La professeure Marie-Pier Pagé de l’UQTR et son étudiant, l’infirmier Olivier Cloutier, devant la classe de 2e année.

Des rebuts hospitaliers deviennent trésors

Trois-Rivières — Une classe de 2e année de l’École primaire internationale, boulevard des Forges, s’affaire dans un calme déconcertant. Des parents et grands-parents leur montrent des notions de couture. Le bruit des machines à coudre fait compétition aux petites voix d’enfants. Marie-Pier Pagé se promène entre les tables et montre comment assembler des pièces de tissus qui seront cousues par de grandes personnes pour en faire de jolis sacs. Le tissu est de seconde main, mais impeccable. Il a servi une seule fois à emballer des outils stériles pour le bloc opératoire de l’hôpital de Trois-Rivières. Normalement, il aurait été jeté après un usage unique. Ici, il est métamorphosé en de jolis sacs réutilisables.

Professeure en sciences infirmières à l’UQTR, Mme Pagé est aussi couturière à ses heures. Lorsqu’a été lancé le Pacte pour la transition du metteur en scène Dominic Champagne qui demande aux citoyens de s’engager rapidement pour freiner le dérèglement climatique, la fibre environnementale de Mme Pagé a résonné. Elle a demandé à ses étudiants s’ils sentaient qu’ils avaient un pouvoir, un leadership professionnel face à la situation. «Les saines habitudes, ce n’est pas juste d’aller marcher», fait-elle valoir. Beaucoup d’autres gestes peuvent être posés.

Olivier Cloutier, assistant infirmier-chef à l’hôpital de Trois-Rivières compte parmi ses étudiants qui ont levé la main. Il était présent, jeudi, dans la classe des petites abeilles ouvrières de 2e année. «Dans le pacte de Dominic Champagne, il manquait un petit côté», dit-il, «soit le volet santé». Et ce volet, Marie-Pier Pagé et ses étudiants l’ont fait connaître en personne au cinéaste.

On sent qu’Olivier Cloutier est emballé par le projet. «Il y a un lien direct entre la santé et l’environnement», plaide l’infirmier et il vaut mieux «prévenir la maladie en créant un environnement sain», fait-il valoir.

Pour y parvenir, «on va chercher des matériaux qu’on jetait à l’hôpital, avec la permission de l’hôpital pour leur donner une deuxième vie», précise-t-il.

Le tissu qui sert à fabriquer les sacs n’est jamais entré en contact avec un patient, précise-t-il. «À l’extérieur du bloc opératoire, on développe les instruments dont le médecin a besoin et tous ces emballages vont à la poubelle», explique-t-il. À l’oeil, chaque morceau fait plus de deux pieds carrés.

Olivier Cloutier ne pouvait pas dire quelle quantité de tissus de ce genre était jetée chaque année, mais pour donner un ordre de grandeur, il précise qu’entre 20 et 30 chirurgies sont faites chaque jour à l’hôpital.

On ne jette pas que ces tissus parfaitement bons. «On a des bouteilles et de petits bacs qui ne vont jamais aux patients et qui ne sont jamais réutilisés. À l’hôpital, il y a des papiers qui se récupèrent, mais il n’y a aucun système de récupération qui est développé présentement» pour les autres choses, dit-il. «On a des projets de faire du recyclage dans l’hôpital», ajoute-t-il.

Il est toutefois difficile d’intégrer la mentalité écoresponsable dans l’établissement, constate l’infirmier. «Le CIUSSS, c’est gros. Notre écho ne se rend pas assez loin. C’est toujours une question de fonds, une question d’argent», constate-t-il. «On le fait donc bénévolement sur une base communautaire», explique-t-il.

Johanne Rondeau est une couturière d’expérience. Sa fille est infirmière à Trois-Rivières. Elle est venue de Joliette, jeudi, pour participer au projet dans la classe de 2e année. Plusieurs petits élèves sont accoudés autour de sa table de couture, les yeux rivés sur ses mains agiles qui transforment comme par magie un paquet de bouts de tissus en un joli sac qu’ils rapporteront à la maison. Marie-Pier Pagé leur a montré comment assembler les morceaux en toute sécurité avec des épingles à linge en attendant que Mme Rondeau les couse définitivement. «C’est une bonne idée d’inculquer aux jeunes de recycler et de jeter le moins possible. Le métier de couturière est en voie de disparition», dit-elle. «Plus personne ne coud. Si au moins on peut sensibiliser les jeunes... Ça ne veut pas dire qu’ils vont coudre, mais au moins les sensibiliser sur le fait qu’il est possible de recycler», plaide-t-elle.

«Il y a des médecins qui veulent embarquer avec nous», signale Olivier Cloutier.

Et ce n’est qu’un début, semble-t-il. Avec une classe de 5e année, l’équipe s’est servie de bacs du bloc opératoire pour cultiver des micropousses avec la ferme urbaine Orenda de Trois-Rivières. Les infirmiers et infirmières caressent une foule d’autres projets de récupération, de réutilisation et de recyclage. «Peut-être que ça va inciter les administrateurs, nos employeurs, à dire que, peut-être, il y a quelque chose à faire», espère M. Cloutier.