Des rivières gonflées en Mauricie

Le niveau d'eau des rivières de la Mauricie atteint des sommets inégalés depuis des années tant l'hiver a été neigeux et le printemps est pluvieux. Et avec les prévisions météo annoncées pour le reste de la semaine, la situation n'est pas sur le point de se résorber.
Le débit de la rivière Maskinongé affiche une hausse de 55 % entre le 12 avril et le 18 avril. Selon les données prises à la station hydrométrique de Sainte-Ursule, le débit d'eau est passé de 100 mètres cubes d'eau par seconde à 155 en l'espace de six jours. Cette statistique dépasse le niveau maximal enregistré (150) au fil des 35 dernières années.
Une pointe à 160 a même été observée en fin de semaine, ce qui incite la direction du parc des Chutes de Sainte-Ursule à interdire par mesure préventive l'accès à sa passerelle et à ses trottoirs.
«La chute est trop forte, confirme la coordonnatrice, Nancy Paillé. L'été, quand on est entre 10 et 20 mètres cubes d'eau, la chute est belle. Au printemps, une crue normale est entre 100 et 120 mètres cubes. On est monté à 160. Et on annonce encore de la pluie.»
Le spectacle est majestueux en cette crue des eaux printanières, surtout à partir de la passerelle qui surplombe la chute. Mais avec le fort volume d'eau de la chute, cette passerelle est sérieusement arrosée.
«On dirait qu'on est dans un radeau, image Mme Paillé. Il y a beaucoup d'eau et les glaces du lac de Saint-Gabriel-de-Brandon ne sont pas descendues. La rivière est très turbulente. Avec le débit qui s'en vient et avec la force de la chute sur les roches, ça frappe dans les barrières de bois. Il suffit qu'un tronc d'arbre parte. L'important est qu'il n'y ait personne.»
La rivière Maskinongé est équipée d'un barrage à la hauteur de Saint-Didace. Ce barrage vient réguler le niveau d'eau du lac Maskinongé à Saint-Gabriel-de-Brandon durant l'été. Le barrage est ouvert, comme tous les printemps, pour permettre l'écoulement de l'eau et éviter le débordement du lac Maskinongé, car ce dernier affiche lui aussi un niveau hors du commun.
«La cote d'inondation pour une période de 0-2 ans du lac est de 143,93 mètres (par rapport au niveau de la mer). La cote pour le 0-20 ans est de 144,83 mètres. Actuellement, on est à 144,47 mètres. On a plus d'un mètre de différence entre le niveau de l'été, qui est de 142,65 mètres, et le niveau des crues en général», confirme Delphine Deléglise, chargée de projet à l'Association de la gestion intégrée de la rivière Maskinongé.
Toute cette eau continuera d'augmenter le volume de la rivière Maskinongé qui doit aussi faire face à une hausse importante du niveau du fleuve Saint-Laurent. Le niveau s'établissait à 3,12 mètres mardi, selon Sébastien Doire.
«Le niveau des rivières nous préoccupe, affirme le directeur régional de la Sécurité civile. On surveille la situation: cette semaine, il y a un potentiel de 150 à 180 mm d'eau de ruissellement au nord de la Mauricie. C'est en plus de la pluie qui est annoncée.»
Les prévisions météo d'Environnement Canada font état de précipitations variant de 50 à 60 mm de pluie d'ici vendredi. Ce n'est rien pour améliorer la situation de plusieurs rivières.
Les données de la station hydrométrique de Saint-Alexis-des-Monts démontrent que le débit de la rivière du Loup à cet endroit a augmenté de 120 % entre le 12 avril (50 mètres cubes par seconde) et le 18 avril (110). Les données historiques compilées entre 1970 et 2016 fixent la marque maximale à un peu plus de 100 mètres cubes d'eau par seconde.
La rivière Batiscan a aussi beaucoup d'eau. Entre le 12 et le 18 avril, la station de Saint-Stanislas a indiqué que le débit par seconde est monté de 55 %, passant de 360 mètres cubes à 560. La marque maximale observée de 1970 à 2016 s'élève à 700 mètres cubes d'eau par seconde.
Du côté de la rivière Saint-Maurice, on peut s'attendre également à une crue printanière supérieure à la moyenne. Hydro-Québec surveille la situation de près concernant la gestion de ses barrages.
Les pieds dans l'eau
Les Maskinongeois de la route Langue-de-Terre et du chemin Montréal ne sont pas les seuls à avoir les pieds dans l'eau. Les avenues Lac Saint-Pierre Est et Ouest de Louiseville sont recouvertes d'eau, ce qui affecte une quarantaine de résidences.
Les habitants de 25 maisons de la rue Louis-Gatineau à Yamachiche vivent la même situation. L'avenue de l'Anse est inondée sur environ 1000 pieds à Bécancour. La même municipalité est aux prises avec un problème semblable sur la rue des Perce-Neige. Une quinzaine de maisons sont concernées par cette situation causée par le rehaussement du niveau du fleuve.