Julie Lacombe, Sylvain Giroux et Vicky Giroux ne comprennent pas comment près de 200 maisons de Pointe-du-Lac ne peuvent toujours pas avoir accès à Internet.
Julie Lacombe, Sylvain Giroux et Vicky Giroux ne comprennent pas comment près de 200 maisons de Pointe-du-Lac ne peuvent toujours pas avoir accès à Internet.

Des Trifluviens se battent pour être branchés à Internet

Paule Vermot-Desroches
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — À l’heure où un reconfinement pourrait survenir à tout moment, où l’on prône de plus en plus le télétravail et où les écoles se préparent à devoir donner des cours à distance advenant une hausse des cas de coronavirus, des résidents de Trois-Rivières ne sont toujours pas capables d’avoir accès à Internet, tout simplement parce que le service ne se rend pas jusqu’à leur domicile. Des dizaines de résidents du secteur Pointe-du-Lac doivent en effet composer avec l’absence de ce service désormais essentiel. Un véritable casse-tête en temps de pandémie pour ces citoyens qui tentent à la fois de conserver leur emploi et de permettre à leurs enfants d’étudier.

Vicky Giroux a récemment acheté une maison sur le rang Saint-Charles à Pointe-du-Lac. Malgré toutes ses tentatives, elle est incapable de pouvoir être branchée à un service Internet acceptable, si ce n’est que par une connexion satellite qui flanche dès que la pluie ou que la neige tombe ou encore que le vent se lève. Pour répondre aux besoins de consommation Internet d’elle-même et de son adolescente, il lui faudrait par ailleurs investir plus de la moitié de sa paie de la semaine dans ce service.

À 17 ans, sa fille a été tentée à plusieurs reprises de quitter l’école, mais Mme Giroux a réussi à la convaincre de terminer ses études à l’éducation des adultes. Or, s’il fallait que l’on reconfine et que les cours se donnent à distance, ce sera un obstacle majeur pour elle, et sa mère craint qu’elle ne lâche tout simplement l’école. «Je veux tout faire pour la motiver et pour qu’elle puisse choisir un bon métier plus tard. Mais là j’angoisse parce qu’elle pourrait tout lâcher à cause de ça», indique Vicky Giroux.

Julie Lacombe sait de quoi Mme Giroux parle, elle qui a déménagé et quitté le rang Saint-Charles l’été dernier principalement en raison de son incapacité à se connecter à un service Internet acceptable. Cette courtière immobilière ne pouvait plus répondre adéquatement à ses clients sans passer plus de 20 minutes à ouvrir une seule fiche immobilière.

Au printemps, la fille de Mme Lacombe, qui fréquente l’école secondaire, a été confinée à la maison. «Elle avait des travaux à faire, mais ça pouvait prendre jusqu’à une heure pour télécharger une seule page. C’était infernal, on ne peut pas fonctionner comme ça, surtout en ce moment», explique-t-elle.

Sylvain Giroux, le père de Vicky Giroux, habite à trois maisons de là. Il doit payer 125$ par mois seulement pour l’accès Internet par satellite, un accès qui flanche dès qu’il pleut, qu’il neige, qu’il vente ou même qu’un arbre commence à être un peu trop haut. Et évidemment, dès que le nombre maximal de données est atteint, les tarifs explosent.

Ces résidents ont tenté à plusieurs reprises d’obtenir un branchement avec les principales compagnies de télécommunication, allant jusqu’à faire circuler des pétitions dans le secteur, mais en vain. Dans un cas, on leur réclamait entre 8000$ et 10 000$ par résidence juste pour étendre le réseau. Dans d’autres cas, c’était tout simplement refusé.

Programmes

Pour le conseiller municipal du secteur, François Bélisle, il est grand temps que quelque chose se passe, lui qui est souvent interpellé sur cette question par des résidents du rang Saint-Charles, mais aussi du rang Saint-Nicolas, du chemin des Petites-Terres, du 6e Rang et du chemin du Lac-des-Pins. On estime en effet que 200 maisons de ce secteur de la ville ne sont pas connectées à Internet.

Le problème est que les programmes existant au fédéral et au provincial pour étendre les services couvrent les zones rurales. Or, puisque le secteur Pointe-du-Lac est sur le territoire de Trois-Rivières, ces secteurs sont considérés comme urbains, aussi reculés soient-ils, et donc inadmissibles aux subventions.

«Au provincial, on m’a certifié que les programmes allaient bientôt être modifiés en conséquence. Mais un moment donné, il va falloir aussi que les entreprises en télécommunication démontrent leur bonne conscience sociale. Ce n’est pas normal que des résidents qui habitent dans des rangs de villages éloignés aient accès à Internet, mais pas des gens de Pointe-du-Lac», considère le conseiller municipal.

Le député de Maskinongé, Simon Allaire, se dit très optimiste que les programmes de subventions seront très bientôt accessibles pour cette clientèle. Un des volets du déploiement, développé avec le CRTC, rendait certaines zones de Pointe-du-Lac admissibles, mais aucune entreprise n’a soumissionné sur ces projets.

«Pour le prochain volet, nous sommes toujours en négociations avec le gouvernement fédéral, mais ça avance très bien. On attendait une réponse à l’automne, et je suis très optimiste. Si le projet aboutit, ces zones seraient enfin admissibles aux subventions. On a promis que tous les foyers québécois seraient connectés en 2022 et c’est ce qu’on a l’intention de faire», mentionne Simon Allaire.

Chez Cogeco, on rappelle qu’un projet de déploiement des services a été complété en février dans le rang Saint-Charles à la hauteur de la rue Janvelly. «Cogeco travaille à trouver des alternatives possibles pour régler cette situation le plus rapidement possible. Malgré l’absence de programmes de subvention gouvernementaux adaptés à Pointe-du-Lac pour le moment, Cogeco demeure confiante que des programmes futurs sauront cibler les secteurs actuellement non qualifiés aux programmes existants», indique Anastasia Unterner, porte-parole de Cogeco.

Chez Bell, on rappelle que le réseau de fibre optique est disponible pour la plupart des résidents du chemin des Petites-Terres. «Nous sommes toujours ouverts à discuter de partenariat de financement gouvernemental ou communautaire dans des endroits où l’investissement privé ne suffit pas», souligne la porte-parole Caroline Audet.