Le maire de Saint-Prosper, Michel Grosleau, a fait de l'eau potable une priorité de son mandat et s'impatiente du retard dans ce dossier causé par les tergiversations du fédéral.

Douze ans sans eau potable

«Si c'était M. Harper qui avait chez lui un avis d'ébullition de son eau depuis plus de 10 ans, je pense que ce dossier avancerait plus rapidement. Qu'est-ce qu'ils attendent à Ottawa, une tragédie?»
Le maire de Saint-Prosper, Michel Grosleau, contenait mal sa colère, vendredi, lui qui attendait en vain des nouvelles de la députée de Champlain, Noëlla Champagne, pour la suite des travaux devant mener à la mise en place d'une usine de filtration d'eau et ultimement, à la desserte en eau potable pour tout son village. Or, la réponse d'Ottawa qu'attendait le bureau du ministre des Affaires municipales vendredi matin, soit l'acceptation du fédéral d'assumer une partie des dépassements des coûts, n'est jamais venue, bloquant ainsi une subvention de plus de 3 millions $.
Ironiquement, il y a un an jour pour jour, Le Nouvelliste publiait un article faisant écho de l'exaspération du maire Grosleau dans ce dossier, car depuis cinq mois, Ottawa retardait la construction d'un étang aéré alors que la Municipalité était prête à aller en appel d'offres. Sa sortie virulente dans les médias avait permis de faire débloquer les choses. Cette fois, ce petit village de 528 habitants entame encore une course contre la montre, car les montants que la Municipalité a obtenus à la suite d'appel de soumissions pour la réalisation des travaux ne seront plus valides après le 15 janvier. Et pour compliquer les choses, le maire partira en voyage ce week-end.
«Saint-Prosper, c'est un peu comme le village gaulois, ironise M. Grosleau. À la différence que la potion magique pour nous battre contre deux grosses machines qui ne s'entendent pas, ce sont les journalistes! Ça n'a plus de bon sens, ça va faire 12 ans cette année qu'on travaille dans ce dossier.»
Le maire Grosleau rappelle que la totalité du projet d'eau potable pour Saint-Prosper représente 3 430 000 $, incluant un dépassement de 800 000 $. Si Québec a accepté de défrayer sa part, Ottawa campe sur ses positions. «Ce qu'ils ne semblent pas comprendre à Ottawa, c'est que plus on attend, plus les coûts gonflent et pire ça va être. C'est de la "guéguerre" de clochers entre le provincial et la fédéral et nous, on est pris en otage là-dedans. On n'a pas les moyens de se battre contre eux-autres. Nous sommes à leur merci. Il n'y a que les médias pour les faire bouger, pas autre chose.»
Le maire rappelle que Saint-Prosper a déjà terminé la partie souterraine des travaux dans ce dossier et que les conduites du réseau de distribution sont en place. Il reste à mettre en place l'usine de traitement d'eau potable et lancer l'exploitation des puits.
Si Saint-Prosper obtenait le feu vert, elle pourrait dès maintenant lancer des travaux pour ses conduites d'amenée, malgré l'hiver. «Mais là, si on doit retourner en appel d'offres, c'est clair qu'avec le retard, on ne pourra pas avoir de l'eau potable en 2014 comme on l'espérait», dénonce le maire qui en a marre de faire partie du club des 20 municipalités du Québec sans eau potable. «En plus, il n'y a pas que nous de touchés. Nous avons une entente intermunicipale avec Saint-Stanislas et eux aussi sont en attente. C'est pas croyable! On a sauvé des coûts en se mettant deux municipalités ensemble, mais ce n'est pas encore assez. Moi, être fonctionnaire au gouvernement, il y a quelque chose qui se brasserait.»
Lorsqu'on demande au maire s'il a fait des appels au fédéral, il répond que non, puisque c'est le provincial qui gère tout le projet. «Ils ont des ententes. Notre dernier contact avec le cabinet de Denis Lebel, c'était en janvier 2013. Québec nous a alors demandé d'être patients. On a accepté mais là on se rend compte que ça n'avance pas. M. Harper, ça ne le dérange pas. Il aime mieux régler les scandales dans son parti. On n'a pas de poignée avec le fédéral. On sait que le Québec passe en dernier pour eux. Je pense que ça prendrait un gros sinistre pour qu'ils se présentent enfin et viennent faire bonne figure. Là, ils se pointeraient pour nous dire qu'ils sont prêts à faire leur part. Mais en attendant, c'est David contre Goliath», rage-t-il.
Rappelons que le premier avis d'ébullition donné pour Saint-Prosper et jamais levé depuis date du 19 janvier 2002.
Champagne veut nettoyer le plancher
La députée Noëlla Champagne n'est pas moins impatiente que le maire Grosleau, elle qui s'apprête à recevoir en Mauricie, avec son collègue Luc Trudel, le caucus du Parti québécois en février prochain. De son propre aveu, elle aimerait bien «nettoyer le plancher» de tout ce qui traîne d'irritants politiques avant que la première ministre ne se pointe.
«Je suis en contact quotidiennement avec le cabinet du ministre Sylvain Gaudreault où on m'a dit que j'aurais une réponse d'ici vendredi (le 10 janvier). Nous sommes vendredi et j'attends, a-t-elle confié. Je viens d'envoyer un courriel pour leur rappeler que le 15 janvier, c'est la date limite et aussi pour leur dire que le maire Grosleau part en voyage... même si ce n'est pas en Afrique.»
Question soumissions, la députée laisse entendre qu'il est toujours possible de prolonger leur validité. «Trois millions $ c'est beaucoup comme travaux et il y a un lien avec Saint-Stanislas. Québec est d'accord pour aller de l'avant. On a déjà mis plus 20 millions $ sous terre il faut maintenant que l'eau circule. J'ai donné jusqu'à midi pour avoir une réponse. Je sais que la démarche qui se fait actuellement, c'est de présenter le dossier de telle sorte qu'Ottawa soit d'accord pour accepter le dépassement de coût. Le mot "dépassement" n'est même pas le bon. Si ça ne se règle pas. Je crains d'autres dépassements. Mais en même temps, je comprends mon
gouvernement de vouloir aller chercher sa juste part. Franchement, quand l'eau va couler dans ces tuyaux-là, on va faire un party et pas au champagne, à l'eau!», prédit-elle.