Un tract anti-immigration a été distribué au début de la semaine, dans certains quartiers de Trois-Rivières.

Des tracts anti-immigration distribués à Trois-Rivières

TROIS-RIVIÈRES — Des résidents de Trois-Rivières ont reçu dans leur boîte aux lettres, lundi, des tracts anti-immigration les invitant à joindre des groupes identitaires.

«Joignez-vous à la résistance. Joignez-vous à des groupes identitaires et citoyens comme ‘‘Storm Alliance’’», peut-on y lire. Le pamphlet y va d’affirmations remettant en cause «l’immigration de masse». Il pointe aussi du doigt les «multiculturalistes» et les «mondialistes».

Il suggère également de consulter des sites internet qu’il qualifie de «réinformation» comme celui de la Fédération des Québécois de souche.

Il n’est pas indiqué sur le document qui en est l’instigateur. Éric Trudel de Storm Alliance a mentionné à La Tribune, il y a une dizaine de jours, que son groupe n’était pas derrière ce tract.

Il a été distribué dans plusieurs autres villes du Québec dont Sherbrooke. Plusieurs médias en ont fait mention au cours des dernières semaines. La Direction de la police de Trois-Rivières n’a reçu aucune plainte à ce sujet.

Si ce tract n’est pas une initiative de la direction de Storm Alliance, il est possible que certains de ses sympathisants en soient à l’origine. «La droite, l’extrême droite au Québec, c’est vraiment un paquet d’électrons libres, plus que des groupes structurés», note Stéphane Leman-Langlois, codirecteur de l’Observatoire sur la radicalisation et l’extrémisme violent.

Au-delà de véhiculer leurs arguments en défaveur de l’immigration, l’objectif des instigateurs du tract est sans doute de susciter la curiosité des gens envers les groupes identitaires. «Le message de Storm Alliance est quand même édulcoré. Ça reste assez basique. Ce n’est pas un message de haine. Si quelqu’un se rend sur la page Facebook de Storm Alliance ou ailleurs, il ne va pas avoir l’impression d’être sur une autre planète. À partir du moment où les gens vont sur le site, c’est relativement facile de leur vendre le ‘‘produit’’. Mais c’est sûr qu’autour de ces groupes ou au centre, gravitent des gens qui sont pas mal plus radicaux. [...] Ce sont des gens qui peuvent facilement changer la direction des discussions», explique M. Leman-Langlois.

Pourquoi distribuer des tracts alors qu’il est plus facile de rejoindre un plus grand nombre de personnes via les médias sociaux? «Je ne sais pas quelle est la logique de ces gens-là. Par contre, souvent, plusieurs de ces groupes aiment avoir un effet dans la réalité physique. Même si on fait beaucoup de bruits sur Facebook, ça ne transforme pas la réalité physique autour de nous. Donc, on va essayer de faire des manifestations. Je pense que la dernière manifestation à laquelle Storm Alliance a participé remonte à l’été dernier. Le nombre de personnes qui y sont allées est dérisoire. C’est peut-être une nouvelle tactique pour se faire voir dans le monde réel, parce qu’organiser une marche de plus, où il va y avoir 25 personnes, c’est un peu dangereux pour leur image.»

Selon M. Leman-Langlois, la popularité de ces groupes identitaires est d’ailleurs sur une pente descendante. «Beaucoup moins d’attention leur est portée. Ils sont vraiment esclaves de l’événementiel. Le message qu’ils passent est très vague, très abstrait. Moins d’immigration, c’est bien beau, mais ça veut dire quoi au juste dans les faits? En plus, le gouvernement a lui-même décidé de dire qu’il veut moins d’immigrants. Donc, leur message, ça devient quoi? Ça commence à se diluer dans la réalité. Cela dit, il suffit que demain ou la semaine prochaine, il se produise un autre événement qui va mettre le doigt sur ce qu’eux considèrent comme un bobo: l’immigration, et ils vont probablement reprendre quelques membres, reprendre du poil de la bête et générer d’autres activités.»