Despins récidive avec un nouveau projet

Après avoir créé une surprise en réussissant à payer une partie des taxes municipales dues sur l'église Saint-Philippe depuis plusieurs années, voilà que Denis Despins, de la compagnie Excavations Ovila Despins, défraie à nouveau les manchettes en déclarant qu'il ne veut plus démolir l'immeuble vétuste mais le transformer en immeuble à logements d'environ 24 unités; un projet qu'il évalue lui-même entre 2 à 3 millions $.
Le hic, c'est que pour arriver à réaliser la transformation de l'église, il lui faut convaincre la compagnie Olymbec de se retirer de l'entente tripartite conclue lors de la vente de l'église à Excavations Ovila Despins. Cette entente prévoyait qu'Olymbec achèterait le terrain après la démolition pour y construire un immeuble à logements. Le même scénario que pour l'égliseSaint-François-d'Assise.
M. Despins prétend en effet que les investisseurs qu'il a trouvés (il admet ne pas avoir un sou à mettre dans le projet) ne veulent pas s'embarquer dans l'aventure tant qu'Olymbec y sera aussi. Mais cela dit, comme une entente tripartite suppose trois parties, il faudra aussi compter avec l'accord de la fabrique Immaculée-Conception pour modifier l'entente initiale, ce qui est loin d'être acquis.
Du côté de la paroisse, Jasmine Johnson, responsable des communications, explique qu'une rencontre doit avoir lieu dans les prochains jours entre les marguilliers et Me Jean-Éric Guindon, au dossier depuis la vente de l'église, pour tenter de cerner la part de responsabilité de la fabrique face à ce nouveau rebondissement. «Vous comprendrez que de nouveaux marguilliers se sont ajoutés depuis la vente», explique Mme Johnson.
Du côté de la Ville de Trois-Rivières, on confirme que Denis Despins est bien passé lundi dernier rencontrer le service d'aménagement du territoire et des permis pour prendre des informations sur différents programmes d'aide, dont celui spécifique aux premiers quartiers.
Aucune subvention de 150 000 $ ou congé de taxe de cinq ans n'est acquis pour l'instant, a confirmé le porte-parole de la Ville, Yvan Toutant, tant qu'Excavations Ovila Despins n'aura pas présenté un rapport d'ingénieur garantissant la stabilité de l'immeuble.
Or, rappelle-t-il, M. Despins a déjà soumis un premier rapport d'ingénieur par le passé, qui concluait que l'immeuble devait être démoli dans les plus brefs délais! Enfin, avant d'étudier sa demande de subvention, la Ville veut aussi voir les plans et devis d'architectes.
M. Toutant admet qu'il serait étonnant qu'un second ingénieur arrive à la conclusion que l'immeuble est constructible.
«C'est un peu de la fabulation tout ça. La Ville n'a pas l'intention d'attendre ad vitam aeternam. Il doit arriver avec une réponse assez rapidement. Éventuellement, il va falloir procéder. Il ne faut pas que les voisins de l'église soient en danger.»
Pour sa part, Denis Despins a expliqué que son projet consiste à retirer les deux clochers, le perron, refaire la toiture, retirer l'amiante, et rénover l'intérieur de l'église en refaisant la structure intérieure, si possible en gardant un cachet patrimonial. Les deux clochers seraient déposés au sol et feraient place à une terrasse avec vue sur la ville.
L'homme d'affaires demande qu'Olymbec lui réponde rapidement, sinon il tiendra un point de presse au cours duquel il dévoilera des preuves expliquant pourquoi il veut que la compagnie se retire du dossier.
«S'ils ne veulent pas le faire, ce sera leur choix à eux. On a des preuves de certaines choses et ils ne la trouveront pas drôle. On les attend», a-t-il confié, sans vouloir expliquer de quoi il en retourne exactement et si cela a un rapport avec les travaux qu'il a déjà réalisés pour le compte d'Olymbec à Trois-Rivières et Shawinigan, M. Despins qui n'en est pas à sa première mise en scène, ajoute mystérieusement qu'il a préparé 11 enveloppes pour les médias, «contenant des informations» et qu'il les distribuera si les choses n'avancent pas comme il le souhaite.
Le Nouvelliste a tenté de savoir auprès d'architectes s'il est envisageable de rénover l'église Saint-Philippe à coût raisonnable. Ils sont d'avis que ce serait très difficile compte tenu que l'immeuble est à l'abandon depuis des années et très abîmé autant à l'extérieur qu'à l'intérieur. Il faudrait non seulement refaire la toiture, mais aussi toute la fenestration et la maçonnerie.
On a aussi rappelé le cas de l'église Sainte-Madeleine, à Cap-de-la-Madeleine, qu'un promoteur voulait rapidement transformer en condos en conservant l'enveloppe de l'église. Un contrat facile, disait-on... avant qu'un mur entier de l'église s'écroule dans la même semaine.
On fait aussi une comparaison avec la rénovation du Monastère des soeurs du Précieux Sang, transformé en28 logements par Olymbec, au coût de 3,2 M $, Mais dans ce cas, souligne-t-on, l'immeuble était dans un état quasi impeccable. Ce qui n'est pas le cas de l'église Saint-Philippe qui ne présente même plus d'intérêt patrimonial.
«Ce sont des technologies de construction difficiles à actualiser avec les technologies actuelles. Parfois, le gros bon sens dicte de démolir», résume un architecte qui préfère rester anonyme.
Il n'a pas été possible de parler à un représentant d'Olymbec.