Le CHSLD Cloutier-du Rivage est fortement touché par la COVID-19.
Le CHSLD Cloutier-du Rivage est fortement touché par la COVID-19.

Du personnel de Laflèche à Cloutier-du Rivage

Trois-Rivières — Le CHSLD Cloutier-du Rivage vient de devancer le CHSLD Laflèche en ce qui concerne le plus grand nombre de résidents morts du coronavirus et de nombreux cas d’infection ont été observés dans les deux établissements. Mais ces deux endroits ont un autre point en commun: du personnel du CHSLD Laflèche est récemment allé prêter main-forte aux travailleurs du CHSLD Cloutier-du Rivage.

Au cours des dernières semaines, 25 salariés du CHSLD Laflèche, dont des infirmières, des préposés aux bénéficiaires et des aides de service, ont travaillé au CHSLD Cloutier-du Rivage. Certains d’entre eux y oeuvrent toujours. Rappelons que la haute direction du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec affirmait en avril qu’un employé d’un CHSLD ne pouvait effectuer des heures de travail dans un autre CHSLD.

Louis Brunelle confirme que des salariés du CHSLD Laflèche de Shawinigan et de l’hôpital de Trois-Rivières ont travaillé au CHSLD Cloutier-du Rivage de Trois-Rivières au cours des dernières semaines. D’après le directeur des ressources humaines, des communications et des affaires juridiques du CIUSSS, l’organisation a effectué cette demande afin d’éviter une rupture de service à un CHSLD durement touché au niveau du personnel.

«On a fait un appel d’intérêt au CHSLD Laflèche, car tout le monde est revenu au travail. Il y avait de la marge, la situation est stable. Des gens ont dit oui. Au CHAUR (l’hôpital de Trois-Rivières), des gens (cinq) sont allés à Cloutier. Mais c’est pour une période de temps plus longue qu’un quart de travail ou une fin de semaine. Ils travaillent avec les mesures de protection. Et avant de revenir dans leur lieu de travail, les gens subissent trois contrôles de COVID-19, dont un au jour 0 (avant de se déplacer vers un autre CHSLD)», raconte Me Brunelle qui considère que ces mesures assurent la sécurité des travailleurs.

Louis Brunelle, directeur des ressources humaines, des communications et des affaires juridiques du CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec.

Questionné à savoir si le milieu a tiré des leçons de la forte éclosion observée au CHSLD Laflèche, Pascal Bastarache répond par l’affirmative. Mais le président du Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et des métiers CSN Mauricie et Centre-du-Québec estime qu’il y a encore du travail à faire.

«Toutes les mesures pour s’assurer que les gens sont en sécurité ne sont pas prises. Il y a encore de la mobilité. Des salariés de Laflèche sont allés à Cloutier-du Rivage. On espère que le CIUSSS va stopper cette mobilité.»

Me Brunelle comprend que ce genre de déplacement de personnel ressemble à de la mobilité. Selon lui, il n’en est rien.

«Quand on fait les horaires, dans la situation avant le 13 mars, on regarde les manques de personnel selon les demandes. Je prends mes gens sur la liste de disponibilité, les gens des équipes volantes, les travailleurs à temps partiel occasionnels, les travailleurs à temps partiel réguliers et je les répartis un jour à un endroit, un autre jour à un autre endroit. Ça, c’est de la mobilité. Depuis le 11 avril, la mobilité, c’est terminé. Même si un employé fait partie d’une équipe volante, il demeure dans le même établissement. Arrive l’éclosion à Cloutier. Je dois sortir 25 employés, car ils ont été en contact (avec des gens infectés). J’ai un problème majeur. Je dois trouver du monde. La mobilité, c’est quand on prépare les horaires de travail un mois d’avance. Quand arrive un cas comme à Cloutier, je suis en bris de service. Je dois aller ailleurs. Je n’ai pas le choix, tout le monde est placé partout. Mais les travailleurs ne viennent pas pour un seul quart de travail avant de retourner dans leur CHSLD», précise Me Brunelle.

Le CHSLD Cloutier-du Rivage a maintenant 46 décès reliés à la COVID-19, soit deux de plus que le CHSLD Laflèche. Quelque 91 résidents sont contaminés, de même que 69 employés. Au CHSLD Laflèche, 107 cas ont été répertoriés auprès des résidents et 83 parmi le personnel, des statistiques assez stables depuis un certain temps.

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Zone tampon et masques

Nathalie Perron, présidente du Syndicat des professionnelles en soins de la Mauricie et du Centre-du-Québec (FIQ), croit que l’éclosion de COVID-19 au CHSLD Cloutier-du Rivage peut s’expliquer en partie par le mode d’utilisation d’une zone prévue pour accueillir les résidents atteints de la COVID-19 afin de limiter les risques de propagation sur les étages. Mais le CIUSSS a une autre lecture de la situation.

«Dans tous les CHSLD, il y a une zone pour les cas positifs. À Cloutier, il y a un endroit déterminé, mais ça n’a pas duré longtemps. La propagation a été rapide. Est-ce que ça fait en sorte que le virus s’est propagé?», se demande Mme Perron.

«C’est préoccupant de voir ce qui se passe. Il y a des chambres à deux lits. Ça peut augmenter les risques, mais il y a des chambres à deux lits ailleurs», ajoute-t-elle.

Selon Julie Michaud, la zone tampon originalement déterminée au CHSLD Cloutier-du Rivage est devenue trop petite en raison du grand nombre de résidents ayant été contaminés à la COVID-19. C’est la raison pour laquelle d’autres zones ont été aménagées à même les unités de soins.

«Le personnel est dédié à une seule zone, il n’y a pas de déplacements entre les zones. Dans tous les cas, on s’assure que les mesures de protection sont portées de façon adéquate», mentionne l’agente d’information du CIUSSS régional.

Selon Pascal Bastarache, la mise en place de mesures pour s’assurer de la sécurité des travailleurs de la santé durant la pandémie de COVID-19 passe par l’utilisation de masques de type N95 et non plus par le port de masques de procédure.

Nathalie Perron et Pascal Bastarache.

«On est encore à deux masques de procédure par quart de travail. On demande le N95. On n’a aucune chance à prendre», déclare le président du Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et des métiers CSN Mauricie et Centre-du-Québec, lorsqu’interrogé au sujet de l’éclosion de nombreux cas de coronavirus au CHSLD Cloutier-du Rivage.

À ce sujet, le CIUSSS dit respecter les recommandations de l’Institut national de santé publique et du ministère de la Santé et des Services sociaux.

«Les équipements sont en quantité suffisante. Les masques de protection sont efficaces durant quatre heures. Donc, deux masques sont suffisants. Mais si les deux masques sont souillés, on va les changer», assure Julie Michaud, en précisant que les masques N95 ne sont pas utilisés en CHSLD.