Le professeur Frédéric Langlois de l’UQTR, spécialiste de l’anxiété.
Le professeur Frédéric Langlois de l’UQTR, spécialiste de l’anxiété.

Du confinement au déconfinement sans anxiété: «il faut faire confiance aux spécialistes»

TROIS-RIVIÈRES — La pandémie de COVID-19, c’est du jamais vu dans notre société. Ce simple fait «rehausse l’incertitude de tout le monde d’un cran». Que l’on parle de confinement ou du déconfinement prochain, «c’est sûr que ça exacerbe l’anxiété des gens qui ont déjà un trouble anxieux», analyse le professeur Frédéric Langlois du département de psychologie de l’UQTR.

Normalement, l’anxiété «sert à se protéger d’une catastrophe, mais là, on n’a pas de prise outre les consignes que nous donne la Santé publique», rappelle-t-il.

Il y a donc le risque qu’une personne tombe «dans des excès d’évitement. Elle va se retirer totalement de la vie et tomber dans une vie capitonnée. Elle ne prendra pas le risque d’aller à l’épicerie, faire ses courses ou les choses de base que tout le monde doit faire», dit-il.

«C’est clair que le système de santé va voir quelques patients revenir parce que le contexte de vie va avoir un peu ramené les anciennes mauvaises habitudes d’évitement», prévoit-il.

Or, «les troubles anxieux font partie des troubles les plus fréquents en santé mentale», souligne-t-il. Le chercheur prévoit donc que les taux de prévalence vont augmenter au cours des prochains mois.

Le professeur Langlois suggère quelques astuces pour éviter de telles réactions. Il propose «de mettre l’accent sur la prise qu’on a, donc premièrement bien respecter les consignes de la Santé publique».

Il conseille également de prendre un modèle autour de soi de quelqu’un qui est beaucoup plus tolérant à l’incertitude, quelqu’un qui, en général dans la vie, prend les choses toujours avec une certaine distance. C’est d’essayer de se mettre dans la peau de cette personne-là», dit-il, «de se demander ce qu’elle se dirait dans le contexte actuel et ce qu’elle ferait», propose ce spécialiste de l’anxiété.

«Plus on agit comme quelqu’un de tolérant à l’incertitude, plus des bénéfices vont venir avec ça, soit un peu de sentiment de confiance. Ça peut abaisser un peu l’angoisse momentanément. Ça peut redonner un sentiment de contrôle parce qu’on n’est plus dans l’évitement ou dans la recherche de rassurance excessive.»

Quelqu’un qui souffre d’intolérance à l’incertitude peut aller jusqu’à se couper totalement de tout, dit-il. Or, «ça va juste nourrir le sentiment d’angoisse», explique le chercheur.

«Lorsque les gens ont un coup d’angoisse, ils se mettent à se retirer et à éviter des situations. Ils ont une vie un peu trop capitonnée ou encore ils sont dans leur maison, en contrôle de leur petite vie. À long terme, le cerveau enregistre que la vie est dangereuse, qu’ils sont vulnérables et ça devient un cercle vicieux», explique-t-il.

Dans le contexte actuel, beaucoup de personnes font de l’anticipation et se créent divers scénarios dans leur tête. Afin d’amenuiser cette tendance, le professeur Langlois propose de se pratiquer à vivre dans l’instant présent. Beaucoup de thérapies vont dans ce sens, dit-il. «Le trouble anxieux, c’est un trouble où l’on se projette trop dans l’avenir», explique-t-il.

Le professeur Langlois propose d’ailleurs aux personnes qui vivent des moments d’anxiété face à la COVID-19 de se poser la question suivante: «Est-ce que là, en ce moment, tout de suite, dans ma vie, j’ai un problème de santé?»

Le chercheur incite les gens à bien suivre les consignes sanitaires, «à bouger un peu, à ne pas rester complètement à la maison et à vivre une vie sociale virtuelle» en attendant le déconfinement.

«Le stress chronique a un mauvais impact sur le fonctionnement physique. C’est pour ça qu’on essaie beaucoup, dans le monde de la psychologie, de dire aux gens de prendre les meilleures habitudes possible dans le contexte de la COVID-19, d’essayer de combattre ce stress-là, soit par des techniques de relaxation, en sortant, en faisant des marches, en se faisant plaisir», dit-il.

Le professeur Langlois invite les gens à examiner de quoi a l’air leur équilibre entre plaisir et déplaisir et à ramener cet équilibre au centre. «Ça ne se peut pas une vie sans douleur, sans jamais rien de négatif», plaide-t-il. C’est pourquoi «on a, tous les jours, le devoir de s’offrir de petits plaisirs pour garder cet équilibre». Ça peut même être des plaisirs de l’enfance, dit-il, comme colorier ou faire des casse-tête.

Le plan de retour graduel à l’école et au travail suscite de l’anxiété, notamment chez les parents. Encore une fois, le chercheur invite à ne pas tomber dans l’intolérance à l’incertitude. «Il faut faire confiance aux spécialistes qui sont dans le système de santé», dit-il.

«Tôt ou tard, on n’aura pas le choix de prendre certains risques», car le but du confinement était simplement de ralentir la fameuse courbe, rappelle-t-il. «Quand les gens disent qu’ils ne veulent pas envoyer leurs enfants à l’école, de quoi veulent-ils se protéger? Il y a une attente irréaliste derrière ça, car un jour ou l’autre, il faudra que la population développe cette immunité», fait-il valoir.

L’humain est un animal social et l’actualité a récemment mis en évidence le fait que beaucoup de personnes sont seules et le sont encore plus depuis le confinement. Cette situation peut mener à des symptômes dépressifs, souligne-t-il.

Or, même avant la COVID-19, de nombreux aînés étaient déjà dans cette situation, rappelle-t-il. On devrait donc «faire un petit mea culpa comme société», propose Frédéric Langlois.

ASTUCES POUR DIMINUER L’ANXIÉTÉ

  • Prendre pour modèle quelqu’un qui est beaucoup plus tolérant à l’incertitude.
  • Apprendre à vivre dans le moment présent.
  • Se poser la question suivante: est-ce qu’en ce moment, tout de suite dans ma vie, j’ai un problème de santé?
  • Bouger. Ne pas rester complètement à la maison et vivre une vie sociale virtuelle en attendant le déconfinement.
  • S’offrir quotidiennement de petits plaisirs pour créer un équilibre avec les inconvénients.
  • Mettre l’accent sur les choses que l’on peut contrôler.