Un père de famille s’indigne du peu d’attention portée au respect de la confidentialité des usagers du Centre jeunesse de Trois-Rivières.

DPJ: des usagers «humiliés», déplore un père de famille

Trois-Rivières — Un père de famille qui a eu affaire au Centre jeunesse de Trois-Rivières pour un dossier ayant trait à la garde de ses enfants se dit scandalisé du traitement que reçoivent les parents qui passent par là. Selon lui, les règles de base concernant le respect de la confidentialité des usagers sont systématiquement bafouées, dans un mépris flagrant de leurs droits et des lois en vigueur.

Le père de famille en question en a surtout contre le fait que la salle d’attente du Centre jeunesse — que l’on appelle maintenant Centre de protection et de réadaptation pour les jeunes et les mères en difficulté d’adaptation — est située à l’entrée de l’établissement et que les usagers sont ainsi exposés au regard des nombreuses personnes qui passent par là. Qui plus est, celle-ci donne directement sur la salle où ont lieu les visites parents-enfants supervisées. «C’est de l’humiliation pure et dure», s’indigne celui qui que l’on ne peut pas nommer pour des raisons de confidentialité, son dossier impliquant des mineurs.

S’il n’a pas eu à lui-même se soumettre à des visites supervisées, celui qui s’exprime aujourd’hui sur la place publique dit avoir constaté qu’aucune considération n’était faite de l’intimité des familles qui ont recours au service. «Tu vois les gens attendre, tu vois les gens sortir et souvent, quand ils sortent, les intervenantes ne se gêneront même pas pour dire “OK, on va se revoir telle journée, on va refaire ça, on va refaire ça...”», déplore-t-il.

C’est le caractère exigu des lieux et la proximité entre la salle d’attente et la salle des visites supervisées qui sont les plus problématiques, selon lui. «On entend les enfants parler, on les entend jouer, on entend tout!», se désole-t-il.

C’est après avoir reconnu un individu, qu’il qualifie de «relation de travail», parmi les usagers de l’institution que le père de famille a pris pleinement conscience du caractère sensible de la situation. S’il était mal intentionné, il aurait soudainement des informations en main pour faire du tort à la réputation de cet individu, explique-t-il. «C’est supposé être 100 % confidentiel, c’est la loi en plus», martèle-t-il.

S’étonnant d’un tel fonctionnement, le père de famille a d’abord cru que la disposition des lieux était due à des travaux de rénovation ou à un réaménagement en cours. Constatant qu’il n’en était rien et que les locaux étaient ainsi aménagés depuis dix ans, relate-t-il, il a pris le parti d’interpeller les dirigeants de l’établissement. C’est après s’être heurté à ce qu’il qualifie de réaction de nonchalance qu’il a choisi de faire sa sortie publique. Selon lui, une loi du silence règne sur l’endroit, les gens n’osant pas parler à cause de la précarité de leur situation familiale.

La réaction du CIUSSS MCQ

Du côté du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ), de qui relève le Centre jeunesse, on affirme que les allégations sont les premières du genre en dix ans et que le souci de la confidentialité des usagers est au centre des préoccupations quotidiennes du personnel en place.

Pour Geneviève Jauron, agente d’information au CIUSSS MCQ, la nature des soins en protection de la jeunesse, tout comme en toxicomanie, souligne-t-elle, peut générer un certain «inconfort». Elle indique que les temps d’attente en salle sont ainsi tenus à un minimum, que les consultations se font à portes closes et qu’aucun nom n’est affiché. Elle concède que des gens peuvent se croiser dans la salle d’attente, mais que cela serait vrai, peu importe où celle-ci se situe.

Quant aux autres allégations faites par le père de famille, Mme Jauron affirme que celles-ci seront relayées aux autorités compétentes. Elle rappelle par ailleurs que les pratiques des intervenants sont soumises à des évaluations internes périodiques, de même qu’à des audits externes par d’autres instances, dont Agrément Canada. «Ils rencontrent de nos usagers, ils nous visitent, et en aucun temps cet élément-là est ressorti comme étant problématique», soutient-elle.

L’agente d’information maintient que chaque usager est informé dès sa prise en charge des recours possibles et des voies de communication à sa disposition pour faire valoir ses droits et exprimer son appréciation des services reçus. Elle indique que la Commissaire aux plaintes et à la qualité des services est une instance indépendante qui relève directement du conseil d’administration de l’établissement et que les plaintes sont reçues avec un gage de confidentialité et de neutralité.

«L’objectif en protection de la jeunesse est d’assurer la sécurité et le développement des enfants, mais c’est aussi d’aider les familles à améliorer leur situation», plaide Geneviève Jauron. Il importe de garder en tête qu’il s’agit d’un service d’aide et que les usagers qui y ont accès ne devraient pas être stigmatisés, soutient-elle. Un travail de sensibilisation doit être fait en ce sens, remarque-t-elle.