Le maire de Louiseville, Yvon Deshaies.

Deshaies renonce à la prière

LOUISEVILLE — La prière ne sera finalement pas récitée aux rencontres du conseil municipal de Louiseville. Comme cette pratique a été interdite par la Cour suprême du Canada, le maire Yvon Deshaies a plutôt opté pour la récitation lors d’un moment de recueillement de l’Ô Canada avant chaque séance, l’hymne national créé notamment par Ernest Gagnon, un homme originaire de Louiseville. Pour le maire qui n’a jamais caché ses croyances religieuses, il s’agit d’une façon d’évoquer Dieu tout en respectant la loi.

D’emblée, le maire Yvon Deshaies a pris la parole à l’assemblée publique du conseil municipal pour rappeler à la soixantaine de citoyens présents la première phrase de la Constitution canadienne de 1982 qui soutient que «le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu».
En entrevue, le maire Deshaies se défend bien de faire une volte-face, alors qu’il avait évoqué le retour de la prière au conseil municipal. «Le mot prière... la Cour suprême a tranché. On ne peut pas aller contre ça. Donc, on parle de croix et j’ai fini avec ‘‘Que Dieu protège nos foyers et nos droits’’», explique le maire de Louiseville. «Autrefois, on disait ‘‘Merci mon Dieu de nous soutenir et j’espère qu’on aura un bon conseil.’’ C’est juste ça qu’on disait dans la prière. Il y avait douze mots qui ne voulaient pas dire grand-chose.»  
Les paroles de l’hymne national recèlent de passage faisant référence à Dieu et au passé chrétien des Canadiens. «On dit porter l’épée et porter la croix. Je trouve ça fantastique», ajoute Yvon Deshaies. «Le mot prière, on oublie ça. C’est un recueillement. Je l’ai dit que j’apporterai quelque chose. Je l’ai fait. Les autres municipalités ne font rien, alors nous autres on le fait.»
De plus, le maire de Louiseville indique que la Cour suprême n’a pas interdit le crucifix. Il a alors affirmé que le crucifix qui était déjà présent à la salle du conseil de l’hôtel de ville sera remplacé par un plus gros. «Le crucifix n’est pas interdit... pas encore», a affirmé le maire de Louiseville estimant que ce symbole religieux fait partie de l’identité des Québécois.
«Un homme de 90 ans est venu nous apporter un crucifix que nous allons mettre à l’hôtel de ville. Celui qui nous avons est tout petit.»
Afin de justifier la décision d’afficher un plus gros crucifix à l’hôtel de ville, Yvon Deshaies a cité en exemple la décision du très conservateur ministre-président de la Bavière en Allemagne Markus Söder qui a exigé après son élection d’afficher des crucifix dans les bâtiments publics.
Après le discours du maire, la conseillère Sylvie Noël a proposé que soit récité l’Ô Canada au début de chaque séance du conseil municipal. Elle estime que la récitation de l’hymne national rend hommage à l’histoire de la ville. Elle se dit remplie de fierté à l’idée de penser qu’un hymne créé notamment par un Louisevillois soit chanté lors des rencontres sportives partout sur la planète. La résolution a été appuyée par tous les autres conseillers, à l’exception de Mike Touzin.
La majorité de la soixantaine de citoyens présents semblait très heureuse de la décision du conseil municipal. Devant les réactions favorables, le maire a déclaré ne pas avoir à soumettre cette question en référendum. «Je pense qu’il y a assez de monde dans la salle», a-t-il annoncé avant de demander aux citoyens sur place de l’appuyer.
De vives critiques... sur Facebook
Michel Thibeault avait vivement dénoncé l’intention du maire de Louiseville de ramener la prière au conseil municipal. Bien que l’ancien candidat à la mairie ait brièvement assisté à l’assemblée publique lundi soir, il a rapidement quitté la salle.
D’ailleurs, le seul citoyen qui a abordé cette question a essentiellement rappelé que le Québec n’a pas signé la Constitution canadienne de 1982.
Sur Facebook, Michel Thibeault a toutefois dénoncé la décision du conseil municipal. «La religion catholique vient de renaître à Louiseville et le Canada prend toute la place. Le message semble clair: les Louisevillois appuient leur maire qui fait revenir la religion et l’appui au fédéral sans pudeur dans l’espace public. Respectons la majorité. Louiseville n’est plus chez moi», a-t-il écrit.
Plusieurs personnes ont dénoncé sur la page Facebook de Michel Thibeault la décision du conseil la qualifiant de «populiste» et de «rétrograde». Certains parlent même d’un retour au duplessisme. L’ancienne directrice générale de la Ville de Louiseville,
Sonia Desaulniers, est du nombre de ceux qui dénoncent la décision des élus.
«Je ne serais pas surprise du tout, connaissant le personnage, que cette salle fût remplie suite à des appels, des manipulations, pour avoir des gens pour l’appuyer. Pathétique. [C’est]
pour que dans les médias demain puissent donner une bonne image que les citoyens l’appuient. Je vous le dis: manipulation», a-t-elle publié.
L’assemblée publique de lundi se tenait à la grande salle du centre communautaire. Les travaux de rénovation à l’hôtel de ville ne sont pas encore terminés. D’ailleurs, le maire ne voulait pas que la question de la prière soit abordée lors de la précédente assemblée, car elle se tenait dans les locaux de la caisse de Desjardins.