Le capitaine Jean-Yves Ouellet de la Sécurité publique de Trois-Rivières est natif de L'Isle-Verte, où sa mère et son frère résident toujours.

Des racines qui s'envolent en fumée

On a beau quitter notre village natal au cours de notre vie, lui ne nous quitte jamais vraiment. Le capitaine responsable de la sécurité du milieu à la Sécurité publique de Trois-Rivières a quitté L'Isle-Verte à 18 ans pour aller réaliser son rêve de devenir policier. Lorsqu'il a allumé sa télévision, jeudi matin, et qu'il a constaté l'ampleur du drame qui venait de toucher sa communauté, Jean-Yves Ouellet a eu l'impression qu'on lui arrachait un morceau de ses origines.
«Ça vient directement chercher tes racines de jeunesse. Je suis venu au monde là, et quand les journalistes parlent de l'église, de l'école, de la caisse populaire, c'est tout mon petit monde que je revois. Tous les gens qui ont témoigné dans les médias depuis la tragédie, tous ceux qui avaient une histoire à raconter, je les connais. Plus jeune, je les côtoyais», lance-t-il.
Parlez à Jean-Yves Ouellet de L'Isle-Verte, et il vous racontera sûrement ses plus belles histoires d'enfance et de jeunesse. Ses heures passées à bicyclette dans les rues du village, ses amis qu'il retrouvait après l'école pour aller jouer dans ce petit village où les gens veillaient les uns sur les autres.
Sa mère y habite toujours. M. Ouellet va d'ailleurs près d'une dizaine de fois par année lui rendre visite en compagnie de ses enfants. La dame âgée a encore la chance d'habiter dans sa maison, et ne demeurait pas au Havre. Mais ce sont tous des gens de sa génération qui ont péri dans l'incendie. C'est l'histoire de son village à elle, comme elle l'a toujours connu, qui s'est envolée en fumée. 
«Elle a l'âge que toutes ces personnes avaient. Elle les connaissait toutes sans exception. À tous les jours, elle prenait sa marche dans ce coin-là et jasait tout le temps avec eux», raconte Jean-Yves Ouellet, qui ne savait trop comment résumer le sentiment partagé par sa mère au téléphone. «Elle se pose bien des questions, c'est sûr», confie-t-il, sobrement.
C'est d'ailleurs pour lui apporter un peu de réconfort que M. Ouellet a pris la route vendredi afin de se rendre dans le Bas-du-Fleuve pour la fin de semaine. Sa conjointe est également originaire du village voisin. Ainsi, difficile pour la petite famille de rester à Trois-Rivières quand tant de gens qu'ils aiment et qu'ils connaissent souffrent à l'autre bout de la province.
«Mon frère aussi habite toujours là. On va aller leur apporter un peu de support et de réconfort. Depuis jeudi on ne pense qu'à ça alors je vais me sentir plus utile là-bas», explique-t-il.
Mais malgré toutes ces années à pratiquer le métier de policier, ce n'est pas comme premier répondant qu'il arrivera là-bas, mais bien pour soutenir ses proches. Or, difficile de ne pas avoir une pensée pour tous ses collègues premiers répondants qui ont eu à intervenir sur les lieux dans la nuit de mercredi à jeudi.
«Quand tu es sur la première ligne, tu passes à l'action, tu fais ce que tu as à faire. Mais c'est certain que ces gens-là auront besoin de décanter dans les jours et les semaines à venir. Eux aussi vont avoir besoin de ventiler. On a beau être pompier ou policier, ce sont des événements qui nous peinent et qui nous marquent», affirme Jean-Yves Ouellet.