Même quand l’eau se sera retirée, les riverains ne seront pas au bout de leurs peines. Ce sera l’heure de la grande corvée de nettoyage.

Des risques associés à l’après-inondation

TROIS-RIVIÈRES — Quand les rivières et le fleuve seront retournés dans leur lit, le repos devra attendre pour les sinistrés qui mériteraient pourtant une pause, eux, qui sont sur la corde raide depuis déjà quelques semaines. Ils devront pourtant se retrousser les manches et entreprendre une grande corvée de nettoyage. Un nettoyage essentiel mais qui n’est pas sans risque.

«La présence d’eau dans les habitations est une condition propice au développement des moisissures entre autres. Dans ces circonstances, il est très important de prendre le temps d’enlever les matériaux qui ont été mouillés, qui ont été souillés, parce que sinon, c’est sûr que les moisissures vont se développer. Les gens doivent aussi prendre le temps de porter des gants, des lunettes et même un masque pour se protéger, parce que lorsqu’il y a apparence de moisissures, ça va nécessairement dégager des spores dans l’air. Autant pour les personnes qui ont déjà des vulnérabilités respiratoires que pour les autres, c’est conseillé de se protéger», explique Maude-Amie Tremblay, conseillère en santé environnementale à la Direction de santé publique et responsabilité populationnelle (DSP-RP) du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ).

Lors de ce grand nettoyage, il faut aérer toutes les pièces de la maison en ouvrant les portes et les fenêtres afin de baisser le taux d’humidité à moins de 50 %. Toutes les surfaces et les objets non poreux qui ont pu être en contact avec l’eau souillée doivent être lavés avec du savon (sans ammoniaque) et de l’eau chaude propre. Ces surfaces et objets doivent être brossés et nettoyés avec le savon, puis asséchés, précise la DSP-RP. Il ne faut pas oublier que des risques infectieux sont liés à la consommation d’eau souillée ou à un contact cutané avec celle-ci. «C’est de l’eau du fleuve ou des rivières dans laquelle il y a eu des rejets. Ça a percolé dans les champs, etc. Nécessairement, il y a des coliformes, il y a de la contamination d’origine fécale. Donc, tout ce qui a été touché par l’eau doit être bien nettoyé. Il faut aussi s’assurer que les plaies soient bien nettoyées, bien désinfectées et recouvertes d’un pansement», mentionne Mme Tremblay. Les matériaux poreux qui ne sèchent pas adéquatement ainsi que les appareils munis de filtre ou d’isolant qui ont été en contact avec l’eau souillée doivent être jetés. Il faut aussi retirer le gypse et la laine des murs jusqu’à 50 cm (20 po) au-dessus du niveau d’eau atteint. «Si les travaux de nettoyage, les travaux de retrait des matériaux ne se font pas, ce sont de super conditions pour que l’humidité en place permette le développement et la croissance des moisissures. Ce sont des risques qu’on va observer, qui vont être assez fréquents», note la conseillère en santé environnementale.

De plus, l’eau du robinet peut être contaminée par des microbes susceptibles de causer une gastroentérite. Si l’eau provient d’un aqueduc, il faut suivre les recommandations de sa municipalité. Si elle vient d’un puits, il faut qu’elle soit considérée non potable jusqu’à preuve du contraire. Une analyse de l’eau est donc nécessaire. «Lorsque l’eau va à proximité du puits, elle peut s’infiltrer à l’intérieur, et là il va y avoir une contamination. C’est quand même un risque qui est important», fait valoir Mme Tremblay.

S’il n’a pas été possible de couper l’électricité du domicile avant l’inondation, la DSP-RP conseille de consulter Hydro-Québec (1 800 790-2424) avant de procéder à toute manipulation du panneau électrique. Un maître-électricien devrait aussi être contacté avant de réalimenter le domicile en électricité et d’utiliser les appareils électriques qui ont été en contact avec l’eau. Finalement, en ce qui concerne les autres appareils électriques et électroniques, il faut attendre que la température et l’humidité soient revenues à la normale avant de les remettre en marche.

Il ne faut pas négliger non plus les risques d’intoxication au monoxyde de carbone. Le DSP-RP rappelle de ne pas utiliser les équipements à combustion comme les pompes et les génératrices à l’intérieur ou près de la maison.

Finalement, la manipulation de charges lourdes peut accroître le risque de problèmes musculaires et articulaires, prévient la DSP-RP. De plus, l’effort physique conjugué au stress aigu est un facteur de risque pour des problèmes cardiaques. La prudence est donc de mise. Plus d’information est disponible sur le site du CIUSSS à l’adresse https://ciusssmcq.ca/soins-et-services/sante-publique-conseils-sante-mieux-etre/sante-et-environnement/inondation/.