnement. Le plus gros a été fait juste avant le confinement pour les Syriens. Pour le reste, il faut désormais presque tout expliquer par téléphone à cause de la COVID-19. «C’est mieux pour tout le monde», plaide M. Suaza.

Il y a malgré tout des cas où il faut y aller en personne. Boumediene Zouaoui, médiateur culturel et responsable des jumelages au SANA, s’occupe lui-même des deux familles de Syriens arrivées ici dix jours avant le confinement.

Masque au visage et ganté, il a dû récemment se rendre auprès de ces familles pour leur remettre des documents à signer, des certificats de 45 jours pour avoir droit à l’assurance maladie. Ça s’est fait à l’extérieur et à distance, dit-il.

Les bénévoles du SANA ont aussi eu à prendre certains risques pour aller inscrire les familles aux banques alimentaires.

À l’école Sainte-Thérèse de Trois-Rivières, où se trouvent quatre classes de francisation regroupant des enfants de 20 nationalités différentes, le personnel sait faire preuve de dévouement et d’imagination pour permettre à tous ces élèves immigrants de cheminer malgré le confinement.

Alain Pagé, le directeur de l’école, explique que les enseignants doivent personnaliser les trousses du ministère en fonction du degré de maîtrise du français des quelque 220 jeunes en francisation. L’école avait ouvert une classe de francisation à peine trois semaines avant le confinement tandis que trois autres classes sont ouvertes depuis le début de l’année.

Des bénévoles, comme Boumediene Zouaoui, n’ont parfois pas le choix d’aller à la rencontre des réfugiés.

«J’ai des élèves dont les parents ne parlent pas un mot de français», signale le directeur.

Cette école, précise-t-il, a un indice de défavorisation de 10. Elle n’a donc d’autre choix que d’envoyer, chaque semaine, entre 50 et 60 trousses du ministère par la poste. De ce nombre, 75 % sont destinées à des élèves en francisation. Résultat? «Ça dépend de la volonté du parent de retourner l’appel ou pas», laisse-t-il entendre. Pour les nouveaux parents qui ne parlent pas du tout le français, le SANA et ses interprètes sont alors d’un grand secours, explique le directeur.

Les enfants pourront en bénéficier à des degrés divers. «Ça dépend si les parents cherchent à apprendre le français», indique M. Pagé.

Boumediene Zouaoui a d’ailleurs découvert qu’en cette période de confinement, les familles d’immigrants profitent de YouTube pour regarder des vidéos dans leur langue d’origine sur des télés de 55 pouces. À peine une semaine ou deux après leur arrivée, ils arrivent à gérer leur chèque d’installation du gouvernement et leur chèque d’aide sociale pour être en mesure de s’acheter une télé, dit-il. Le problème, c’est que l’apprentissage de la langue française ne se fait pas, constate-t-il.

M. Pagé, de son côté, indique que «notre inquiétude, c’est que si les écoles n’ouvrent pas d’ici la fin de l’année scolaire, j’ai des enfants qui vont passer cinq mois au cours desquels ils ne parleront peut-être pas français une fois.»

Malgré tout, l’école de francisation à distance aura ceci de bon qu’elle permet aux enseignants d’être en contact avec les enfants et leur famille et voir s’ils ont des besoins, que les enfants soient ou non en classe d’accueil. «On a ciblé les élèves où l’on doit avoir un suivi plus pointu. Qui de mieux placé que l’enseignant?», fait valoir le directeur. Certaines de ces familles avaient besoin d’aide alimentaire, a-t-on pu déceler ainsi.

En pareil cas, c’est la chaîne d’entraide qui s’allonge. Ivan Suaza raconte qu’avec l’aide des banques alimentaires, des paniers de dépannage peuvent être remis à ces familles, le temps de les inscrire à l’aide sociale. C’est gratuit la première fois et 3 $ sont demandés par la suite pour chaque nouveau panier, indique M. Suaza.

Amélie Dubuc, directrice générale de la Corporation de développement communautaire de Trois-Rivières, qui regroupe environ 80 organismes de Trois-Rivières, indique que dès la première semaine de confinement une liste des organismes encore actifs a été affichée sur le site web de la CDC.

Ceci a donné un bon coup de pouce au SANA, indique Mme Dubuc, car il est plus facile d’orienter les gens vers les services dont ils ont besoin. La CDC a aussi créé des liens avec la Ville, le CIUSSS MCQ et les députés de la région afin de générer de la collaboration.

«Les organismes communautaires sont vraiment en période d’adaptation», souligne-t-elle, non seulement pour venir en aide aux nouveaux arrivants, mais également à la population en général.