Un souvenir de magnifiques vacances en Mauricie a convaincu Djemila Benhabib de s'établir à Trois-Rivières.

Djemila Benhabib: résultat d'une campagne...

CHOISIR LES RÉGIONS / Vivre en région, y développer ses talents, son projet ou son entreprise, c'est le choix de plusieurs personnes qui ont contribué à l'épanouissement de leur communauté. Les quotidiens de Groupe Capitales Médias présentent une série d'entrevues de personnalités qui rayonnent partout au Québec tout en cultivant leur attachement à leur milieu.
Le 4 septembre 2012, la candidate péquiste dans Trois-Rivières, Djemila Benhabib, perdait ses élections par seulement trois points. Quatre ans plus tard, l'auteure bien connue y demeure toujours, malgré une carrière qui l'amène régulièrement à l'extérieur du pays.
À quelques jours du déclenchement du scrutin provincial, Pauline Marois l'avait jointe pour lui proposer la circonscription de Trois-Rivières. «J'en oubliais presque que j'habitais avec ma famille à Gatineau, que j'avais un excellent emploi dans la fonction publique fédérale, plusieurs collaborations médiatiques, ici et là, ainsi qu'une carrière littéraire bien entamée», raconte l'écrivaine.
En lui demandant d'y réfléchir un moment avant de la rappeler, de magnifiques souvenirs de vacances dans la région de la Mauricie, au bord du lac des Piles, lui seront venus à l'esprit. «Mais là, en l'occurrence, ce n'était aucunement des vacances pittoresques que la chef du Parti québécois me proposait, mais un grand saut dans l'inconnu tant il est vrai que la politique est ce phénomène éphémère, intense par moment, évanescent trop souvent. En avais-je conscience à ce moment-là? Certainement», avoue-t-elle. 
Pour cette militante féministe, il était temps d'élire une femme à la tête de l'État québécois. «À vrai dire, c'est ce qui m'a convaincue de la nécessité de quitter mon confort pour foncer tête baissée dans cette aventure. Je voulais plus que tout participer à faire l'histoire, c'est-à-dire faire élire une femme. Comme je ne suis pas du genre à me débiner face aux difficultés, j'ai rappelé madame Marois sous le regard approbateur de mon compagnon. "Go pour Trois-Rivières!" ai-je murmuré», rapporte Mme Benhabib, également séduite par le chantier de la laïcité.
En août 2012, sa valise était à peine défaite que déjà, elle s'apprêtait à la refaire, revenant d'un voyage du Moyen-Orient et du Maghreb où elle avait séjourné en Égypte et en Tunisie pour écrire ce fameux livre Des femmes au printemps.
«Tout s'est passé très vite. Comme je ne suis pas du genre à faire les choses à moitié, j'ai décidé d'aller au charbon pour mes convictions. La veille du déclenchement des élections, je coupais définitivement les ponts avec mon employeur. Je démissionnais de mon emploi pour me consacrer pleinement aux élections», rappelle la conférencière.
Mais, de son propre aveu, les défis étaient grands. Découvrir une ville, en saisir les enjeux et convaincre un électorat n'étaient pas une mince affaire. Pour autant, le symbole qu'incarnerait son élection était tout aussi puissant. «C'était là une occasion inespérée d'envoyer un signal fort à tous ceux qui considéraient que les régions sont fermées et inhospitalières à l'endroit des immigrants contrairement à Montréal.  Nous y sommes arrivés, enfin presque. Le résultat de cette élection était loin d'être déshonorable. Tout était possible, jouable. C'est ce qu'il fallait en retenir pour aller de l'avant», croit Djemila Benhabib. 
Celle-ci aura ainsi découvert Trois-Rivières en campagne électorale. «Cette ville me plaisait. Sa retenue me convenait. Les gens sont simples et chaleureux. Ses dimensions culturelle, universitaire et historique m'ont charmée et la densité de son réseau communautaire m'a impressionnée. Il y avait là des expériences fortes à faire connaître et des partenariats à consolider et d'autres à bâtir», ajoute celle qui aurait aimé utiliser son réseau à l'international pour faire rayonner sa ville d'adoption.
Or, l'essayiste n'avait pas envisagé pour autant d'y emménager avant le déclenchement des élections. En réalité, sa décision s'est prise dans le feu de l'action au rythme des rencontres et des découvertes.
«Au début du mois d'août, mon compagnon et ma fille ont pris le chemin des vacances pour la France chez mes parents. Et comme la question de mon installation a bondi pendant la campagne électorale, j'ai pris l'engagement de nous y établir sans même les consulter. Nous avons déménagé en décembre 2012, en pleine tempête de neige», se rappelle-t-elle.
La petite famille est installée dans une charmante maison qui donne sur un bois. «Lorsque j'arrête d'écrire et que je lève les yeux sur mon jardin, la forêt m'apaise. J'apprécie cette tranquillité plus que tout au monde ainsi que cette proximité avec la nature. Il y a quelque chose de magique à pouvoir vivre en ville tout en ayant un pied dans la nature. Ma fille fait de l'équitation et nous passons nos fins de semaine dans la splendide campagne mauricienne chez des amis à refaire le monde et à regarder les étoiles. Mon compagnon a trouvé, lui, un milieu culturel fort dynamique, en plus de toutes ses activités politiques et d'écriture en faveur de l'indépendance du Québec», décrit Mme Benhabib.
Dans son bureau, il y a constamment une valise qui traîne avec des tas de trucs à l'intérieur puisqu'elle vit entre le Québec et l'Europe en plus d'enseigner la géopolitique du Moyen-Orient à l'Université Laval. Cette récipiendaire de nombreux prix jongle continuellement avec les horaires. Il lui arrive de prendre l'avion deux ou trois fois par mois pour donner une conférence, participer à un colloque, prendre part à un événement littéraire ou politique ou recevoir une distinction.
«Le fait d'avoir vécu dans plusieurs pays et d'avoir quitté l'Algérie brutalement, sans rien, m'a allégée du poids des départs. Je sais qu'il est possible de se reconstruire si l'on a les valeurs à la bonne place, une détermination à toute épreuve et l'ouverture nécessaire. Il faut y travailler sans cesse. En affirmant cela, je pense, bien entendu, à tous ces gens que le Québec reçoit année après année. Je leur souhaite d'y faire leur place comme j'ai fait la mienne. Certes, j'aime partir. Mais j'aime aussi revenir parmi les miens à Trois-Rivières», a-t-elle conclu.
Lieu de résidence: Trois-Rivières
Se situe où: Mauricie
Depuis combien d'années: quatre ans
Comment s'est fait le choix: une promesse électorale 
Un attrait: la ville et la campagne tout en un. De toute beauté! 
Un inconvénient: absence d'un aéroport international, absence de train vers Montréal et vers Québec, fréquence des autobus vers Montréal et l'aéroport Dorval 
Une idée pour améliorer le sort des régions: laisser tomber l'esprit de clocher pour intégrer des talents venus d'ailleurs