La directrice associée de l’Institution Kiuna, Prudence Hannis, se dit inquiète des impacts que le projet de résidence étudiante autochtone de Trois-Rivières pourrait avoir sur la pérennité des services offerts à l’institution qu’elle dirige.

Division chez les Premières Nations

TROIS-RIVIÈRES — Le projet de résidence étudiante autochtone, qui comptera une quarantaine de logements et qui doit voir le jour à Trois-Rivières en 2022, suscite à nouveau le mécontentement. Après le Conseil des Atikamekw de Wemotaci plus tôt ce mois-ci, voilà que l’Institution Kiuna d’Odanak et le Conseil en éducation des Premières Nations (CEPN) dénoncent le manque de consultation de la part du ministère de la l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES) en amont des annonces auxquelles on procédait récemment.

Dans un communiqué conjoint, l’Institution Kiuna et le CEPN déplorent que le projet ne soit pas arrimé avec les premiers concernés, soit les Premières Nations.

On mentionne par ailleurs que l’Institution Kiuna, dont la mission est de «démocratiser l’accès à l’enseignement postsecondaire pour les membres des Premières Nations», compte déjà 18 logements regroupés dans un complexe de résidences. De plus, souligne-t-on, le Centre Opoho offre de son côté de l’hébergement à une clientèle autochtone étudiante à Trois-Rivières même, depuis 2016, et qu’il peine à obtenir du financement.

Autre irritant, un service de garde et un gymnase sont prévus dans le projet de Trois-Rivières, tandis que l’Institution Kiuna s’est vu refuser les mêmes services, bien qu’il accueille en moyenne 18 enfants par année, dénonce-t-on.

On déplore finalement que les investissements de 5 à 10 millions $ annoncés par le MEES pour la construction des résidences soient «démesurés lorsque comparés au financement que reçoit Kiuna».

La directrice associée de Kiuna, Prudence Hannis, explique ne pas en avoir contre la finalité du projet. Elle se dit plutôt inquiète des impacts que celui-ci pourrait avoir sur la pérennité des services offerts par l’institution qu’elle dirige. «Des services, c’est clair qu’on en a besoin, mais le processus qui a mené tout le monde devant un fait accompli, on ne le comprend pas», se désole-t-elle.

Mme Hannis tend la main au MEES pour qu’une approche qu’elle souhaite plus collaborative soit établie. «J’ai déjà des initiatives de partenariat que je voudrais proposer au ministère», indique-t-elle.

Un problème de communication?

Au Regroupement des Centres d’amitié autochtone du Québec (RCAAQ), organisme chargé de la gestion du projet de résidence étudiante, on dit ne pas vouloir commenter cette dernière sortie. Claudie Paul, directrice du développement stratégique, maintient toutefois que des invitations avaient été lancées à toutes les parties dans le processus de consultation. «Ça se peut très bien que l’information ne se soit pas rendue aux bonnes personnes», avance-t-elle, en ajoutant qu’on est toujours prêt à aller rencontrer ceux qui désirent discuter. 

Par ailleurs, la comparaison entre le Centre Opoho et le projet envisagé à Trois-Rivières n’a pas lieu d’être, selon Mme Paul. «Ils répondent à des jeunes qui ont un parcours plus régulier, tandis que nous on vise une clientèle qui a une moyenne d’âge de 28 ans», explique-t-elle. Pour elle, les deux mesures sont complémentaires et n’entrent pas en compétition.

Quant au financement du projet, Claudie Paul souligne que contrairement à ce qui est sous-entendu, le MEES ne finance pas l’entièreté du projet. Celui-ci ne contribue qu’à hauteur de 1,5 million $ et s’inscrit dans un montage financier qui implique différents partenaires. Des prêts doivent notamment être contractés et la Société canadienne d’hypothèques et de logement, de même que la Société d’habitation du Québec sont parties prenantes du projet. «Il y a une réalité derrière ça, on cherche de l’argent comme tout autre promoteur, ce n’est pas si facile et si beau», commente-t-elle.

L’enveloppe totale du projet, qui comptera 40 logements et qui pourrait accueillir plus de 150 personnes, avoisinera les 8 à 10 millions $, indique Claudie Paul. Pour l’instant, on est en recherche d’un terrain qui présenterait un certain nombre de caractéristiques. On aspire à la création d’un milieu de vie favorisant le développement d’un espace qui reflète les besoins de la communauté autochtone tout en s’intégrant au tissu urbain, explique Mme Paul.

La visée du projet est de prendre la famille en considération dans un plan de réussite scolaire, fait également valoir la directrice du développement stratégique au RCAAQ. «Les gens des Premières Nations sont les plus grands décrocheurs, mais ils sont aussi les plus grands raccrocheurs. Et quand ils raccrochent, ils ont des familles», relate-t-elle.

Pendant que le projet de Trois-Rivières semble soulever une certaine inquiétude et du mécontentement dans la communauté autochtone, un projet pratiquement identique suscite paradoxalement de l’opposition dans la communauté non autochtone, du côté de Sept-Îles. Le maire de l’endroit, Réjean Porlier, a récemment fait une sortie sur les réseaux sociaux, se disant attristé de la réaction de certains citoyens, opposés au projet. «Nous avons le choix de faire de ce projet un succès en l’améliorant où il peut l’être ou espérer que par miracle le fossé entre nos communautés disparaîtra de lui-même, ce qui n’est jamais arrivé dans l’histoire», peut-on lire sur sa page Facebook.