Les autochtones ne ciblent que les opérations de coupes forestières et de transport de bois.

Des réactions mais pas de négociation

Les Atikamekws de Wemotaci, d'Opitciwan et de Manawan ont érigé quatre barrières hier sur des chemins forestiers ainsi que sur le chemin de fer du Canadien National pour forcer l'interruption des opérations forestières enHaute-Mauricie.
Cette nation autochtone demande de négocier une entente similaire à la Paix des Braves pour encadrer l'exploitation des ressources naturelles sur ce qu'elle considère comme son territoire ancestral.
Des Atikamekws ont bloqué la route forestière 25 aux kilomètres 61 et 175 ainsi que la route de Clova au kilomètre 30. Les autochtones ne ciblent que les opérations de coupesforestières et de transport de bois. Les vacanciers et les voyageurs pouvaient passer sans problème. Les chefs autochtones ont manifesté leur intention de poursuivre ce blocage tant que leurs revendications ne sont pas entendues.
«C'est difficile de négocier avec des barricades», lance en entrevue le ministre responsable du Secrétariat des Affaires autochtones du Québec, Geoffrey Kelley. «On ne peut pas prendre l'économie de la Mauricie en otage.»
Les trois communautés autochtones désirent être consultées pour l'exploitation des ressources naturelles sur leur territoire ancestral évalué, par les Atikamekws, à une superficie de près de 60 000 km2. Les Atikamekws dénoncent aussi la stagnation de la négociation territoriale globale qui dure avec le gouvernement fédéral depuis33 ans. Québec est assis à cette table de négociation, mais n'est pas le chef d'orchestre.
De plus, les trois conseils de bande veulent un traité semblable à la Paix des Braves signés par Québec et la nation Cris qui prévoit des redevances sur l'exploitation des ressources naturelles. Les chefs atikamekws affirment que le blocus tiendra tant qu'ils ne seront pas entendus.
Le ministre Geoffrey Kelley avoue comprendre la frustration des Atikamekws. «Nous sommes très conscients des revendications des Atikamekws et je comprends qu'ils soient frustrés», dit-il en précisant qu'il a déjà rencontré le 15 juin dernier les chefs atikamekws.
Hier en fin d'après-midi, le chef de Wemotaci, David Boivin, n'avait toujours pas eu de discussion avec les dirigeants de Kruger ou des représentants des gouvernements provincial et fédéral. «Je n'ai pas parlé avec personne encore aujourd'hui», disait-il.
Pas de négociation
Le ministère des Affaires autochtones et du Nord Canada a réagi au blocus atikamekw dans un bref courriel.
«Le ministère des AADNC doit obtenir les autorisations requises avant de poursuivre les négociations. AADNC travaille actuellement à l'obtention de ces autorisations pour poursuivre les négociations. Le Canada favorise la négociation et croit que les règlements négociés constituent le meilleur moyen de résoudre les revendications territoriales en suspens», soutient le ministère.
Des membres de la communauté de Wemotaci ont aussi bloqué la circulation des trains de marchandises sur la voie ferrée du CN. Les trains de passagers de Via Rail n'étaient pas visés par les moyens de pression.
«Les Atikamekws n'ont pas de problèmes avec le CN. Mais, nous avons tout de même arrêté nos trains», souligne la porte-parole du CN, Julie Senécal.
La Sûreté du Québec suit la situation de très près. Des policiers ont été dépêchés à deux endroits de la route 25 ainsi que sur la route de Clova.
«Nous ne tolérerons aucun acte criminel», assure la sergente Geneviève Bruneau de laSûreté du Québec. Une douzaine de policiers étaient sur placehier.
De son côté, la Ville deLa Tuque assiste impuissante au blocus atikamekw. Le maire Normand Beaudoin déplore que les trois communautés autochtones nuisent aux opérations forestières pour faire valoir leurs revendications.
«J'espère que tout cela ne nuira pas à la scierie de Parent (Kruger) qui vient d'être relancée. Je souhaite que tout se règle», affirme le maire Beaudoin tout en ajoutant qu'il comprend les Atikamekws de souhaiter l'implantationd'industrie dans leurs communautés.
La direction de Kruger,principale entreprise visée par le blocus des Atikamekws, n'a pas retourné les appels du Nouvelliste.
Les Atikamekws veulent du bois maintenant
Les Atikamekws de la communauté d'Opitciwan demandent une partie des volumes de bois de Kruger. Rappelons que le plan de consolidation de l'approvisionnement de l'entreprise forestière prévoit le transfert de près de 268 500 m3 de bois alloué à l'origine à la scierie de Gérard Crête et fils deSaint-Sévérin-de-Prouxville vers les scieries de Parent et de Saint-Roch-de-Mékinac.
«Kruger fait une consolidation de ses activités», précise Hélène Sauvageau, attachée politique du ministre des Ressources naturelles et de la Faune, Clément Gignac.
Toutefois, afin d'alimenter sa scierie, le conseil de bande d'Opitciwan souhaite que Québec lui accorde un volume de bois de 74 000 m3 qui appartient présentement à Kruger. Cette demande manifestée il y a quelques mois n'a pas été acceptée par Québec. «C'est la goutte qui a fait déborder le vase», lançait lundi le chef du conseil de bande d'Opitciwan, Christian Awashish.
Le cabinet du ministre Gignac affirme cependant que les volumes de bois, les contrats d'approvisionnement et d'aménagement forestier (CAAF) sont révisés à tous les cinq ans.
En 2013, il y aura donc une nouvelle distribution de la ressource ligneuse qui respectera le nouveau régime forestier du Québec.
«Les industries devront diminuer de 10 % leur capacité forestière», précise Hélène Sauvageau qui ajoute que la scierie d'Opitciwan est une des seules au Québec à avoir vu une augmentation de ses approvisionnements ces dernières années. «Elle est passée de 93 000 à 107 000 m3.»
Le bureau du ministre Gignac assure être ouvert à la discussion avec les leaders atikamekws tout en spécifiant que les questions de gestion de la ressource naturelle par la nation autochtonerelèvent davantage des négociations territoriales globales qui sont de responsabilité fédérale.
 
Lise St-Denis souhaite une entente de nation à nation
La députée fédérale de la circonscription de Saint-Maurice - Champlain, Lise St-Denis, estime que le gouvernement conservateur doit reprendre les négociations avec les Atikamekws afin d'en arriver à une entente.
«Les Atikamekws vivent des conditions économiques particulièrement difficiles, engendrées par la colonisation et l'exploitation des ressources naturelles sur leurs terres ancestrales. Nous avons l'obligation morale et les capacités matérielles pour régler les injustices historiques qui ont engendré la pauvreté et les problèmes sociaux», affirme dans un communiqué la députée fédérale de Saint-Maurice - Champlain, la libérale Lise St-Denis.
«Le respect de la nation atikamekw doit se matérialiser dans la reconnaissance des droits ancestraux et dans la signature d'un accord négocié qui permettent le développement de ces communautés», ajoute la députée.