Jacques Raymond (à gauche) et Paul Lebel, deux vétérans de la Deuxième Guerre mondiale. Derrière eux, Denise Lachapelle et Michel Langevin, de la Légion royale canadienne.

Deux vétérans de la Deuxième Guerre mondiale honorés

TROIS-RIVIÈRES — La Légion royale canadienne, filiale 204, rendait hommage samedi soir à deux vétérans de la Deuxième Guerre mondiale. Bien que les deux hommes aient été décorés et honorés à plusieurs reprises pour leur contribution à la libération de l’Europe des mains de l’Allemagne nazie, les responsables de la filiale 204 se sont rendu compte que leur dévouement n’avait jamais été dûment souligné dans leur propre coin de pays. C’est désormais chose faite, avec un souper organisé pour les deux nonagénaires.

Jacques Raymond, 95 ans, a pris part au débarquement de Normandie, le 6 juin 1944, alors qu’il faisait partie du régiment de la Chaudière. Avec ses compatriotes et des soldats Alliés, il a dû traverser la plage de Juno Beach sous les tirs des soldats allemands, avant d’escalader une falaise pour tenter de déloger l’ennemi de ses bunkers.

«Ce n’est pas facile, être fantassin, on est comme aveugle, surtout avec les moyens de communication qu’on avait à l’époque. J’ai été chanceux de m’en sortir indemne», raconte-t-il. 

Pour sa part, Paul Lebel, 98 ans, a participé à la chute de l’Allemagne nazie en tant que mitrailleur à bord d’un bombardier lourd Halifax. Il a pilonné les positions allemandes, coupant leurs lignes de ravitaillement. S’il n’a pas pris part aux combats au sol, il n’était pas pour autant à l’abri du danger, étant exposés aux tirs anti-aériens de l’ennemi, lors de la trentaine de missions qu’il a effectuées au sein de l’escadrille Alouette. Il lui est arrivé de revenir de mission dans un appareil criblé d’éclats d’obus.

«L’aviation me fascinait depuis toujours, explique M. Lebel. Je voulais m’enrôler comme pilote de chasse, mais lors d’un entraînement au trapèze, je suis tombé et j’ai eu une commotion cérébrale. Mon commandant voulait me garder plusieurs mois à la base, le temps que je me remette et que je recommence l’entraînement, mais je lui ai dit que je ne voulais pas, alors je suis devenu mitrailleur.» 

Après toutes ces années passées sur terre et malgré les horreurs de la guerre qu’ils ont connues, les deux compatriotes n’ont pas perdu leur sens de l’humour. «Il pensait peut-être qu’il serait plus en sécurité dans sa coupole de mitrailleur, s’amuse M. Raymond, en désignant M. Lebel. Mais vu le nombre de fois où il est revenu avec des trous dans la carlingue de son avion, je me dis que je préfère être resté au sol!»

«C’est quand même grâce à nous que vous avez pu avancer, vu qu’on vous préparait le terrain en bombardant les Allemands», réplique son aîné de quelques années. 

Les deux hommes étaient bien sûr ravis de l’hommage que leur a rendu la Légion, samedi. C’est toutefois à ses camarades tombés au champ d’honneur que M. Raymond dédiait ses pensées, samedi soir. 

«Je suis retourné en Normandie et en Hollande, que le Canada a grandement contribué à libérer, il y a quelques années. Il y a tellement de cimetières dans lesquels sont enterrés des soldats, là-bas, c’est dur de voir ça. On a été chanceux d’avoir fait une belle vie, mais ces gars-là ne sont pas revenus», souligne-t-il. 

Les deux vétérans ont par ailleurs été faits Chevaliers de l’Ordre national de la Légion d’honneur, la plus haute distinction décernée par le gouvernement français, pour les services qu’ils ont rendus à la République. Cet honneur leur a été décerné en 2014.

Mémoire fragile

C’est d’ailleurs lors de son voyage en Hollande que M. Raymond a constaté que la mémoire des soldats Alliés venus se battre loin de chez eux, notamment les Canadiens, y est encore célébrée. Une mémoire qui, selon lui, se perd dans son propre pays. Le vétéran se souvient avoir donné beaucoup de conférences, avec d’autres soldats ayant vécu la Deuxième Guerre mondiale, il y a plusieurs années. Il a l’impression, aujourd’hui, que ce triste épisode dans l’histoire de l’Humanité est en train de sombrer dans l’oubli, ce qui pourrait expliquer la montée de l’extrême droite dans certains pays d’Europe. 

«Je n’aime pas ça. J’ai vu la jeunesse hitlérienne sur les lignes de front, mais ils avaient le cerveau malade. Alors de voir que des gens font le salut nazi ici, comme on l’a vu dans le journal récemment...»

Le vétéran ne termine pas sa phrase, mais serre le poing. 

Les horreurs du dernier grand conflit mondial seraient-elles en train de s’effacer de la mémoire collective de notre société? «Ça a été oublié, ça», affirme tristement M. Lebel. 

Le nombre de vétérans de la Deuxième Guerre mondiale diminue chaque année. Il en restait 41 100 encore en vie en mars 2018, selon Anciens combattants Canada, et leur âge moyen est 93 ans. 

Pour leur part, malgré leur âge, Jacques Raymond et Paul Lebel se disent encore relativement en forme. «C’est sûr qu’il faut parfois aller au ‘’garage’’ pour des problèmes de santé, mais dans l’ensemble, je vais bien», assure M. Raymond.