Le cœur déchiré, Émilie Arsenault s’est adressée aux médias dimanche, environ un mois après le terrible meurtre de ses garçons Alex et Olivier.
Le cœur déchiré, Émilie Arsenault s’est adressée aux médias dimanche, environ un mois après le terrible meurtre de ses garçons Alex et Olivier.

Drame de Wendake: la famille «en colère» contre le système

Judith Desmeules
Judith Desmeules
Le Soleil
Le cœur déchiré, Émilie Arsenault s’est adressée aux médias dimanche, environ un mois après le terrible meurtre de ses garçons Alex et Olivier. «De la peine, j’en ai encore, mais si je décide de parler aujourd’hui, c’est parce qu’en plus de la peine, je vis énormément de rage et j’ai besoin qu’on m’entende.»

Des photos montrant les garçons, tout sourire avec leur maman, étaient installées sur les tables, pendant la conférence de presse tenue à Québec.

Émilie Arsenault, avec toute la force possible, a rendu hommage à ses «petites étoiles».

«Plusieurs diront que j’étais une maman, mais j’en suis et resterai une maman jusqu’à l’infini. Ce n’est pas parce qu’il vous a arraché à moi que ça va changer», a soufflé la maman de 28 ans.

«Sachez mes amours qu’il n’y a pas un soir où je ne vais pas vous border comme si j’avais encore la chance de vous avoir près de moi. Je continue de vous dire que je vous aime, vous adore, pour la vie à la folie mes p’tits pitous.»

La colère a ensuite pris toute la place. Émilie en veut à la DPJ, à son ancien avocat et à toutes les personnes qui ne l’ont pas écoutée lorsqu’elle a fait part de ses inquiétudes.

Olivier, 5 ans, et son frère Alex, 2 ans, ont été tués par leur père dans la nuit du 10 au 11 octobre. Michaël Chicoine est accusé de meurtres sans préméditation.

Elle et Michaël sont séparés depuis deux ans. La dernière fois qu’elle a prié son avocat de se battre pour avoir la garde exclusive de ses enfants, c’était le 8 octobre, deux jours avant que Michaël Chicoine ne commette l’irréparable.

L’avocat lui avait répondu qu’on ne donnait pas la garde exclusive seulement parce qu’un parent avait des inquiétudes sur l’autre.

«Notre Québec se dit doté d’un système de protection de l’enfance. Et moi quand j’ai fait appel à la DPJ pour protéger mes propres enfants, il était où ce système de protection là? […] Si vous aviez écouté, j’aurais peut-être la chance de profiter du dimanche avec mes enfants plutôt que de les pleurer aujourd’hui.»

«J’ai tout fait ce que j’ai pu, mais je ne pouvais pas porter ça sur mes épaules toute seule. J’avais besoin du système pour m’appuyer et qu’on me croit», a-t-elle poursuivi.

Émilie a ensuite énuméré d’autres femmes et d’autres hommes qui sont aujourd’hui dans le même panier qu’elle : l’ex de Martin Carpentier cet été, l’ex de Patrick Desautels en 2012 ou l’ex de Guy Turcotte en 2009.

«Il n’y a pas un spécialiste qui ne m’a pas posé la question suivante : crains-tu pour la vie de tes enfants? Est-ce qu’on peut m’en vouloir d’avoir répondu : je ne peux pas croire qu’il s’en prendrait à ses propres enfants? Je me suis trompée.»

Jean-Guy et Émilie Arsenault, avec Alex et Olivier

Plusieurs enquêtes en cours

Avant la conférence de presse, le drame semblait déjà s’inscrire dans un contexte de déchirement entre parents. Le lendemain de la découverte des deux victimes, le grand-père maternel des petits avait écrit un déchirant message sur Facebook, indiquant que sa fille «a tout fait les efforts auprès de la DPJ et du droit familial pour lui [en parlant de Chicoine] enlever la garde des enfants».

Jean-Guy Arsenault, le papy d’Alex et Olivier, était présent lors de la conférence de presse dimanche, aux côtés de sa fille. À son tour, il a déploré la mauvaise gestion du système et le manque d’aide.

«C’est vraiment pénible que de vivre avec de tels souvenirs jour après jour. J’ai essayé du mieux que j’ai pu de protéger mes petits-enfants. […] Pour ce qui est du système, je m’adresse à vous, M. Legault, car je crois qu’il est temps de se réveiller pour faire avancer les choses», a-t-il dit.

Le ministre responsable de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), Lionel Carmant, a confirmé que trois signalements avaient été non retenus dans le dossier de cette famille. Le gouvernement du Québec a donc ordonné une enquête externe sur les gestes posés par la DPJ de la Capitale-Nationale.

«Au lieu d’investir 100 millions en santé mentale pour grossir toute cette bureaucratie, il serait peut-être temps de faire un ménage et un vrai. Je reçois beaucoup de courriels de parents qui sont dans la même situation. On a besoin de plus de gens compétents sur le terrain, et non dans les bureaux», a ajouté Jean-Guy Arsenault.

Les jours suivants la tragédie, la mère de l’accusé, Mylène Chicoine, s’était aussi exprimée par une lettre transmise aux médias. Elle y exprimait toute sa souffrance, mais a aussi mis en lumière les problèmes de dépression majeure de son fils, ainsi que le manque d’aide disponible, selon elle.

Émilie, avec Alex et Olivier

Procès en 2021

Comme le procès de Michaël Chicoine est attendu pour l’année 2021, Émilie et Jean-Guy Arsenault ne pouvaient répondre à aucune question, ils seront vraisemblablement appelés à témoigner.

Aucun commentaire n’a été fait au sujet de la santé mentale de l’accusé, comme l’aspect sera abordé pendant le procès.

MMarc Bellemare défend la famille dans toute l’affaire. Il a pu révéler que le grand-père d’Alex et Olivier n’avait pas été considéré comme une victime par l’Indemnisation des victimes d’actes criminels (IVAC).

«C’est de l’hypocrisie au cube. Tu as la vice-première ministre qui dit qu’on va s’occuper des victimes, qu’on va être là pour les victimes. Même chose dans le Vieux-Québec avec [les attaques] à l’épée. On a des ressources pour vous… Ils ne reconnaissent même pas les victimes. C’est un scandale. Au-delà des mots, il faut poser des gestes», soutient Me Bellemare.

Jean-Guy Arsenault, le papy d’Alex et Olivier, était présent lors de la conférence de presse dimanche, aux côtés de sa fille.

Le matin du drame, Jean-Guy Arsenault s’est rendu sur les lieux du crime. Il avait devant les yeux les policiers, les agents, les voitures de police, les ambulances. Il garde ses souvenirs en tête tous les jours et fait des cauchemars la nuit. M. Arsenault est en arrêt de travail depuis le meurtre de ses petits-enfants, et il ne peut pas toucher d’indemnité.

Émilie, elle, a bien été reconnue comme victime d’acte criminel.

L’avocat juge que les services de protection à l’enfance devraient fonctionner comme la police. «Quand tu as un problème, ils se pointent chez vous», illustre-t-il. «Pas de boîte vocale, pas de liste d’attente.»

Pour ce qui est d’intenter des poursuites, la famille et MBellemare n’en sont pas là.

«Il est encore tôt. On suit de très près les événements, ce n’est pas exclu, mais c’est trop tôt. On a un délai de 3 ans pour le faire. S’il y a matière à poursuites, on n’hésitera pas à le faire», indique-t-il.