Geneviève Ricard, directrice générale de la CDC de Mékinac, ainsi que Gilles Brûlé, directeur général du Camp Val Notre-Dame, ont mis la main à la pâte pour préparer les repas.
Geneviève Ricard, directrice générale de la CDC de Mékinac, ainsi que Gilles Brûlé, directeur général du Camp Val Notre-Dame, ont mis la main à la pâte pour préparer les repas.

Des repas préparés au Camp Val Notre-Dame

HÉROUXVILLE — Avec le confinement, les popotes roulantes organisées par des organismes communautaires de la région sont grandement perturbées. En raison des mesures de distanciation sociale et de l’âge avancé de nombre d’entre eux, les bénévoles ne peuvent pas tous assurer ce service, qui permet à de nombreuses personnes de manger plusieurs bons repas, lorsqu’elles n’ont pas les moyens ou la force de se les préparer. Dans Mékinac, ces gens peuvent heureusement compter, depuis plusieurs semaines, sur l’aide du Camp Val Notre-Dame, de Hérouxville.

Ce beau geste a débuté après un constat fait par la Corporation de développement communautaire (CDC) de Mékinac: la demande pour la popote roulante est plus grande qu’à l’habitude. Or, les organismes qui prennent en charge habituellement la popote roulante, notamment le Centre d'action bénévole Mékinac, ne pouvaient répondre à cette demande.

«Le confinement amène une certaine détresse, beaucoup de gens n’ont plus le goût de cuisiner. On s’est rendu compte que des personnes âgées n’avaient plus le goût de se faire à manger. Des organismes s’occupaient déjà de ce besoin, mais n’avaient pas les infrastructures pour répondre à cette demande-là. Donc, avec leur accord et leur collaboration, on a décidé de commencer une seconde popote», explique Geneviève Ricard, directrice générale de la CDC de Mékinac. C’est alors que Gilles Brûlé, directeur général du Camp Val Notre-Dame a proposé son aide, puisque ses installations sont certifiées par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) et sont assez grandes pour permettre de garder une distance sécuritaire entre les employés.

«Comme le camp est complètement fermé, que les réservations sont annulées à cause du confinement, on se ramassait avec rien et avec du personnel qui ne pouvait rien faire. Quand on a appris de la CDC qu’il y avait un besoin au niveau de l’alimentation pour les personnes vulnérables, on s’est dit qu’on pouvait se permettre de préparer des repas, tant qu’on n’a pas à assumer les coûts des ingrédients», résume-t-il.

Aidé d’un autre employé, M. Brûlé prépare donc trois repas par semaine pour toutes les personnes qui indiquent aux organismes avoir un besoin. Ces repas comprennent une soupe, un plat principal et un dessert. Les dons de Moisson Mauricie permettent d’accompagner les repas de yogourts, de biscottes, voire même de biscuits, à l’occasion.

La première semaine, ils ont ainsi nourri 27 personnes. La seconde, 74 personnes ont reçu leurs repas grâce à eux. Cette semaine, ce sont près de 150 personnes qui se régaleront des quelque 450 repas préparés.

«Ce sont des portions généreuses, certaines personnes nous disent qu’elles arrivent à faire deux repas avec une portion. Et c’est délicieux, tout le monde dit que M. Brûlé fait la meilleure crème de tomates au monde», mentionne Mme Ricard.

La livraison des repas est assurée par des bénévoles, chaque vendredi.

En plus de l’aide de Moisson Mauricie et Centre-du-Québec, qui fournit les denrées pour la préparation des repas, l’initiative du Camp Val Notre-Dame bénéficie d’un coup de pouce financier de la députée de Champlain et ministre de la Justice, Sonia LeBel, et de Centraide. La coopérative et microbrasserie À la Fût de Saint-Tite y contribue également.

La livraison des repas est assurée par des bénévoles, chaque vendredi.

Créer un besoin?

Normalement, les bénéficiaires de la popote roulante doivent payer pour leurs repas, même s’il s’agit d’un montant minime. Or, en ce moment de crise, ce service est gratuit. Cet allégement inquiète toutefois Geneviève Ricard pour la suite des choses, postconfinement.

«On ne se le cachera pas, en temps de crise, on n’a pas de misère à trouver de l’argent pour financer ça. Dans un sens, c’est dommage, parce que plusieurs personnes vont continuer à en avoir besoin après, mais ce n’est pas sûr que ce sera aussi accessible», explique-t-elle.

Il y a également la crainte que ce service, qui sert à remplacer l’ancienne popote roulante, devienne un nouveau besoin pour la population. Besoin qui pourrait être difficile à remplir si les moyens donnés aux organismes ne sont plus les mêmes.

L'incertitude plane sur le camp

L’initiative à laquelle participe le Camp Val Notre-Dame permet à son directeur général et à un autre employé de toucher un salaire, grâce à la Subvention salariale d’urgence du Canada. Toutefois, l’incertitude plane toujours sur le camp, à savoir s’il pourra ouvrir ses portes cet été et de quelle façon.

«Ce n’est pas évident, on ne sait pas trop où on s’en va. On est toujours en attente des mesures sanitaires et de savoir quel pourcentage de la clientèle on va pouvoir accueillir. Est-ce que ça va nous coûter de l’argent pour rouvrir? On devrait avoir des réponses (la semaine prochaine)», indique Gilles Brûlé.

Même si la Santé publique lui permettait d’accueillir des campeurs cet été, il n’est pas garanti que cela soit possible. D’une part, parce que 85 % de la clientèle du camp, qui offre des séjours à prix réduit aux familles à faible revenu, vient habituellement de Montréal, région très touchée par la pandémie. L’ampleur des coûts entraînés par les mesures de distanciation physique est également inconnue pour l’instant.

«Il faudrait avoir deux fois plus de personnel pour désinfecter la cafétéria entre deux groupes. Aussi, s’il pleut, on n’a pas les installations pour accueillir tout le monde à l’intérieur tout en respectant les deux mètres de distanciation. Alors est-ce que c’est faisable? On est en train d’analyser tout ça», explique M. Brûlé, qui s’inquiète pour l’avenir. «Si on n’ouvre pas, oui, ça nous met dans une grande difficulté. Normalement, on reçoit une subvention de 70 000 $ pour notre fonctionnement, mais est-ce qu’on va en bénéficier quand même si on n’ouvre pas cet été? On couvre nos autres frais avec les événements, comme les mariages et les rassemblements qui se font ici, mais ils ont tous été annulés ou reportés. Ça représente de grosses coupures financières, alors qu’on a des coûts fixes, comme l’électricité, les assurances, les taxes et le téléphone à payer», souligne-t-il.