La clôture qui est supposée ceinturer le site est éventrée à plusieurs endroits et plusieurs portes de la Villa du jardin fleuri sont grandes ouvertes.

Des ruines dangereuses?

TROIS-RIVIÈRES — Cinq mois et demi après avoir été ravagée par les flammes, la Villa du jardin fleuri continue de trôner sur la rue Notre-Dame Ouest, à Trois-Rivières. Enfin ce qu’il en reste... Derrière sa façade sans toit, la résidence n’est plus qu’un amas de débris pêle-mêle, racornis et noircis. Les voisins en ont assez d’avoir sous les yeux ce désolant spectacle en plus de se questionner sur la sécurité du site.

«Quand le vent pogne, ce n’est pas drôle. Il y a des morceaux qui partent», raconte Lorraine Beaumier. «Quand on a eu des grands vents, ça m’inquiétait. Je ne suis pas sûre que le reste de la structure est solide. Ça peut être dangereux», estime Linda, qui a préféré taire son nom de famille. «Cet été, j’entendais des morceaux tomber. Je pense que c’est en train de s’effondrer», mentionne Isabelle Dumais.

Une clôture ceinture le site, mais elle est carrément éventrée à plusieurs endroits. Il est aussi facile d’entrer sur place que dans un moulin. Plusieurs portes de ce qui reste de la résidence sont grandes ouvertes. D’ailleurs, les voleurs ne se sont pas gênés dans les semaines suivant l’incendie. Selon des voisins, en pleine nuit ou tôt le matin, des camions étaient carrément stationnés sur place et leurs occupants partaient avec tout ce qui leur tombait sous la main. «Au début, on voyait beaucoup de monde ramasser toutes sortes de choses. On voyait les gens passer à travers les clôtures. On voyait passer des pommes de douche, des tuyaux de cop [cuivre, NDLR]... On n’en voit plus depuis un moment. Je pense qu’ils ont fini de faire le ménage...», lance une voisine qui préfère garder l’anonymat. «Je me disais qu’ils n’étaient pas peureux. Ça aurait pu leur tomber sur la tête. Plus ça va aller, plus ça va être dangereux j’imagine», ajoute-t-elle.

Il semble que ce n’est pas à la Ville de Trois-Rivières de veiller à la sécurité des lieux. «C’est la responsabilité du propriétaire de s’assurer que tout soit sécuritaire», affirme Yvan Toutant, porte-parole au cabinet du maire de Trois-Rivières. À la Direction de la police de Trois-Rivières, on mentionne avoir surpris des indésirables à cet endroit pour la dernière fois en juillet.

Voilà ce qu’il reste de la Villa du jardin fleuri qui a été ravagée par un incendie le 5 juin dernier.

Les gens du voisinage se demandent quand la Ville de Trois-Rivières va agir dans le dossier. Gilbert Genest a téléphoné plusieurs fois à l’hôtel de ville à ce sujet. «Ils disent qu’ils attendent. Ce n’est pas normal que ce soit encore là. Ç’a brûlé le 5 juin. La Ville doit nettoyer ça. Ç’a l’air de quoi?» «On est bien écœuré de voir ça. J’ai hâte qu’ils démolissent. Je pense que la Ville devrait faire quelque chose. Je les trouve pas mal lents», affirme Mme Beaumier.

Plusieurs déplorent que ces ruines défigurent le paysage. «Quand on passe sur Notre-Dame, ce n’est vraiment pas beau. Ç’a l’air délabré. Pour les touristes, c’est ordinaire», note Mme Dumais. Cette dernière déplore avoir vu apparaître de la vermine sur son terrain depuis l’incendie. Tout porte à croire qu’elle provient des débris. «Ce qui me dérange le plus, ce sont les trous sur mon terrain. On voit de la vermine. J’ai l’impression que ce sont des mulots, des rats.»

La Ville affirme avoir les mains liées. «Pour l’instant, c’est bloqué par des questions juridiques, d’assurances. On ne peut pas bouger pour le moment», explique M. Toutant. Selon ce dernier, les propriétaires, qui habitent à New York, n’ont pas encore réglé le dossier avec leurs assurances.

M. Toutant convient que les ruines devront finir par disparaître. «Un jour ou l’autre, il va falloir que ça se règle. Si ça perdure, la seule option qu’on a est d’aller devant un juge de la Cour supérieure et d’exiger la démolition, mais ce qu’on me dit, c’est qu’on n’est pas rendu là. On est en attente. On surveille ça. On espère un développement dans les plus brefs délais.»

Les amas de débris sont nombreux. Des voleurs se sont servis allégrement à la suite de l’incendie et certains ont vraisemblablement vandalisé la clôture.

Rappelons que la Villa du jardin fleuri, qui accueillait des personnes âgées, avait fermé ses portes en octobre 2017. Elle avait perdu son certificat de conformité à la suite du décès de deux de ses résidents.

Il n’a pas été possible de joindre les propriétaires lundi. Leur représentant à Montréal a indiqué qu’il n’est pas autorisé à s’exprimer en leur nom.