Me Catherine Sylvestre estime qu’une dizaine de vols d’hydravions touristiques par jour pourraient constituer un compromis acceptable pour les riverains du lac à la Tortue.

Dix par jour, une limite acceptable

SHAWINIGAN — À dix vols d’hydravions touristiques par jour, les riverains du lac à la Tortue amélioreraient leur qualité de vie tout en respectant les activités de l’entreprise Bel-Air Laurentien aviation, croit la Coalition contre le bruit.

L’instruction en recours collectif entre dans son dernier droit avec les plaidoiries, cette semaine au palais de justice de Shawinigan. Mardi, la Coalition contre le bruit a fait entendre ses arguments à la juge Suzanne Ouellet et c’est dans ce cadre que Me Catherine Sylvestre a lancé cette suggestion.

Depuis 2009, les vols d’hydravions touristiques doivent respecter certaines cases horaires au lac à la Tortue, mais leur nombre n’est pas limité.

Que pourrait représenter un «niveau raisonnable» d’activités, tel que réclamé par la Coalition contre le bruit?

«Après avoir fait la preuve, après avoir entendu les témoins en défense, on vous soumet possiblement qu’un nombre de dix par jour, ça pourrait être la ligne entre les inconvénients normaux et anormaux», propose Me Sylvestre à la juge.

Par contre, elle mentionne qu’il faudrait élargir la notion de vols touristiques. Présentement, ces derniers regroupent essentiellement les survols panoramiques de la région pendant une vingtaine de minutes, avec retour au point d’embarquement. Selon Me Sylvestre, la réglementation canadienne pourrait inclure les transports de touristes en hydravion du lac à la Tortue vers une autre destination, parce qu’ils causent les mêmes inconvénients aux riverains.

Me Sylvestre a rappelé à la juge que le nombre de vols d’hydravions touristiques chez Bel-Air Laurentien aviation est passé de 438 à 1862 entre 2009 et 2017.

«On a quadruplé, sur une période de huit ans», résume-t-elle. «Et ce, malgré la connaissance très certaine de Bel-Air des inconvénients subis par les membres du groupe, notamment avec le dépôt d’une action collective en 2011.»

Pendant une bonne partie de la journée mardi, la partie demanderesse s’est appliquée à convaincre la juge qu’elle avait remporté la bataille de la crédibilité des témoins dans le cadre de ce procès.

Les riverains incommodés par les hydravions ont exprimé des inconvénients plausibles aux impacts documentés, clame Me Marie-Anaïs Sauvé. En repassant les témoignages de la défense, elle fait remarquer que ceux qui se disent en harmonie avec cette activité sont occupés à l’extérieur au travail pendant les heures de vol. Ou encore, ils entretiennent des liens d’affaires ou d’amitié avec les propriétaires de Bel-Air Laurentien aviation.

Me Sylvestre a tenu à répondre à ceux qui prétendent encore que les riverains du lac à la Tortue ont tous choisi de vivre dans le climat sonore actuel.

«Oui, l’hydrobase est là. Oui, les personnes qui s’y sont installées l’ont fait en toute connaissance de cause, mais d’une hydrobase qui faisait des activités relativement artisanales jusqu’en 1995», fait-elle remarquer. «Il n’y avait pas d’acceptation de n’importe quelle intensité d’activités au lac à la Tortue. Il y a eu une augmentation qui change cet environnement de façon considérable.»

Les exclusions
Toujours dans sa volonté de recadrer le litige, la partie demanderesse est revenue sur les exclusions, que la défense utilise pour plomber la crédibilité du recours.

Me Sauvé reconnaît que 877 personnes se sont retirées volontairement, «dont 150 enfants mineurs», précise-t-elle. Sur la même base de calcul d’occupants par résidence, elle déduit qu’il reste tout de même 976 membres au recours collectif.

Les avocates sont également revenues sur la crédibilité de leurs experts, notamment des mesures de bruit prises par Phat Nguyen de l’entreprise Vinacoustik, qui avaient été tournées en dérision par la défense en raison de la qualité des appareils utilisés. Me Sylvestre fait remarquer qu’il ne s’agit pas d’un élément central.

«L’objectif des prises de mesure est de donner une idée générale du niveau de bruit généré par les hydravions», fait-elle remarquer. «La preuve démontre que tous les décollages atteignent un certain niveau de bruit. On n’est pas dans des précisions au demi-décibel près. On veut une idée générale de l’ambiance sonore et je pense que les données de M. Nguyen nous permettent d’avoir cette vision.»

Quant au fameux exercice de visionnement de décollages en pleine cour le 28 mars, Me Sylvestre a reconnu qu’il avait ses limites, mais qu’il avait surtout permis de prendre conscience de ce que pouvait représenter un son de 65, 78 ou 92 décibels.

Enfin, les demanderesses ont suggéré à la juge de ne pas tenir compte des impacts financiers de ce recours sur l’avenir de Bel-Air Laurentien aviation, estimant que ses ennuis avaient commencé bien avant la demande en recours collectif et que, de toute manière, il s’agit d’un élément qui ne règle en rien la question de fond de ce litige.