Le directeur de la protection de la jeunesse pour la Mauricie et le Centre-du-Québec, Robert Levasseur.

DPJ: des mesures mises en place pour pallier les lacunes

TROIS-RIVIÈRES — Alors qu’il présentait son bilan annuel pour l’année 2018-2019, le directeur de la protection de la jeunesse pour la Mauricie et le Centre-du-Québec a indiqué que des mesures ont été mises en place ou le seront prochainement en réaction au rapport de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) émanant d’une vaste enquête visant son organisation.

Robert Levasseur a en effet confirmé lors d’une mêlée de presse, mercredi avant-midi, que son organisation a élaboré des solutions inspirées des 64 recommandations faites par la CDPDJ en juin dernier afin de protéger les droits des enfants ainsi que leur intégrité physique et psychologique.

«Les recommandations sont séparées en deux temps de dépôt. Le dépôt de la première partie se fera le 30 septembre et la date prévue pour la seconde est le 30 décembre. On présentera les 35 premières lundi prochain et nous travaillerons ensuite à la pérennité des mesures que nous avons mises en place», a déclaré M.  Levasseur.

Concrètement, le directeur régional a indiqué que les façons de faire relativement à la sélection des familles d’accueil et au traitement des signalements ont notamment été revues et adaptées depuis le dépôt de rapport. Il a d’ailleurs déjà constaté des changements positifs.

«Je ne peux pas arriver et dire: ‘‘il n’arrivera jamais rien”. [...] Mais tout est fait pour qu’il n’arrive plus rien et qu’on offre des services de qualité à la population», a-t-il lancé sur un ton convaincu.

Rappelons que le rapport accablant de la CDPDJ, qui reprochait à la DPJ régionale d’avoir manqué à ses obligations d’offrir des services sociaux aux enfants et à leurs parents, faisait suite à plusieurs jugements récents dans lesquels des juges estimaient que ses agissements avaient exposé des enfants au danger.

Une semaine après la publication de ce rapport, le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, annonçait l’octroi d’une aide de 47 millions de dollars pour l’embauche d’intervenants supplémentaires dans les DPJ de la province.

Pour la DPJ Mauricie – Centre-du-Québec cette aide gouvernementale a permis la création de 82 nouveaux postes. Toujours selon M. Levasseur, le processus d’embauche a été très efficace, et ce, même s’il a été lancé en pleine période estivale.

«Avec l’aide du syndicat, on a atteint notre cible. Il ne reste que quatre ou cinq postes à combler», a-t-il noté.

L’arrivée de Jean-Pierre Hotte à titre d’accompagnateur externe dans la foulée du dépôt de la CDPDJ a également facilité l’élaboration de solutions afin de pallier les lacunes.

«Son apport est primordial. [...] Sa vaste expérience lui permet de nous aider à travailler à trouver des solutions aux causes racines des difficultés que nous avons vécues dans les dernières années», a précisé le directeur qui est entré en poste en octobre 2018.

Du côté syndical, on indique que les récents gestes posés et l’attitude de la direction de la DPJ Mauricie – Centre-du-Québec constituent des pas dans la bonne direction.

«Depuis l’arrivée de M. Levasseur, il y a un meilleur corridor de communication et une plus grande volonté de collaborer avec les différentes instances, dont l’instance syndicale, et d’être plus proche de son monde», a commenté le représentant au syndicat de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), Steve Garceau.

L’attitude du ministre Carmant est également en partie responsable de cette nouvelle approche, tout comme celle de l’accompagnateur externe. Les représentants syndicaux ont d’ailleurs récemment participé à des rencontres très constructives avec les deux hommes, selon M. Garceau.

Par contre, ce dernier espère que les efforts ne se limiteront pas à ce qui a été fait dernièrement, dont l’embauche de nouveaux intervenants.

«J’aime bien me dire que la création des postes est une belle première étape et que ce n’était pas une finalité. Il reste encore énormément de travail avant que nos intervenants puissent avoir des conditions de pratique acceptables», a tenu à préciser le représentant syndical.


Signalements traités en hausse

Par ailleurs, la DPJ Mauricie – Centre-du-Québec a traité 8022 signalements au cours de l’année 2018-2019, ce qui représente une augmentation de 7,2 % comparativement à l’année précédente.

De ce nombre, 3366 signalements ont été retenus. En moyenne, les intervenants ont donc traité 22 signalements par jour. Les raisons principales pour lesquelles des enfants ont été pris en charge par la DPJ qui dessert la région sont la négligence (28,3 %), un risque sérieux de négligence (22,2 %), les mauvais traitements psychologiques (19,7 %), les troubles de comportements sérieux (10,6 %) et les abus physiques (10,4 %).

Ces données placent la région Mauricie – Centre-du-Québec au-dessus de la moyenne provinciale.

«Il y a différents facteurs [dont le nombre plus élevé de familles monoparentales et de milieux défavorisés] qui font en sorte que c’est plus élevé ici», a fait remarquer M. Levasseur.

À l’échelle provinciale, 105 644 signalements ont été traités et 41 530 ont été retenus. Il s’agit d’une hausse de 10 % par rapport à l’an dernier. Une proportion de 61,9 % des enfants dont la situation a été prise en charge par les DPJ sont demeurés dans leur milieu familial ou chez des tiers significatifs.