Marc Bélanger a vu son investissement devenir un gouffre financier quand de la pyrrhotite a été trouvée dans l'immeuble qui abrite les deux condos qu'il avait acquis.

Dossier de la pyrrhotite: deux poids... même mesure!

Trois-Rivières — À l’instar de nombreux propriétaires de la région, Marc Bélanger a vu les fondations de l’immeuble où il a investi ses avoirs recevoir un diagnostic de taux problématique de pyrrhotite. Le hic, c’est qu’il n’est pas seul, l’immeuble abrite 12 unités de condos. Et, les copropriétaires l’apprendront rapidement, l’aide du gouvernement de 75 000$, administrée par la Société d’habitation du Québec (SHQ), est octroyée par immeuble et non par titre de propriété. Le montant sera donc divisé en 12 parts, pour éponger une facture totale qui frise les 750 000$, s’indigne M. Bélanger, qui n’hésite pas à parler d’injustice.

C’est en prévision d’une retraite, plutôt que de jeter son dévolu sur des placements bancaires, que Marc Bélanger décide d’investir dans l’immobilier. Nous sommes en 2004, il approche la mi-quarantaine. Des condos «de luxe» sont en construction à proximité de chez lui, dans le secteur Cap-de-la-Madeleine. Le lieu est inspirant, 125 000$ pour de spacieux 4 1/2. L’occasion semble belle, d’autant que le technicien en aéronautique oeuvre dans un secteur ponctué de hauts et de bas. L’investissement, estime-t-il, apportera une stabilité à ses perspectives économiques.

La suite est celle que l’on connaît trop dans la région. L’immeuble a été construit durant la période névralgique de la crise de pyrrhotite et les fondations ont été coulées à partir de béton composé d’agrégats provenant de l’une des carrières problématiques. L’analyse de l’ouvrage effectué en 2014 est sans équivoque: «nous concluons que l’intégrité des fondations de l’immeuble à condominiums est affectée et nous recommandons de procéder à la démolition des éléments de béton actuels et à leur reconstruction», peut-on lire dans le rapport d’analyses remis aux propriétaires. L’immeuble de 12 appartements ne vaut plus que la valeur du terrain qu’il occupe.

Comme il s’agit d’une copropriété, les décisions doivent être prises de manière collégiale. M. Bélanger qui loue les deux appartements dans lesquels il a investi ses économies préférerait attendre l’aboutissement des procédures judiciaires, mais les autres propriétaires choisissent néanmoins d’aller de l’avant avec les travaux. Il se plie à la décision de bon gré, soutient-il. L’entreprise est titanesque. L’immeuble en entier est soulevé de terre et la fondation détruite et coulée à nouveau.

L'immeuble entier a dû être levé de terre afin de refaire sa fondation.

Pendant ce temps, le dossier fait son chemin sur le front politique. Quelque 30 millions$ sont octroyés par Ottawa afin d’appuyer les victimes pendant que le processus judiciaire suit son cours. Or, c’est la SHQ qui sera finalement mandatée pour voir à l’administration du fonds d’aide aux victimes, qui sera divisé à raison de 75 000$ par «habitation».

M. Bélanger convient qu’une somme de 75 000$ peut constituer un soulagement pour le propriétaire d’une unifamiliale qui a eu à s’acquitter d’une facture 150 000$ pour réparer sa maison. Or, il n’en est rien pour ce que lui et ses copropriétaires ont dû débourser pour rénover leur immeuble, soutient-il. «C’est jouer sur la sémantique, on parle d’habitation au lieu de parler de propriétés», déplore-t-il.

Le malheureux investisseur a bien tenté d’interpeller la députée du coin, Sonia LeBel. Or, celle-ci préfère s’en remettre à la SHQ, rapporte-t-il. À la SHQ, on a pris acte de ses récriminations, mais rien ne semble bouger, indique-t-il. Il dit ne pas comprendre que des millions puissent être débloqués en un claquement de doigts pour des victimes d’inondations, tandis que des gens comme lui sont laissés seuls à eux-mêmes. «Je suis content pour eux autres, mais est-ce qu’on peut traiter tout le monde avec justice?», laisse-t-il tombé.

Aujourd’hui, alors qu’il serait prêt à songer à la retraite, Marc Bélanger doit continuer à travailler pour éponger la dette qu’il a dû contracter pour sauver ses avoirs. Les autres propriétaires ont quant à eux avancé en âge, ayant pour la plupart emménagé là il y a 15 ans pour y vivre leur retraite. Ils semblent s’être résignés à leur sort, selon lui. «Pour eux, c’est de l’argent perdu», se désole-t-il. Ils lui souhaitent toutefois bonne chance dans ses démarches, raconte-t-il, assurant ne pas leur en vouloir de ne pas monter au front avec lui. «Avant de juger des gens, il faut que tu fasses 10 000 pas dans leurs souliers», philosophe-t-il.

La situation de Marc Bélanger est encore une autre facette du drame qui se joue dans la région. Pendant ce temps, le juge François Pelletier de Cour d’appel du Québec annonçait il y a deux semaines que sa décision ne sera finalement déposée que «dans le cours des tout premiers mois de 2020», dans la cause portée en appel par la firme SNC-Lavalin, qui avait été condamnée, il y a 7 ans, à payer 70 % des dommages occasionnés par la pyrrhotite.