Ionna Yannopoulos, coproriétaire du restaurant Le Grec, encourage la nouvelle livreuse, Alexandrine Paquin.

Des restaurateurs de la région s'adaptent tant bien que mal à la situation

TROIS-RIVIÈRES — Si manger est un des grands plaisirs de la vie, celui-ci est mis à mal par la pandémie de COVID-19, s’il faut en croire les restaurateurs de la région. On se rabat bien sur la livraison, les mets préparés et les commandes pour emporter, pour traverser la crise, quitte à placer les serveurs derrière un volant. La situation est néanmoins difficile, voire parfois critique, et les mises à pied sont la norme.

Au restaurant Le Grec, du secteur Pointe-du-Lac, depuis que la salle à manger est fermée, un service de livraison est offert à la clientèle. «On essaye de sauver les meubles... et on va y arriver», promet Ioanna Yannopoulos, copropriétaire de la populaire institution. Cet optimisme affiché n’empêche pas la restauratrice de se désoler d’avoir dû mettre à pied les 3/4 de son personnel.

Ceux qui restent se serrent les coudes, explique Mme Yannopoulos, qui a elle-même pris une pause à la plonge pour nous parler. Les clients des secteurs Pointe-du-Lac et Trois-Rivières-Ouest peuvent donc bénéficier de la pizza qui a fait la renommée de l’endroit, ou profiter des mets pour emporter, en attendant des jours meilleurs.

Du côté des rôtisseries Fusée, pendant que les commandes au comptoir et la livraison continuent, les salles à manger ont également fermé. Roger Lavergne, un des propriétaires de la chaîne, raconte qu’on a aussi dû couper dans le personnel. On accommode toutefois les policiers, les ambulanciers et les pompiers, au besoin. Ceux-ci bénéficient d’ailleurs d’un rabais de 50 % à la caisse, «une façon de faire notre part», explique l’entrepreneur.

Si les affaires sont généralement en baisse, comme partout, la chaîne s’en tire peut-être moins mal que d’autres, la livraison faisant partie de sa culture, observe M. Lavergne. L’homme d’affaires constate que plusieurs restaurants n’ont pas cette soupape et affichent désormais fermer.

Par ailleurs, à l’instar de presque tous ceux à qui nous avons parlé, M. Lavergne insiste pour dire que les règles d’hygiène ont beaucoup été resserrées. «On observait déjà les règles du MAPAQ, mais là, on va beaucoup plus loin que ça», indique-t-il. Les cuisines sont constamment nettoyées, la salle à manger est désinfectée illico quand on dépanne des policiers en service et les livreurs redoublent de prudence, nettoyant les «machines à carte» à chaque utilisation, explique le restaurateur.

Ailleurs en région, c’est le même constat. À Charette, le restaurant le Villageois n’a aucune peine à maintenir une distance d’un mètre entre les clients, tellement l’achalandage est en baisse, relate Claude Lampron, une serveuse de l’endroit. Si on n’a pas encore procédé à des mises à pied, tous ont vu leurs quarts de travail être réduits. Une serveuse a par ailleurs demandé à être relevée de ses fonctions, craintive face aux risques de contagion, raconte Mme Lampron. Le service de livraison continue d’être offert, mais la serveuse dit ne pas avoir observé de différence notable au niveau de la demande.

À Saint-Tite, la microbrasserie À la Fût a fermé sa salle à manger le 18 mars, jusqu’à nouvel ordre. Un nouveau service de livraison est cependant offert aux habitués, de la bière est toujours en vente sur place et on a bonifié l’offre des commandes pour emporter, «en misant sur les valeurs sûres», fait valoir la serveuse Geneviève Cinq-Mars. Ici comme ailleurs, on espère qu’un mouvement vers l’achat local permettra de traverser la crise. Par contre, là où neuf employés se partageaient le travail d’une soirée, trois suffisent aujourd’hui à la tâche. «On garde un mètre de distance entre nous et on nettoie beaucoup», commente Mme Cinq-Mars.

Quant à ceux dont les services ne sont plus requis, soir après soir, ils iront rejoindre les rangs des 500 000 Canadiens qui ont présenté une demande d’assurance-emploi dans la dernière semaine. Ils étaient seulement 27 000 à l’avoir fait, à pareille date l’an dernier. Une hausse de plus de 1850 %. Des statistiques susceptibles de couper l’appétit.