Linda Chandonnet et Alain Léger souhaitent revenir chez eux au Canada le plus rapidement possible.
Linda Chandonnet et Alain Léger souhaitent revenir chez eux au Canada le plus rapidement possible.

Deux Trifluviens coincés au Maroc: «On essaie par tous les moyens de sortir d’ici» 

Audrey Tremblay
Audrey Tremblay
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Un couple de retraités de Trois-Rivières est coincé au Maroc. Ils tentent par tous les moyens depuis déjà plusieurs jours de rentrer à la maison, mais les espoirs s’amenuisent. Impossible de joindre l’ambassade, les demandes au gouvernement demeurent sans réponse. Ils se sentent abandonnés par l’État et l’angoisse commence à monter d’un cran.

«On sent que l’épidémie va s’agrandir, on ne sait pas combien de temps on va rester ici. J’ai quand même 70 ans, c’est l’âge à laquelle 8 % des gens qui attrapent le coronavirus meurent. Ça m’inquiète. Le système de santé n’est pas l’équivalent de ce que l’on a au Québec. […] On veut revenir, c’est ce que l’on souhaite le plus. On est prêt à payer. Malheureusement, on n’a aucune nouvelle. Est-ce que l’ambassade travaille sur un rapatriement? On a besoin d’un avion», insiste Alain Léger.

«On est isolé. On essaie par tous les moyens de sortir d’ici. On cherche, on cherche, on cherche…», ajoute sa conjointe, Linda Chandonnet.

Les deux Trifluviens, âgés de 61 et 70 ans, ont quitté le pays peu après le début de l’année pour un voyage d’environ trois mois. Ils sont actuellement à Rabat, la capitale marocaine. Ils devaient regagner le Québec à la fin du mois, mais ils ont entendu l’appel lancé par le gouvernement de rentrer au pays.

Ils n’ont pas hésité. Le jour même, ils paient les frais et réservent une place sur un vol dans les jours qui suivent, le 18 mars, mais ce vol n’aura pas lieu.

«On a changé nos billets de retour la journée même qu’on a reçu l’avis de rentrer au plus vite. Ça nous devançait de 15 jours […] Tous les vols vers le Canada ont été annulés. Il y a comme un inconfort qui s’installe, mais à ce moment-là, on croyait encore qu’il y avait d’autres alternatives», explique M. Léger.

«On est prêts à payer nos billets. On passe nos journées à chercher. Nos valises sont prêtes, on est prêt à s’asseoir dans l’allée s’il le faut», ajoute-t-il.

Décidés à rentrer au Canada, ils ont payé plus de 5000 $ pour un autre vol de retour en classe économique qui, apprendront-ils peu de temps après, sera annulé.

«On était soulagé, et on pensait que ce serait réglé. Malheureusement, c’est la deuxième réservation qui est annulée. […] Les frontières se ferment et on ne sait plus où s’en aller. On a fait de multiples communications avec l’ambassade. Il n’y a pas de communication personnelle, on déplore ça. On pose des questions et on n’a pas de réponses. Ils nous envoient un communiqué qui dit de sortir au plus vite du pays. On veut bien, mais on n’a aucun moyen.»

Les dépenses commencent également à s’accumuler. Les billets pour les vols annulés seront remboursés, mais quand? En attendant, cet argent n’est plus disponible pour le couple.

«C’est sorti de mon compte de banque. On remplit les formulaires, mais on ne sait pas quand ils vont nous rembourser, dans deux jours, dans deux semaines, dans deux mois... J’ai de moins en moins d’argent pour fonctionner. On a des dépenses ici à faire», explique M. Léger.

La déception est grande et la panique commence à monter d’un cran pour ce couple retraité du milieu de la santé. Leur visa tire à sa fin et ils sont incapables d’avoir une réponse, mais c’est le système de santé qui est le plus insécurisant pour les deux Trifluviens, et ce, même si actuellement le couple ne présente aucun symptôme et se porte bien.

«L’épidémie s’installe au Maroc et ils n’ont pas les structures sanitaires que nous avons», notent-ils.

Depuis quelques jours, les Trifluviens font également l’objet d’intimidation et se font insulter par le peuple marocain. «Ils nous crient ‘‘corona’’ de leur fenêtre d’appartement. Les femmes se voilent la bouche quand ils nous rencontrent. Ce n’est pas rassurant. On ne se sent pas bienvenu», note Mme Chandonnet.

Le couple n’ose pratiquement plus sortir, si ce n’est que pour changer un peu d’air et se dégourdir les jambes.

À Trois-Rivières, un membre de la famille fait son possible pour leur venir en aide. Dans un courriel envoyé au ministre François-Philippe Champagne, on lui demande d’intervenir rapidement.

«J’ai vu la manière dont le gouvernement, avec vous en tête, avez aidé les passagers du Diamond Princess à regagner le pays par avion nolisé, et j’ose vous demander: est-ce une option envisageable?», écrit-elle.

Un membre du cabinet du ministre a répondu qu’il s’agissait d’une situation très complexe et que «le cabinet des Affaires étrangères essaie de régler le problème».

Fort heureusement, la technologie permet les communications avec les membres de sa famille coincés au Maroc.

«Je sais comment ils vont en temps réel, sur ce point ça me rassure», note-t-elle.

C’est par ailleurs les inquiétudes et le sentiment d’impuissance qui s’installent avec les jours qui passent.

«Ce sont des voyageurs férus, ils voyagent chaque année depuis des années. Je n’ai jamais pensé devoir me soucier de les rapatrier. La situation a changé rapidement et eux-mêmes se sentent impuissants et abandonnés», a-t-elle souligné.