L’école Nikanik à Wemotaci.

Des représentants syndicaux intimidés

WEMOTACI — La Centrale des syndicats du Québec (CSQ) et l’Association des employés du Nord québécois (AENQ) déposeront des plaintes, cette semaine, au Conseil canadien des relations industrielles et autres instances, notamment la police, à la suite de gestes d’intimidation et de menaces dont auraient été victimes trois de leurs membres lors d’une visite annoncée à l’école Nikanik, à Wemotaci.

Le président de l’AENQ-CSQ, Larry Imbeault, raconte s’être présenté au stationnement de l’école Nikanik, le 5 juin dernier, en compagnie d’une conseillère de la CSQ et de la présidente du Syndicat des employées des Femmes autochtones du Québec, Jennifer Brazeau, pour une rencontre prévue avec les enseignantes et enseignants de l’école. Cette rencontre, dit-il, avait été annoncée une semaine avant et visait à faire le point sur les négociations en cours.

Ce n’était pas la première fois que les délégués syndicaux se rendaient sur place dans le cadre de leurs fonctions. Une rencontre avait en effet eu lieu précédemment, en janvier dernier et s’était déroulée «dans le respect», selon lui, même s’il y avait des gens contre le Syndicat dans la salle.

M. Imbeau raconte que le 5 juin, en arrivant dans le stationnement de l’école, ils ont été confrontés à deux hommes appuyés sur des véhicules. Les deux hommes auraient dit: «Vous ne pouvez pas entrer dans l’école. Vous n’êtes pas les bienvenus ici.»

Le président de l’AENQ-CSQ raconte avoir discuté pendant près d’une heure avec eux. Pendant ce temps, raconte-t-il, d’autres individus rôdaient autour d’eux en camionnettes. Un conducteur de VTT se serait ensuite arrêté pour discuter avec un des deux hommes. «On sentait vraiment que c’était de l’intimidation. Pendant que je parlementais avec un, l’autre a dit, en parlant de moi: ‘’S’il n’arrête pas, je vais lui péter la gueule’’», raconte M. Imbeau.

Ce dernier se serait également fait dire que s’il essayait d’entrer, d’autres personnes de la communauté allaient venir.

Selon le représentant syndical, la direction adjointe de l’école était au courant de l’affaire, mais n’est pas sortie pour calmer le jeu, déplore-t-il.

Au Conseil de la Nation atikamekw, on déplore les événements et on affirme qu’il y a un certain malaise vis-à-vis la syndicalisation dans les communautés atikamekw.

«Je ne sais pas comment l’événement s’est déroulé, je n’étais pas présent. C’est certain que s’il y a eu des actes de violence ou d’intimidation, ce n’est pas bien vu et ce n’est pas acceptable», a déclaré mercredi au Nouvelliste Constant Awashish, le grand chef de la Nation atikamekw.

«Ce n’est pas moi qui ai la responsabilité de l’éducation dans les écoles. C’est la direction et le Conseil de bande. Je suis plus là à titre d’observateur», a-t-il expliqué.

Du côté du Conseil des Atikamekw, un communiqué laconique a été publié mercredi en fin d’après-midi. On peut y lire qu’à la recommandation de ses conseillers juridiques, le Conseil s’abstiendra de commenter l’affaire. On y fait cependant valoir que «l’organisation se préoccupe de la sécurité de l’ensemble de ses membres et de ses employés». On dit aussi avoir à cœur le développement et l’éducation des élèves. «Nous voulons réitérer notre confiance envers la direction et tout le personnel de l’école secondaire Nikanik pour que la présente année scolaire puisse se terminer sur une bonne note, en prenant en considération la réussite des élèves», conclut le communiqué.

Le Nouvelliste a également communiqué avec le directeur de l’école Nikanik, Pascal Sasseville Quoquochi. Ce dernier n’a pas non plus voulu commenter la situation, mais nous a assuré que ses supérieurs allaient réagir à cette information.

La rencontre prévue a finalement été tenue à l’extérieur de la communauté, «sur le bord d’un lac», précise M. Imbeault en ajoutant qu’un des deux individus blâme le syndicat parce que trois de ses enfants ont doublé leur année scolaire.

«On pense qu’il y a eu de la désinformation de la part de la direction. On le soupçonne», indique le président.

Les enseignants de l’école Nikanik sont syndiqués CSQ depuis trois ans, indique-t-il. «Le climat de travail était pourri. Quand ils se sont syndiqués, ce n’était pas pour rien», analyse-t-il.

Le groupe, au moment des faits, a préféré ne pas appeler les policiers. «On ne voulait pas que ça dégénère», indique le président. «Et j’avais peur aux répercussions sur mon monde», précise-t-il.

Larry Imbeault avoue qu’il a de la difficulté à cerner la cause du problème. «Il y en a un, à un moment donné, en janvier, un antisyndical local nous a dit: ‘‘vous faites une vendetta contre le conseil de bande.’’ Celle-là, je ne l’ai pas comprise. Ce qu’on veut, c’est que nos membres aient des conditions de travail qui ont de l’allure et un salaire qui a de l’allure. Il y a de la grosse désinformation qui se fait», croit-il.

Le grand chef Constant Awashish explique qu’il «faut se comprendre et bien comprendre la réalité. Je sais que des gens se sont plaints que le syndicat essayait de contrôler les activités traditionnelles, que les semaines culturelles n’étaient plus en fonction des besoins des Atikamekw, mais en fonction des syndicats. Ça va être un conflit éternel si les syndicats ne font pas preuve de flexibilité à ce niveau-là. Il faut avoir une approche plus culturellement adaptée», analyse-t-il.

M. Imbeault souligne qu’une pétition demandant l’abolition du Syndicat a été signée par 300 personnes, dont plusieurs élèves, selon lui.

En collaboration avec Audrey Tremblay et Sébastien Houle