Yves Duhaime

D’ex-politiciens saluent une grande dame

SHAWINIGAN — Avec le décès de Lise Payette mercredi, le Québec a perdu une tête d’affiche du mouvement féministe, une femme qui a réalisé des réformes difficiles pendant son court passage à l’Assemblée nationale comme députée de Dorion. D’ex-politiciens de la région qui l’ont côtoyée entre 1976 et 1981 saluent la contribution d’une pionnière.

«Je vis un moment de grande émotion», commente Denis Vaugeois, ex-député de Trois-Rivières. «Elle a fait tellement de choses dans sa vie! Moi, j’ai côtoyé une autre femme que l’image publique qu’elle projetait. Elle était frondeuse, très déterminée. Mais celle que j’ai côtoyée était inquiète, elle se questionnait et s’interrogeait beaucoup. Elle était très émotive et très attachante.»

«C’était une grande dame», tranche Yves Duhaime, ex-député de Saint-Maurice. «Elle a quitté un poste prestigieux, à Radio-Canada (comme animatrice de l’émission Appelez-moi Lise). Dans ce temps-là, on était quelques-uns à se dire que si cette femme-là pouvait embarquer avec nous, ça nous aiderait! Finalement, elle avait accepté et nous étions tous très contents.»

M. Duhaime retient particulièrement deux grandes contributions de Mme Payette lors de sa carrière en politique: le renforcement de la protection du consommateur, mais surtout, la réforme de l’assurance automobile, qui avait fait couler beaucoup d’encre.

«Le très puissant lobby des assurances était contre à mort!», rappelle l’ex-ministre. «La loi instituait le principe du sans faute (lors d’un accident). Les libéraux ont tout fait pour retarder cette loi, qui avait finalement été adoptée.»


Jean-Pierre Jolivet

Jean-Pierre Jolivet, ex-député de Laviolette, considère aussi que la réforme sur l’assurance automobile constitue le «point culminant» de l’implication politique de Mme Payette.

«J’ai travaillé avec elle sur des dossiers lorsqu’elle était ministre et c’était une personne qui écoutait pas mal, qui avait ses idées», se remémore-t-il. 

M. Vaugeois qualifie d’«immense» la contribution politique de Mme Payette. «C’était une pionnière. Il n’y avait pas beaucoup de femmes députées à ce moment. Elle a donné un élan incroyable au Québec.»


Denis Vaugeois

Au fer rouge

Yvon Picotte, député libéral de Maskinongé élu une première fois en 1973, a assisté à l’arrivée de Mme Payette à l’Assemblée nationale trois ans plus tard. Il reconnaît son travail dans ses deux principales réformes législatives et pour l’émancipation des femmes, mais du même souffle, il croit qu’elle ne se sentait pas à l’aise sur la planète politique. Selon lui, la crise des «Yvette», alors qu’elle avait comparé l’épouse du chef libéral Claude Ryan à la femme
soumise qu’on retrouvait dans les manuels scolaires pendant la campagne référendaire de 1980, n’explique pas sa courte carrière d’élue.

«Elle n’était pas dans son monde», commente M. Picotte. «Elle ne s’est pas représentée en 1981 et je suis persuadé que ce n’était pas à cause de sa déclaration sur les Yvette. Elle ne s’était pas représentée parce que ce n’était pas une femme d’équipe, je pense. Elle avait des idées bien arrêtées, elle voulait changer la société à sa façon et rapidement. On sait qu’en politique, tu ne changes pas le monde rapidement! Il faut
beaucoup, beaucoup de courbettes à gauche et à droite et ce n’était pas son style.»


Yvon Picotte

«Personnellement, je crois qu’elle a été plus utile dans tout ce qu’elle a fait dans la société qu’au Parlement, parce que ça n’allait pas assez vite pour elle», ajoute M. Picotte. «Mais je la respectais beaucoup.»

«J’ai vécu tristement ces moments», raconte M. Vaugeois, en parlant de l’épisode des Yvette. «La politique, c’est très ingrat. Il suffit d’échapper un mot et ça fait oublier tout le reste. C’est très injuste. Elle s’était excusée; ça lui avait échappé. Elle pouvait parfois être arrogante et cette fois-là, ça s’est retourné contre elle.»

«Elle avait décidé de retourner à son métier, parce que le résultat du référendum l’avait beaucoup déçue», croit M. Duhaime. «Elle est retournée à l’écriture, elle a fait l’objet d’émissions de télévision pendant des années. C’est une femme qui avait un contact facile avec le public. Toute sa carrière l’a prouvé.»

«Elle se sentait coupable de certaines choses qui, à mon avis, n’étaient pas réelles», analyse M. Jolivet. «On a utilisé ce qu’elle avait dit en regard de ce qu’était la réalité de l’époque. Dans les livres, c’est exactement ce qu’on avait, il ne faut pas se le cacher. Mais je ne suis pas sûr que ce soit la seule raison pour laquelle les gens ont voté Non à ce moment!»

M. Vaugeois croit que Lise Payette aurait dû tout de même poursuivre sa carrière politique en 1981. 

«La femme courageuse que j’ai connue aurait dû faire face à la musique. Je pense que c’était une question d’orgueil. Elle avait été blessée. Mais elle pouvait faire tellement d’autres choses. Elle trouvait la
politique très ingrate. Elle n’était pas parfaitement heureuse en politique.»