La Sûreté du Québec a déployé un hélicoptère et une équipe de plongeurs, samedi à Notre-Dame-de-Montauban, pour tenter de retrouver un homme qui a été emporté par le courant dans la rivière Batiscan.

Disparition: la communauté se serre les coudes

Notre-Dame-de-Montauban — Alors que cela fait plus de 48 heures qu’un homme dans la trentaine manque à l’appel après être tombé à l’eau et avoir été emporté par le courant, dans la rivière Batiscan à Notre-Dame-de-Montauban, les autorités municipales ont tout mis en œuvre pour faciliter le travail de la Sûreté du Québec, qui avait dépêché hélicoptère et plongeurs sur les lieux, dans la journée de samedi, afin de tenter de retrouver le disparu.

Si la rivière Batiscan offre un cadre enchanteur à la localité du nord-est de la Mauricie, la disparition de vendredi vient rappeler que le cours d’eau est aussi capable du pire. Pour tout exceptionnel qu’il soit, l’événement a des allures de déjà-vu pour de nombreux Montaubains. Ici on évoque les noyades passées comme autant de fatalités qui ponctuent l’histoire locale. Aussi, l’élan de solidarité est spontané quand arrive malheureusement le temps de se serrer les coudes en pareilles circonstances, relate Marjolaine Morasse, promairesse de Notre-Dame-de-Montauban.

«On n’a pas eu besoin de faire appel aux bénévoles, tout le monde a descendu à la rivière aussitôt qu’ils ont entendu qu’on cherchait quelqu’un», témoigne Mme Morasse. Si elle dit admirer le dévouement de ses concitoyens, c’est elle qui a pris en charge la situation en l’absence du maire, retenu à l’extérieur pour des raisons familiales. Et les obstacles étaient nombreux vendredi quand l’alerte a été lancée.

Le drame qui se joue actuellement vient rappeler combien l’absence de réseau cellulaire et la précarité des liaisons Internet peuvent amplifier une situation déjà problématique. À l’heure des bilans, la municipalité qui se bat depuis longtemps pour avoir une couverture des ondes adéquate aura assurément de nouveaux arguments à faire valoir pour appuyer ses revendications auprès du gouvernement.

Entre-temps, pour pallier la contrainte, la promairesse a ouvert le centre municipal à la Sûreté du Québec (SQ) pour qu’elle puisse y établir son poste de commandement et disposer d’une ligne filaire. Autre tuile, le système wifi du même centre municipal était en panne. Mme Morasse a résolu l’impasse en sollicitant la connexion Internet d’un voisin de la salle — en l’occurrence son fils. Et les policiers ont pu avoir un accès Web.

Léo Lavoie a vu la rivière Batiscan emporter plusieurs membres de sa famille.

Tard vendredi, tandis que les recherches se poursuivaient à l’aide d’appareils d’éclairage, c’est à nouveau la promairesse qui est allée cogner à la porte du dépanneur pour qu’on lui ouvre et que l’on puisse avoir du chasse-moustiques pour tout le monde. «On se faisait manger tout rond», raconte Mme Morasse.

S’il fallait voir au bon déroulement des choses d’ici à ce que la SQ se déploie et prenne en charge les opérations, la situation avait aussi son pendant humain. Ainsi, bien que Marjolaine Morasse souligne le travail exemplaire du directeur incendie de la municipalité pour le volet opérationnel, c’est elle qui a personnellement vu au soutien de la mère et de la famille du disparu quand ceux-ci sont arrivés sur les lieux. «On veut les protéger», déclare la mairesse suppléante, qui abrite la famille qui vient de l’extérieur sous son propre toit. Elle entend les appuyer dans l’épreuve, tant que les recherches dureront.

Une situation trop familière

Quand Léo Lavoie a entendu les véhicules d’urgence s’activer autour de la rivière, vendredi en fin d’après-midi, il se doutait bien de ce qui se passait. Originaire de l’endroit, l’homme de 76 ans a vu la rivière Batiscan lui prendre son frère, un oncle et deux cousins. Sans compter tous les autres, qu’il connaissait de près ou de loin. Ou ces deux militaires partis en rafting et morts noyés, il y a de nombreuses années, et qui font un peu partie du folklore local.

Tandis que l’hélicoptère de la SQ arpentait le ciel en scrutant la rivière, samedi après-midi, le camionneur retraité évoquait les souvenirs des événements qui ont eu cours dans la rivière qui coule devant sa maison. En parlant des deux militaires, il relate qu’il aura fallu des mois et attendre que l’hiver passe pour que l’on retrouve l’un des deux noyés.

Devant sa résidence, en aval des chutes, la Batiscan est plus calme. À son avis c’est là qu’on va retrouver le disparu. «Il y a une fosse là-bas, pour 70 pieds de long, il y a 35 pieds d’eau», explique-t-il, en pointant un coude de la rivière où on a déjà repêché un corps dans le passé. D’autres Montaubains rencontrés en bordure de la rivière penchent plutôt pour le secteur du pont. D’autres encore disent croire que le corps culbute dans un remous.

Alors que le soleil commençait à se coucher samedi soir, l’hélicoptère de la SQ a cessé de survoler le secteur pour la journée et les plongeurs ont aussi fait de même. Les recherches ont repris dimanche, mais toujours en vain. Elles se poursuivront lundi. La SQ avait changé son approche pour la deuxième journée d’intervention. On ratissait plutôt les berges, assurant que l’hélicoptère et les plongeurs seraient rappelés au besoin.

Marjolaine Morasse affirme avoir confiance dans les stratégies du corps policier. «Ils suivent les protocoles. Ce qu’ils sont en train de faire doit être fait», soutient-elle. Elle se désole par ailleurs que les moyens technologiques de communications soient si limités. «Il va falloir que quelqu’un se réveille en quelque part», martèle-t-elle.