Luc Grenier, coordonnateur du CVIC, et Josée Ricard, infirmière technicienne spécialisée en simulation, près d'un des cinq robots.

Des robots malades pour étudiants

Lorsqu'il a commencé à enseigner les sciences infirmières au Collège Shawinigan, en 2002, Luc Pellerin avait remarqué que beaucoup de finissants ne se sentaient pas prêts à amorcer leur carrière. Depuis la création du Centre virtuel d'immersion clinique (CVIC) au Collège, en 2012, «ils me disent: J'ai hâte», raconte M. Pellerin qui en est devenu le coordonnateur.
Le CVIC représente une installation unique en son genre au Québec pour le niveau collégial où tous les étudiants et étudiantes en sciences infirmières du Collège vivront 24 simulations en trois ans. Le local ressemble à s'y méprendre à une unité d'hôpital.
On y trouve cinq patients sur civières qui sont là en permanence. Il s'agit de robots ou de mannequins haute fidélité, trois adultes, un enfant et un bébé. D'une valeur de 50 000 $ chacun, ils savent tout faire, du moins tout ce qu'une personne malade peut présenter comme symptôme ou comportement.
C'est l'enseignant qui décide dans quel état est chaque robot et dans quel état il sera lorsque ses étudiants en auront pris soin.
Les robots ont un pouls, des bruits abdominaux, une respiration et des bruits pulmonaires. Ils peuvent souffrir d'un oedème, d'un arrêt cardiorespiratoire, faire une hémorragie, une cyanose, avoir des crachats ou des vomissements, des expectorations, bref, tout ce que l'enseignant veut simuler au profit de ses étudiants.
Ces robots sont contrôlés à distance par Josée Ricard, infirmière technicienne et complice des enseignants. C'est elle qui gère le poste de contrôle où chaque robot est relié à son propre ordinateur ou à sa propre tablette. À l'aide d'un logiciel hautement spécialisé, Mme Ricard programme chacun des robots, notamment à partir d'une bibliothèque virtuelle de bruits et de réactions physiologiques diverses. Elle peut même faire parler le robot grâce à des haut-parleurs intégrés.
Mme Ricard doit toutefois faire preuve d'imagination et de débrouillardise puisque ses mannequins ne font pas tout.
Elle doit parfois maquiller un robot pour reproduire, par exemple, un visage cyanosé, imbiber un pansement d'un liquide rouge pour simuler une hémorragie, changer la dilatation des pupilles pour imiter ceux d'un polytraumatisé ou utiliser un peu de gruau pour représenter des vomissements.
Certains robots font presque tout ça, mais leur prix est de 85 000 $ l'unité. Le CVIC contient des mannequins moins complexes et moins chers, mais on préférait en avoir plus, question de recréer une unité complète au lieu d'avoir un seul patient.
Comme l'explique Mme Ricard, avec plusieurs mannequins, on peut faire vivre aux étudiants le défi de surveiller plusieurs patients à la fois.
Mais ces mannequins impressionnants ne sont pas près de remplacer l'humain. Il y a quelques jours, le CVIC a organisé une simulation dans le cadre du stage en santé mentale que doivent suivre les 18 étudiants en troisième année de Sciences infirmières.
Pour la première fois, on a eu recours à des comédiens professionnels, Yvon Parenteau et Rollande Lambert, raconte le coordonnateur du CVIC, Luc Pellerin.
Le premier simulait une schizophrénie de type paranoïde décompensée. Le deuxième, un cas de dépression majeure.
«C'était tellement réaliste que ça a vraiment décontenancé les étudiants», a constaté le coordonnateur du CVIC, fort satisfait de cette nouvelle initiative.
Que l'on reproduise la réalité à l'aide de robots ou en utilisant des comédiens talentueux, l'expérience vécue par les étudiants en sciences infirmières du Collège Shawinigan au CVIC est la plus proche que l'on puisse avoir du milieu hospitalier réel.
Ces simulations «augmentent le jugement clinique chez nos étudiants, de même que l'autonomie et l'estime professionnelles», fait valoir M. Pellerin.
Pas étonnant que pas moins d'une douzaine de collèges aient visité le CVIC depuis son ouverture.
Après chaque expérience vécue au CVIC, les étudiants sont invités à faire le bilan de leur expérience dans une salle réservée à la verbalisation. Ils peuvent alors revoir les gestes dont ils veulent discuter puisque les simulations auxquelles ils ont participé sont filmées et projetées sur écran.
Luc Pellerin a remarqué que le CVIC contribue à augmenter l'estime professionnelle, le jugement clinique et l'autonomie des étudiants.
«C'est le chaînon manquant», estime-t-il, qu'il fallait créer pour former des étudiants plus forts.
D'autre étudiants appelés à oeuvrer de près ou de loin dans le milieu médical, comme les futurs techniciens ambulanciers formés au Collège, sont appelés eux aussi à vivre des simulations au CVIC.