Jacques Aubut et ses voisines, Alice Pronovost et Karoline Martin, qui tient dans ses bras son petit Alexis, pourraient se retrouver bientôt avec des pompes à essence à quelques mètres de leur cour arrière. 

Des pompes à essence à 50m de la cuisine

L'opposition s'organise dans le district Chavigny, alors que plusieurs résidents se disent mécontents de la venue prochaine d'une station-service à l'intersection des rues Notre-Dame-Ouest et Brisebois, tout juste à côté d'un quartier résidentiel. En plus de craindre la perte de valeur de leurs maisons, les résidents craignent aujourd'hui pour leur santé, mais également pour la circulation dans le secteur.
Un groupe de citoyens a choisi de rencontrer la presse, hier matin, pour lancer un véritable cri du coeur au conseil municipal trifluvien, afin qu'il n'approuve pas le changement de zonage qui permettrait l'implantation de cette station-service. Entre-temps, le groupe continue de faire du porte-à-porte pour recueillir le nombre de signatures nécessaires pour demander l'ouverture des registres, ce qui permettrait ainsi de bloquer le règlement.
«Selon ce qu'on comprend du projet, on va se retrouver avec des pompes à essence à moins de 50 mètres de nos salles à dîner. Ici, il y a plusieurs personnes vulnérables, des garderies, des résidences pour personnes âgées, des personnes souffrant de difficultés respiratoires», explique l'un des résidents, Jacques Aubut, dont la petite cour arrière communique directement avec le terrain en question.
Ce dernier cite notamment des études ayant prouvé que les bébés et jeunes enfants ayant grandi à moins de 100 mètres d'une station-service ont quatre fois plus de chances de développer une leucémie. «Quand on va à la station-service, l'exposition aux vapeurs est de courte durée, et après on repart. Mais nous on va vivre avec ça. Les vapeurs d'essence sont quatre fois plus lourdes que l'air, et donc restent en place», mentionne-t-il, disant s'inquiéter aussi pour son épouse qui souffre d'asthme sévère.
Le voisinage craint aussi pour une éventuelle valeur de revente et soutient que pour approuver un prêt hypothécaire, les institutions financières exigeront désormais des tests de sol pour les résidences vivant à côté d'une station-service.
«Si j'avais su que ça s'en venait là, je n'aurais jamais acheté», lance Alice Pronovost, dont la santé est hypothéquée après avoir subi l'ablation d'un poumon.
Quand on leur fait remarquer que de nombreuses autres stations-services partout en province sont construites à proximité de quartiers résidentiels, Jacques Aubut est catégorique. «Un mal n'excuse pas un autre mal. Ici, le mal n'est pas encore fait et c'est le temps de stopper ça», ajoute-t-il, en rappelant que deux autres stations se trouvent à moins d'un kilomètre de l'endroit et que les automobilistes ne sont pas mal desservis.
Rappelons qu'une zone tampon de 5 mètres a été exigée au promoteur entre ses installations et les terrains des résidents. Selon les plans de l'investisseur, ce dernier entendrait planter des arbres dans cette zone tampon. Rien pour consoler les citoyens, cependant. «Il y a des endroits où l'on doit respecter une zone tampon de 40 pieds. Ici, c'est seulement 15 pieds. Pourquoi?», se questionne Jacques Aubut.
Les citoyens poursuivront leurs efforts jusqu'à jeudi prochain pour obtenir le nombre de signatures nécessaires à l'ouverture d'un registre dans les douze zones habilitées à se prononcer dans ce dossier. Si l'on se rend jusqu'à la signature des registres, à la fin du mois d'août, un nombre de 49 signatures devra être recueilli pour bloquer le règlement. Le conseil pourra alors choisir d'aller en référendum ou de laisser tomber le projet.
Mais avant tout, les citoyens espèrent que le conseil entendra leurs doléances lors de la séance du 18 août, où les conseillers seront appelés à voter sur le règlement. Dans cette rue où toutes les maisons ont eu à composer avec la problématique de la pyrrhotite, les citoyens souhaitent qu'on les laisse souffler un peu. 
«C'est irresponsable de changer ainsi les règles du jeu et de nous faire porter le fardeau d'arrêter le processus. Je vous demande de réfléchir avant de poser ce geste», lance Jacques Aubut, s'adressant aux élus.