Isabelle Légaré
Le Nouvelliste
Isabelle Légaré
Amis et partenaires d’affaires, Martin Lampron et Dany Bruneau poussent aujourd’hui un grand soupir de soulagement.
Amis et partenaires d’affaires, Martin Lampron et Dany Bruneau poussent aujourd’hui un grand soupir de soulagement.

Des vacances dans le coma

CHRONIQUE / Dany Bruneau a dû insister pour convaincre son ami et partenaire d’affaires, Martin Lampron, de l’accompagner en vacances avec deux oncles et un cousin. Ça allait être une semaine de golf, entre gars, à Tampa Bay.

«Viens donc avec nous autres!»

Martin était partant, mais pour trois jours seulement. Lui, le golf, ce n’est pas sa tasse de thé.

«Tu iras à la pêche!», a proposé Dany qui ne lui a pas vraiment donné le choix d’accepter son offre en réservant lui-même les billets d’avion.

«Les deux derniers jours, je vais rester avec toi», a de nouveau suggéré Dany.

Les deux chums ont effectivement passé du temps ensemble. À l’hôpital...

Dany se souvient de peu de choses, il est tombé dans le coma. Martin, lui, n’est pas près d’oublier ce qui est arrivé. Il est trop humble pour l’admettre, mais Dany n’hésite pas à le dire. Sans la présence d’esprit de Martin, cette histoire ne se terminerait pas aussi bien.

Dany Bruneau, 46 ans, et Martin Lampron, 42 ans, se connaissent depuis une vingtaine d’années. Le tandem n’a plus vraiment besoin de présentation à Trois-Rivières. Ils sont notamment propriétaires du restaurant La Maison de débauche (Le Carlito). Vendredi soir, à l’occasion du gala Radisson qui récompense des entreprises trifluviennes, les deux gars ont remporté le prix hommage Bâtisseur centre-ville. C’est un Martin particulièrement ému qui est venu chercher le trophée pour lui et son ami qui a failli mourir, on va se dire les vraies affaires.

Le lundi 3 février, Dany est revenu plus fatigué qu’à l’habitude d’une ronde de golf sous le soleil de la Floride. Le lendemain matin, le sportif est retourné sur le terrain, mais curieusement, il avait mal partout, une douleur diffuse que Dany n’avait jamais ressentie. «J’étais inquiet, mais je me disais que ça allait passer.»

Après neuf trous, il avait très chaud, n’avait plus aucune énergie. «Je suis allé me coucher dans l’auto. Les autres ont continué leur partie.»

Dany s’est endormi et a eu du mal à se sortir de cet état qu’il qualifie de bizarre. Ses compagnons ont bien vu qu’il n’était pas comme d’habitude, sans jamais imaginer cependant ce qui se passait.

De retour au condo à l’heure du dîner, Dany s’est une fois de plus dirigé vers son lit. Ce soir-là, il a préféré dormir plutôt que d’aller à un match du Lightning.

«Es-tu certain de ne pas vouloir venir?», lui a demandé Martin avant de partir. Dany ne changeait pas d’idée.

Quand Martin et les autres sont rentrés, en fin de soirée, Dany dormait toujours. Il a marmonné une réponse lorsque son ami, de plus en plus inquiet, lui a parlé.

Tôt le lendemain matin, soit le mercredi 5 février, Dany est sorti de sa chambre pour aller à la salle de bain. Martin pouvait entendre couler l’eau des robinets qui sont demeurés ouverts.

Curieux, il s’est levé pour aller voir si tout allait bien pour Dany qui, étonnamment, n’était plus dans la salle de bain, mais était retourné dans sa chambre.

Lorsque Martin a ouvert la porte, son copain était étendu sur le lit, inconscient et en convulsions. Il a aussitôt appelé les secours et est monté dans l’ambulance avec Dany qui n’avait aucune réaction. «Je ne le lâchais pas d’un fil.»

Dany a sombré de plus belle dans le coma. Son dernier souvenir remonte au moment où il est allé s’étendre dans la voiture, au beau milieu de la partie de golf. Après, c’est le néant le plus complet.

À son arrivée, à l’hôpital, on a dû le mettre dans un bain de glace pour faire diminuer la température. Sa fièvre atteignait 40°C (104°F), ce qui laissait présager un problème majeur.

«Le cerveau brûle», lâche Martin à qui les médecins ont dit: «On n’a pas beaucoup de temps. Il faut se dépêcher.»

Martin a signé tous les documents autorisant, au besoin, les opérations d’urgence pour Dany qui détenait une assurance. C’est en pleurs qu’il a ensuite contacté l’épouse de celui-ci, Karine Grenier, demeurée à Trois-Rivières avec leurs deux enfants.

«Ça ne va pas... Dany est à l’hôpital. On ne sait pas ce qui lui est arrivé… Les médecins disent de t’en venir.»

Il pouvait mourir à tout moment.

Moins de 24 heures plus tard, la femme était au chevet de son conjoint hospitalisé aux soins intensifs.

«J’ai subi tous les tests possibles. Je n’avais rien, mais les médecins étaient quand même inquiets. Est-ce que j’avais quelque chose qu’ils ne voyaient pas?»

Dany s’est réveillé cinq jours plus tard, complètement perdu. Où était-il? Qu’est-ce qu’il faisait là? C’est Karine qui lui a doucement raconté ce qui s’était passé.

«Je faisais juste brailler.»

Martin aussi a laissé sortir les émotions une fois de retour chez lui, quand le stress est tombé.

Dany a été pris en charge par les «meilleurs médecins au monde», dit-il avant d’ajouter que les résultats de ses examens sont normaux.

«C’est probablement un virus qui a provoqué la forte fièvre qui a entraîné le coma», l’a-t-on rassuré avant de lui donner son congé.

«Ils m’appelaient le petit miraculé!»

Dany est rentré à la maison le 13 février. L’énergie revient peu à peu. Pour l’instant, sa priorité consiste à se reposer et à savourer la présence des siens.

«Je passe plus de temps avec mes enfants», souligne l’homme d’affaires habitué à un rythme de vie effréné.

Contrairement à toutes les rumeurs qui ont circulé en ville à son sujet, il n’a pas fait de crise d’épilepsie ni de crise cardiaque, n’est pas paralysé ni… mort.

Dany est bien vivant et, graduellement, reprendra le collier aux côtés de Martin.

Les deux gars étaient déjà comme des frères. Ils sont plus que jamais inséparables.

Le mot de la fin revient à Dany: «Martin est pogné avec moi et, moi, avec lui, puis on est très contents!»