Frédéric Laurin, professeur d'économie à l'UQTR et Francis Langlois, membre associé de l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand.

Donald Trump: quatre ans d'incertitude économique

Donald Trump entre officiellement à la Maison-Blanche, vendredi, précédé de ses innombrables déclarations fracassantes qui font craindre le pire.
Des organismes comme la Banque mondiale et le Fonds monétaire international prévoient malgré tout que l'économie, tant américaine que mondiale, pourrait être stimulée, du moins pendant deux ans, par son arrivée en poste, mais à quel prix et pour combien de temps?
«C'est évident que ça va stimuler l'économie», concède Francis Langlois, membre associé de l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand et enseignant au Cégep de Trois-Rivières.
«Il va baisser les impôts des grandes firmes. Il va baisser les impôts de tout le monde, en général, particulièrement des plus fortunés. Il va déréglementer et en plus, il veut reconstruire les infrastructures des États-Unis», résume-t-il. Avec quel argent? «C'est très simple. Ils vont en imprimer, donc ils vont faire augmenter la dette», résume M. Langlois en parlant du nouveau président et de son équipe.
Frédéric Laurin, économiste et professeur à l'Université du Québec à Trois-Rivières, se demande d'ailleurs dans quelles infrastructures le président Trump entend investir.
«Il a parlé de ça, mais il n'y a aucun plan. Il n'y a rien du tout. S'il se met à investir dans le charbon ou des choses comme ça, il n'investit pas dans l'innovation et c'est l'innovation qui assure la croissance du pays dans le futur», fait-il valoir.
«On peut se mettre dans le livre Guinness en creusant le trou le plus profond au monde. On embauche 200 000 personnes pour faire ça et ça va avoir un effet sur l'économie et après, on va employer les mêmes personnes pour boucher le trou. Ça va faire le même effet de boost économique, sauf qu'en bout de ligne, on va avoir dépensé énormément d'argent pour absolument rien», illustre le professeur Laurin.
Les personnages dont Donald Trump s'est entouré pour diriger le pays sont inquiétants. Ce sont leurs allégeances envers l'industrie et surtout envers Wall Street, plus qu'envers les citoyens, qui laissent entrevoir un horizon trouble pour l'économie mondiale.
Ce ne serait pas une première. Francis Langlois rappelle que George Bush avait «nommé, à la tête de plusieurs agences fédérales, des gens qui avaient intérêt à contrôler ces agences-là et à s'en mettre plein les poches ou des gens qui avaient intérêt à détruire ces agences-là». 
Trump serait en train de faire la même chose, perçoit M. Langlois. Par exemple, «il a mis Scott Pruitt à l'EPA (l'Agence de protection de l'environnement). C'est un homme qui ne croit pas aux changements climatiques. C'est un homme qui a intérêt à déréglementer», illustre-t-il.
«Il ne nomme que des gens de Wall Street autour de lui. Ce qu'il propose va fondamentalement perturber l'économie mondiale. Les premières à subir les conséquences, ça va être les PME», prévient le professeur Laurin.
«Habituellement, dans le milieu de la haute finance, on a une très mauvaise compréhension de la façon dont on fait des affaires dans la vie réelle, sur le terrain, comme le font les PME», plaide Frédéric Laurin.
Quels impacts cette nouvelle administration risque-t-elle d'avoir sur le Canada? «Si la dette américaine bouffe du crédit, forcément les taux d'intérêts vont se mettre à augmenter après 3 ou 4 ans», prévoit M. Langlois.
Donald Trump «ne cesse de dire qu'il va augmenter les tarifs douaniers pour protéger les emplois américains, ce qui est très louable pour un président américain, mais qui n'est pas très joyeux pour les partenaires économiques. Imaginez l'entente sur le bois d'oeuvre», illustre M. Langlois.
«Imaginez un président qui est le moindrement acrimonieux. Je ne pense pas que la question du bois d'oeuvre pour la Mauricie va se régler facilement ou rapidement, peut-être même pas amicalement», prévoit-il.
Même si le président a un poids limité à ce chapitre, puisque le tout repose entre les mains des tribunaux, «il peut néanmoins mettre son monde là et il peut ralentir les négociations», fait-il valoir.
Frédéric Laurin prévoit que Donald Trump va perturber l'économie mondiale avec son protectionnisme. 
«Et comme on ne sait pas ce qu'il veut faire, ça crée énormément d'incertitudes. Donc, le réflexe des entreprises, c'est de grossir leur compte d'épargne plutôt que d'investir, de mettre des montants de côté au cas où ça se passe mal», explique-t-il. «Donc, ça ralentit l'économie.»
«Le principal partenaire économique du Canada, ce sont les États-Unis, pour le meilleur ou pour le pire», rappelle M. Langlois. «Peut-être que le Canada va bénéficier d'un traitement de faveur», suggère-t-il du bout des lèvres.
Frédéric Laurin indique qu'il a cherché le programme économique de Donald Trump sans en trouver la moindre trace. En essayant de décoder les intentions du nouveau président, l'économiste n'y voit que du négatif, notamment pour le Canada parce que Trump veut renégocier l'ALENA (l'Accord de libre échange nord-américain), indique-t-il. 
Bref, le nouveau président américain pourrait faire des dégâts irréversibles dans l'économie mondiale en quatre ans de mandat, craint le professeur Laurin.