La vague de dénonciations publiques dans la foulée du mouvement #MoiAussi, dont les plaintes concernant Gilbert Rozon, a des effets sur les CALACS de la région.

Du jamais-vu dans les CALACS

Trois-Rivières — La vague de dénonciations publiques concernant des agressions sexuelles n’a pas épargné la Mauricie et le Centre-du-Québec, au point que les demandes d’aide ont doublé, voire triplé au cours des dernières semaines.

Rejointe tôt le matin au bureau du Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) de Trois-Rivières, la coordonnatrice Joëlle Boucher-Dandurand l’avoue sans retenue: «On est dans le jus!» 

Tout en se montrant conservatrice, elle estime que les demandes de suivi ont triplé. Et ce, c’est sans compter les autres appels logés par les victimes à la ligne d’écoute 24 heures sur 24 et ceux effectués par les proches des victimes et des partenaires.

Généralement, à cette période de l’année, le CALACS de Trois-Rivières reçoit entre trois et quatre nouvelles demandes de suivi par semaine. Au cours des deux dernières semaines, on en a dénombré 17, dont cinq lors d’une seule journée. 

«C’est exceptionnel et c’est du jamais-vu. Il y a beaucoup de femmes qui ont subi des agressions durant leur enfance. Toute cette vague de dénonciations publiques dans la foulée du mouvement #MoiAussi vient confronter les femmes dans leur quotidien et les bouleverser encore plus. Les conséquences des agressions sont plus difficiles à supporter au point que certaines vont se retrouver avec des symptômes de choc post-traumatique. Je sais qu’il y a même des femmes qui sont en arrêt de travail», a expliqué Mme Boucher-Dandurand. 

L’organisme ne cache pas que la liste d’attente s’est donc allongée. Toutefois, on réussit à faire une première rencontre d’évaluation par téléphone ou en personne dans un délai rapide. «Nous disposons d’un système d’évaluation pour s’assurer de répondre à l’urgence. Nous sommes en mesure d’écouter les femmes et de faire baisser la tension», tient à préciser la coordonnatrice du CALACS Trois-Rivières. 

Le suivi offert par les CALACS consiste notamment en une série de 20 rencontres pendant six mois. Pour déterminer les cas prioritaires, plusieurs facteurs seront donc évalués lors de la première rencontre comme par exemple l’ampleur des conséquences au quotidien. Est-ce que la victime est soutenue par un réseau social? Est-ce qu’elle a des idées suicidaires? A-t-elle des comportements dangereux pour elle-même comme de l’auto-mutilation? Voilà autant de questions que les intervenantes doivent se poser.

Du côté du CALACS de Shawinigan, les demandes ont doublé mais on s’attend à des retombées plus importantes encore. 

«Nous sommes en mesure d’offrir le service et de répondre aux demandes en ce moment mais on se prépare à avoir une liste d’attente bientôt. Nous avons justement mis en place des procédures pour établir les cas à prioriser. Par contre, pour les volets prévention et sensibilisation dans les écoles, nous avons dû reporter certaines activités après la période des Fêtes», mentionne Nicole Hamel, coordonnatrice du CALACS Shawinigan.

Au CALACS Unies-Vers-Elles de Victoriaville, 20 nouvelles demandes ont été reçues entre le 16 et 26 octobre, ce qui représente cinq à six fois le nombre de demandes que l’organisme traite habituellement. Et pour cette même période, tous les centres membres du Regroupement québécois des CALACS ont noté une hausse des demandes variant entre 100 % et 533 %. Les impacts font en sorte que les délais d’attente ont augmenté dans plusieurs centres, allant désormais jusqu’au 18 mois dans certaines régions du Québec. 

Chez nous, les CALACS se font rassurants: le service est assuré. «On fait ce qu’on peut. Chaque demande est considérée mais on a besoin de ressources supplémentaires. Il y a quatre intervenantes permanentes à Trois-Rivières mais il en faudrait deux ou même trois de plus», précise Mme Boucher-Dandurand. À Shawinigan, il y a seulement deux intervenants sur le terrain. 

En fait, le regroupement des CALACS affirme que les ressources sur le terrain sont à bout de souffle. Celles-ci doivent non seulement assurer les suivis individuels et de groupe mais elles doivent également s’occuper de l’accompagnement judiciaire et des ateliers de sensibilisation dans les écoles, des volets de leur travail également en hausse. 

«Le manque de ressources n’est pas nouveau. On le dit depuis longtemps. Il y avait eu une augmentation des demandes d’aide en 2014 à la suite du #AgressionNonDénoncée. En plus, les médias s’intéressent de plus en plus à nous. On est sorti des faits divers en quelque sorte. On réalise maintenant qu’une agression sexuelle n’est plus un cas unique et individuel mais bien un problème de société», a ajouté Mme Boucher-Dandurand. 

Le gouvernement a certes annoncé l’octroi d’un million de dollars aux organismes d’aide aux victimes d’agressions sexuelles. Or, le Regroupement des CALACS ignore quand cet argent va arriver ni comment il sera distribué, ce qui suscite beaucoup d’inquiétude sur le terrain. On reçoit 50 % moins d’argent et on couvre un territoire de 20 à 60 % plus grand que nos collègues», déplore Lise Setlakwe, directrice générale des CALACS des MRC d’Arthabaska, de l’Érable et de Bécancour.