Andrée Lamy, présidente du conseil d’administration de La Fenêtre, et Guillaume Dufour Morin, directeur général par intérim de l’organisme, déplorent le fait que des problèmes reliés au transport adapté empêchent plusieurs de leurs participants de pouvoir participer aux activités quotidiennes.
Andrée Lamy, présidente du conseil d’administration de La Fenêtre, et Guillaume Dufour Morin, directeur général par intérim de l’organisme, déplorent le fait que des problèmes reliés au transport adapté empêchent plusieurs de leurs participants de pouvoir participer aux activités quotidiennes.

Des usagers de La Fenêtre pénalisés en raison de problèmes de transport adapté

Amélie Houle
Amélie Houle
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Depuis plus de 5 ans, Annie-Kim Charest-Talbot, atteinte de paralysie cérébrale, avait l’habitude de se rendre au moins une fois par semaine du côté de l’organisme La Fenêtre, un centre d’immersion aux arts, afin de participer notamment à des cours de chant et de théâtre. Une sortie hebdomadaire qui lui permettait entre autres de sortir de la maison et de penser à autre chose qu’à ses études. Toutefois, depuis le début de la pandémie, des changements survenus du côté du transport adapté l’ont contrainte à mettre une croix sur son passe-temps favori.

«Ce qui arrive, c’est que pour mes sorties régulières comme pour La Fenêtre, on prend un abonnement avec la STTR pour nos déplacements en transport adapté. Mais comme ils peuvent juste prendre 50 % de leur capacité habituelle, ce qu’on me dit, c’est qu’on ne peut pas garantir mon abonnement, mais qu’on va quand même le prendre en note et qu’on va me rappeler si une place se libère», précise-t-elle.

En effet, c’est que depuis le mois de mars dernier, la Société de transport de Trois-Rivières (STTR) s’est vue dans l’obligation de diminuer de près de la moitié la capacité d’accueil de ses minibus adaptés afin de respecter les mesures sanitaires en vigueur.

«On dispose du même nombre de véhicules et de chauffeurs en service actuellement, mais là où c’est différent, c’est qu’on est dans l’obligation de diminuer notre capacité d’accueil pour respecter les mesures sanitaires. Par exemple, avant, on avait une capacité de 10 personnes et maintenant, elle est de 5 et pour les taxis qui donnent un support, c’est un maximum de 2 personnes à la fois. Dans ce contexte, la priorité est pour les rendez-vous médicaux et pour les gens qui vont travailler et qui font des études postsecondaires», explique le porte-parole de la STTR, Charles-Hugo Normand.

«Je le vois que la STTR fait vraiment ce qu’elle peut dans le contexte à cause de la COVID et que ce n’est pas de sa faute. [...] Mais il faut comprendre que moi, j’allais à La Fenêtre pour décrocher de ma semaine et de mon cours à l’université et j’ai trouvé ça dur d’arrêter d’y aller, car quand j’ai commencé à fréquenter La Fenêtre en 2013, je n’avais aucun loisir et je ne savais même plus ce que j’aimais faire en dehors de l’école. Ma vie ce n’était que d’étudier, donc La Fenêtre a vraiment été comme une deuxième famille qui m’a permis de m’ouvrir à autre chose et de me découvrir des talents que je ne pensais pas avoir. Donc c’est bien plus que le simple cours de chant. Et je pense aussi à ceux qui ne peuvent peut-être pas aller à l’école et qui ont juste La Fenêtre comme activité dans leur vie, ça doit être encore plus difficile», mentionne Annie-Kim.

Depuis le début de la pandémie, Annie-Kim Charest-Talbot, atteinte de paralysie cérébrale, ne peut plus se rendre à l’organisme La Fenêtre pour y pratiquer son passe-temps favori.

Une baisse d’achalandage marquée à La Fenêtre

Une situation que déplore également l’organisme La Fenêtre qui a constaté une baisse considérable de ses participants depuis la reprise de ses activités au mois de juin dernier.

«On a au moins 50 % de nos participants qui sont touchés à la fois parce que certaines personnes ne viennent pas par mesure préventive, mais également en raison de la coupure dans les services du transport adapté. On a donc beaucoup de personnes qui voudraient venir, mais qui ne peuvent pas. On a quand même un bon lien avec la Ville de Trois-Rivières et la STTR, mais il n’en demeure pas moins qu’on est insatisfait en général des circonstances et qu’au final, ce sont les personnes à mobilité réduite qui en souffrent de cette coupe de services», soutient le directeur général par intérim de l’organisme, Guillaume Dufour Morin.

«Je dois dire que je comprends très bien qu’on est chanceux quand même, car il y a plusieurs cours où on respecte le transport. Mais moi, me faire dire qu’on n’est pas une école et qu’on est un endroit de loisir, alors qu’on est rattaché au Centre de services scolaire, c’est dérangeant. [...] Notre but, c’est que ces gens-là puissent avoir une sortie au moins une fois dans la semaine et en même temps, ça fait du répit pour la famille, car je peux le dire, ces personnes-là qui sont anxieuses dans une maison, c’est quelque chose», déplore pour sa part la présidente du conseil d’administration de La Fenêtre, Andrée Lamy.

Un problème plus ancien?

Bien que la COVID soit en grande partie responsable du problème, la situation n’était toutefois pas parfaite avant la pandémie, estime l’organisme, alors que le problème remonterait plutôt à il y a deux ans, lors du déménagement de La Fenêtre dans le secteur du Bas-du-Cap. Au cours des dernières années, Andrée Lamy a d’ailleurs fait des démarches en ce sens afin d’avoir plus de services.

«On m’a dit à plusieurs reprises que c’était plus facile quand on était sur la rue Saint-Georges au centre-ville et que maintenant qu’on est sorti de leur secteur régulier, c’est problématique puisqu’on est moins accessible. Je sais que ce n’est pas nécessairement la faute des gens en place, mais ce qu’on se demande, c’est à quelle porte on doit aller frapper pour faire avancer les choses puisque tous ces gens-là veulent nous aider, mais ils semblent avoir les mains attachées en ce moment», souligne Mme Lamy.

Une situation que dément toutefois la STTR après quelques vérifications faites dans ce dossier.

«Avant la COVID, on faisait du transport pour les personnes inscrites à tous les cours de La Fenêtre. Maintenant, on dessert encore tous les cours de l’organisme, sauf le mardi, mercredi et jeudi après-midi. Cette décision-là est prise uniquement en raison de la COVID et n’a aucun rapport avec le déménagement», précise pour sa part Charles-Hugo Normand.