Claudette Paradis a sauvé son voisin Denis Gélinas.
Claudette Paradis a sauvé son voisin Denis Gélinas.

Deux héros du quotidien

TROIS-RIVIÈRES — Qui a dit qu’il fallait des superpouvoirs pour jouer les superhéros? Parfois être serviable et attentif, c’est suffisant pour aider son prochain, et peut-être même pour lui sauver la vie. C’est ce qu’ont fait deux bons Samaritains, au mois de décembre dernier. Yvon Tremblay de Bécancour et Claudette Paradis de Trois-Rivières ont suivi leur petite voix, celle qui leur disait qu’il fallait insister et cogner à la porte encore et encore, plutôt que de juste passer son chemin…

Mme Paradis a sauvé son voisin, Denis Gélinas, le 3 décembre dernier. Ce dernier a eu un malaise alors qu’il prenait son bain. Huit heures plus tard, il y était toujours, et il y serait sûrement resté si sa voisine ne s’était pas inquiétée.

Claudette Paradis et Denis Gélinas. - PHOTO SYLVAIN MAYER

«J’étais inquiète de ne pas avoir de nouvelles de monsieur. D’habitude, il m’appelle», raconte cette résidente du secteur Trois-Rivières-Ouest. Elle est allée vérifier d’elle-même si tout allait bien. «Je suis allée frapper partout, partout, dans toutes les fenêtres, dans toutes les portes. J’ai appelé au moins 50 fois et pas de monsieur.»

Elle a d’abord cru que son voisin de 82 ans était parti à un rendez-vous médical en taxi. Mais lorsque le soir a commencé à tomber, elle a remarqué que la lumière de sa salle de bain était ouverte. «Je me suis dit: ‘‘Il est là’’», relate-t-elle. Le propriétaire de l’immeuble est venu ouvrir la porte. M. Gélinas était mal en point. «Une demi-heure plus tard, j’ai l’impression que monsieur n’aurait plus été là. Il n’y avait plus de vie dans ses yeux.»

La conduite exceptionnelle d’Yvon Tremblay a été soulignée à l’Assemblée nationale. 

Conduit par ambulance à l’hôpital, les médecins lui ont dit qu’il avait fait un AVC. En plus de son hospitalisation, il est demeuré deux mois chez Interval. Maintenant, il est rétabli et il est rentré chez lui. De sa mésaventure, il ne se rappelle pas grand-chose. «Je n’étais pas capable de sortir du bain. J’étais comme dans la brume. J’ai perdu la carte», raconte-t-il.

Ce n’est pas d’hier que Mme Paradis rend des services à M. Gélinas qui vit seul. S’il ouvre bien ses rideaux le matin et les ferme le soir, ça veut dire que tout va bien. S’il oublie, il va assurément recevoir un appel de sa voisine. «Mais ce n’est pas du ‘‘seinage’’», tient-il à préciser. «Quand ça fait longtemps que je ne le vois pas, ça m’inquiète», mentionne Mme Paradis. M. Gélinas est reconnaissant de pouvoir compter sur elle. «C’est une bonne voisine. On pourrait en remplir une page du Nouvelliste», lance-t-il.

«Il faut prendre soin de nos personnes âgées. En les appelant parfois pour s’assurer qu’elles vont bien», conseille Mme Paradis.

un conte de NOËL

L’histoire d’Yvon Tremblay a des allures de conte de Noël. En effet, la veille de Noël, l’homme de 69 ans est venu en aide à Lorraine Ouellet qui avait fait une chute deux jours plus tôt dans son logement, ce qui a probablement permis de lui sauver la vie.

Le député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel, a rendu hommage à Yvon Tremblay, à l’Assemblée nationale.

M. Tremblay est bénévole depuis plusieurs années pour un organisme communautaire de Bécancour. Le résident du secteur Gentilly conduit des personnes âgées à leurs rendez-vous. Mme Ouellet, qui habite dans le même village, était attendue le matin du 24 décembre, à l’Hôtel-Dieu d’Arthabaska, à Victoriaville. Disons que ça ne se bousculait pas aux portes pour faire cet accompagnement en cette veille de Noël. M. Tremblay a décidé d’accepter. La veille, fidèle à son habitude, il a appelé la dame pour lui indiquer que c’est lui qui ferait le transport. Mais pas de réponse. «J’ai appelé le midi, j’ai appelé l’après-midi, j’ai appelé le soir, et ça ne répondait pas», raconte-t-il. Le lendemain, il se présente quand même comme prévu chez Mme Ouellet. Encore là, pas de réponse. «Tout était fermé, les portes barrées et j’avais beau cogner, il n’y a rien qui se passait. Ça me surprenait parce que ça faisait trois, quatre fois que je la transportais cette madame-là, et elle était tout le temps prête.» Il est donc retourné chez lui, mais toute cette affaire lui trottait dans la tête. «Deux heures après, je me suis dit qu’il y avait quelque chose qui ne marchait pas, j’avais ça dans la tête.» Il est donc retourné chez la dame. Il a cogné encore. Toujours pas de réponse. Il a questionné des voisins pour savoir s’ils l’avaient vue dernièrement. Il a réussi à savoir qui était le propriétaire. Il est allé chez lui, mais il n’y avait personne. Finalement, il a décidé d’appeler la police. La dame était au sol dans sa cuisine depuis deux jours. «À l’hôpital, ils ont dit que quelques heures après, elle serait morte.»

Mme Ouellet a été hospitalisée pour un AVC. Elle aussi s’est rétablie. Elle vit maintenant dans une résidence pour personnes âgées. Elle est évidemment très reconnaissante envers M. Tremblay. «C’est un bon monsieur et je le remercie beaucoup», souligne-t-elle avec émotion.

M. Tremblay se félicite d’avoir écouté sa petite voix. «Quand on a une intuition, il faut aller jusqu’au bout.»

Son histoire ne s’est pas arrêtée là. Le député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel, lui a même rendu hommage à l’Assemblée nationale, la semaine dernière, pour souligner sa «conduite exceptionnelle». «Je tiens à rendre hommage à M. Yvon Tremblay pour sa persévérance exceptionnelle et pour sa conduite citoyenne exemplaire», a mentionné M. Martel.