Le projet rapporterait gros à la Régie, prévoit son président, Michel Angers.

Deux projets majeurs pour la RGMRM

Saint-Étienne-des-Grès — La Régie de gestion des matières résiduelles de la Mauricie n’a toujours pas pris de décision finale concernant la façon dont elle traitera les matières putrescibles du bac brun, bien que son cœur penche de plus en plus vers le compostage, indique son président, Michel Angers. C’est toutefois loin d’être son plus gros projet, cette année. La RGMRM entend en effet construire une usine de raffinage pour le biogaz généré par ses cellules d’enfouissement afin de le vendre.

Le président et maire de Shawinigan assure que ce projet, pour une fois dans l’histoire de la Régie, générera des profits. «Cette fois-ci, on fera beaucoup d’argent», assure-t-il avec enthousiasme.

La Régie, on s’en souviendra, a pris des décisions, dans le passé, qui ont coûté très cher aux contribuables. On se souviendra notamment de l’entente intervenue avec l’entreprise Savoura pour l’utilisation du biogaz provenant des cellules d’enfouissement, à Saint-Étienne-des-Grès. Des ratés importants dans le contrat liant les deux personnes morales avaient donné lieu à un long et coûteux procès, en 2011, à la suite duquel la Régie avait été condamnée à payer 1,4 million $ à Savoura (les Serres du Saint-Laurent).

En juillet 2018, alors que Savoura venait de changer de main, la Régie a réussi, rappelons-le, à racheter ce contrat, ce qui lui a permis de récupérer du biogaz. Depuis, la Régie a visité de nombreuses entreprises et endroits pour se faire une tête «sur la meilleure technologie pour optimiser la collecte de notre biogaz, le raffiner et le vendre», indique le maire Angers.

La Régie est intéressée à vendre ce biogaz raffiné à Énergir (anciennement Gaz Métro). «Le gouvernement et Énergir sont à la recherche de gaz naturel renouvelable à la hauteur de 5 % de l’ensemble de leur production, indique-t-il.

Michel Angers précise que très bientôt, la Régie sera en mesure de choisir la technologie et l’entreprise avec laquelle elle pourra amorcer la construction d’une usine de raffinage de son biogaz.

La Régie utilisait le système Écotec pour rendre utilisable le biogaz qui était employé autrefois par Savoura. Ce système, rappelle le maire Angers, est rendu au bout de sa vie utile «et il n’a jamais vraiment bien fonctionné», précise-t-il. «Il nous coûtait 500 000 $ par année d’entretien et on en retirait au maximum, avec la vente du biogaz, 600 000 $. En théorie on était à plus 100 000 $ par année, mais étant donné que ça brisait tout le temps et que c’était défectueux, à toutes les fois qu’on n’était pas capable de fournir la quantité et la qualité de gaz, Savoura se tournait vers Gaz Métro et ça nous coûtait les yeux de la tête» rappelle-t-il.

La Régie était en effet obligée, par contrat, de payer à Savoura la différence de prix entre les deux produits. «D’année en année, on faisait des déficits», dit-il. «Quand je suis arrivé, on n’était plus capable de fournir de gaz», raconte le président.

Le président de la Régie et maire de Shawinigan, Michel Angers.

Il restait 15 ans à ce contrat, ce qui aurait représenté des dépenses de 7,7 millions $ pour la Régie si le contrat n’avait pas été racheté.

La Régie est donc entièrement propriétaire de son champ gazier, maintenant, et brûle, pour l’instant, le biogaz qui s’en échappe.

Avec la construction d’une usine de raffinage, «cette fois-ci, on va faire de l’argent et pas mal d’argent», assure M. Angers.

La Régie a des ententes avec Énergir, «mais il y a beaucoup de compagnies au Canada et aux États-Unis qui veulent aussi avoir du gaz naturel renouvelable», laisse-t-elle entendre.

«Cette fois-ci, je vais avoir besoin de toutes les garanties nécessaires et les meilleurs prix possible. On s’est associé à des experts pour faire le meilleur choix», dit-il. Le maire indique que le champ gazier est bon pour au moins 25 à 30 ans. Le gouvernement interdira l’enfouissement des matières putrescibles à partir de 2020. Le lieu d’enfouissement générera malgré tout une certaine quantité de biogaz, assure le maire, car statistiquement, 35 % des matières putrescibles ne pourront pas être détournées du lieu d’enfouissement.

Les ficelles de ce dossier devraient être attachées «à l’été ou à l’automne au plus tard», dit-il. «Les installations coûtent cher», reconnaît-il, «mais notre objectif, c’est d’avoir un payback rapide.»

Côté bac brun, le maire Angers souligne que la Régie n’a pas l’intention d’importer des matières compostables de l’extérieur de la région pour alimenter une usine quelconque de biométhanisation. La Régie a fait ses devoirs en examinant comment d’autres villes et d’autres régies s’y sont prises pour régler la gestion de leurs matières putrescibles et n’entend pas refaire les erreurs des autres. «On a joué dans un film qui s’appelait les projets pilotes, les projets à essayer et les projets pas sûrs», rappelle-t-il. «Le conseil d’administration n’est pas chaud à l’idée de servir de banc d’essai», plaide le président en parlant d’une usine de biométhanisation. «Les risques sont importants», dit-il, alors que la technologie du compostage, elle, est connue et éprouvée. «On est sur le point de se faire une tête sur la filière de traitement, soit la biométhanisation ou le compostage», dit-il.

«On a vu des technologies de compostage à aire ouverte, semi-fermées et fermées de tous les prix», dit-il.

L’important, souligne-t-il, c’est l’acceptabilité sociale du projet qui sera retenu par le conseil d’administration.