Les déversements d’eaux usées dans les cours d’eau sont monnaie courante, avec plus de 60 000 en moyenne par année dans la province.
Les déversements d’eaux usées dans les cours d’eau sont monnaie courante, avec plus de 60 000 en moyenne par année dans la province.

Déversements d’eaux usées: un palmarès peu reluisant dans la région

Paule Vermot-Desroches
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Les villes de la région ne font pas extrêmement bonne figure au plus récent palmarès publié par la Fondation Rivière, et qui classe les 50 villes du Québec ayant connu le plus de déversements d’eaux usées dans des cours d’eau au cours de l’année 2019. Alors que Shawinigan se retrouve au troisième rang de ces 50 villes derrière Québec et Saguenay, Trois-Rivières apparaît au sixième rang.

En 2019, Shawinigan connaissait pas moins de 2135 déversements, contre 1683 pour Trois-Rivières. Des chiffres qui sont par ailleurs ventilés également sous divers tableaux, dont la répartition des déversements en fonction de leur intensité, mais également en fonction de leur intensité par habitant. Ainsi, si Shawinigan est en troisième position des villes ayant connu le plus de déversements, elle glisse en douzième place en ce qui concerne l’intensité de ces déversements, et en 36e place quant à l’intensité des déversements par habitant.

Trois-Rivières, quant à elle, prend le 5e rang en ce qui concerne l’intensité des déversements, et le 34e rang pour l’intensité des déversements par habitant. Par contre, elle figure au second rang des dix plus grandes villes pour l’intensité des déversements par habitant, tout juste derrière Longueuil. À noter que le récent déversement survenu à Trois-Rivières et qui aura jeté près d’un milliard et demi de litres d’eaux usées dans la rivière Saint-Maurice et le fleuve Saint-Laurent n’est pas compilé dans ce palmarès, puisqu’il est survenu en 2020. 

Ce palmarès, rendu public mercredi par la Fondation Rivière, se veut une suite de l’outil interactif publié il y a quelques semaines sur le web, et qui répertorie l’ensemble des déversements d’eaux usées dans les cours d’eau au cours des dernières années. Un travail de moine qui a été compilé par les collaborateurs de la Fondation Rivière, et qui permet aujourd’hui d’avoir un portrait plus clair de l’enjeu des déversements au Québec.

Réactions

À la Ville de Trois-Rivières, le chef de la division Environnement Dominic Thibeault n’a pas été surpris outre mesure de ce classement qui brosse, selon lui, un portrait assez réaliste de la situation. Certaines imprécisions quant aux calculs des temps de déversement peuvent survenir étant donné que toutes les villes n’ont pas forcément les mêmes outils de calculs pour mesurer la durée d’un déversement, ou encore qu’un déversement ne survient pas toujours à 100 % de la capacité de l’ouvrage. «Mais pour illustrer l’ampleur du phénomène, ça correspond à la réalité», indique-t-il.

Pour Dominic Thibeault, l’outil mis en ligne par la Fondation Rivière a de bon qu’il permet maintenant aux citoyens de prendre conscience des problèmes vécus dans l’ensemble du Québec sur les réseaux de traitement des eaux usées. Pour pouvoir répondre aux exigences du nouveau règlement des ouvrages municipaux sur la gestion des eaux, il a déjà été démontré que des investissements de plus de 10 milliards $ seront nécessaires dans la province, rappelle Dominic Thibeault.

Les réseaux de traitement des eaux bâtis il y a des dizaines d’années visaient surtout la protection de la santé des citoyens de même que la protection des biens matériels, afin d’éviter les refoulements d’égout, tout en respectant un budget établi. Or, ce développement s’est fait au prix de la pollution de nos cours d’eau, constate Dominic Thibeault. Une réalité pour laquelle les villes travaillent de plus en plus à corriger le tir.

«Il y a un prix à tout ça. Si les gens, en consultant l’outil interactif, se disent choqués de constater l’ampleur du phénomène, ils seront sans doute davantage conscients de l’importance des investissements qui doivent être réalisés», ajoute M. Thibeault.

À Shawinigan, le directeur des communications, François Saint-Onge, rappelle que la Ville ne travaille pas en fonction de se positionner sur les différents palmarès, mais bien pour améliorer les situations qui pourraient s’avérer problématiques.

M. Saint-Onge précise en outre que dès que la Ville doit procéder à des travaux de réparation et de réfection du réseau, elle s’assure de faire passer les réseaux unitaires à des réseaux où le pluvial et le sanitaire se retrouvent séparés, ce qui contribue d’année en année à diminuer le nombre de surverses causées, par exemple, par les fortes pluies. Un investissement qui a d’ailleurs été récemment réalisé sur la 5e Rue de la Pointe, cite-t-il en exemple.