Pas moins de 340 personnes ont assisté au premier colloque régional de la main-d’oeuvre, jeudi à Espace Shawinigan.

Des pistes pour faire autrement

Shawinigan — Les quelque 340 participants au premier colloque régional sur la main-d’œuvre, présenté jeudi à Espace Shawinigan, sont repartis avec un coffre à outils garni d’une multitude de suggestions pour aider les employeurs à attirer et à retenir ces précieux travailleurs qu’ils s’arrachent de plus en plus.

Un mélange de conférences et d’ateliers a permis aux participants, composés à 55 % de représentants d’entreprises, de rafraîchir leurs stratégies et de les placer devant l’inéluctable phénomène de rareté de la main-d’œuvre, qui ne fera que s’accentuer jusqu’en 2022 en raison du profil démographique de la Mauricie.

Dans ce contexte, tous les intervenants s’entendent sur le fait que les chercheurs possèdent plus que jamais le gros bout du bâton. D’ailleurs, les messages lancés tout au long de la journée s’adressaient particulièrement aux employeurs, sur l’importance d’être attractifs et originaux pour se démarquer. Des expériences de bons coups ont également été présentées en fin de journée.

Bien entendu, des solutions déjà connues comme le recours à l’immigration, aux personnes handicapées ou aux retraités ont alimenté certains ateliers. Mais des conférenciers ont profité de leur tribune pour suggérer une petite introspection aux employeurs pour leur permettre de mieux traverser cette crise, en sortant des sentiers battus.

Par exemple, Simon Clément, directeur, culture et talent chez nnumann, a amené des pistes pour aider les dirigeants d’entreprise à attirer l’attention. Les participants ont sursauté un peu lorsqu’il est allé jusqu’à parler d’offres d’emplois personnalisées.

«Pourquoi un employeur ne pourrait-il pas offrir les services d’une femme ou d’un homme de ménage à ses nouveaux employés?», questionne-t-il. «Ça lui coûterait environ 75 $ aux deux semaines, donc 2000 $ par année. C’est différent et c’est ce que les candidats veulent. Ils ne souhaitent pas avoir ce qu’on retrouve n’importe où ailleurs.»

Le conférencier a également raconté l’histoire d’une entreprise australienne qui, incapable de satisfaire les exigences d’une candidate très qualifiée pour un poste, a déposé sa meilleure offre... accompagnée d’une paire de billets V.I.P. pour un spectacle de Willie Nelson, son chanteur préféré.

«La candidate savait qu’elle gagnerait quelques milliers de dollars de moins qu’ailleurs, mais elle s’est dit que cet employeur avait pris le temps de l’écouter, la faisait sentir différente, désirée. Elle a accepté! Personnellement, j’adore cet exemple. Soyez créatif: ce n’est pas seulement réservé aux enfants!»

Lorsqu’il suggère cet exemple, M. Clément se fait parfois répondre que l’offre personnalisée peut devenir compliquée à appliquer dans une entreprise. Les employés ne possèdent pas tous les mêmes attentes. Certains accordent plus d’importance au salaire, d’autres aux vacances, d’autres à la flexibilité de l’horaire...

«À ceux qui trouvent que c’est trop dur à gérer, je dis: faites vos choix!», lance-t-il. «Qu’est-ce qui est le plus important? Avoir des processus administratifs très clairs et précis ou se casser un peu la tête pour satisfaire des employés qui vont vous en donner?»

La semaine de travail de 30 heures, les vacances illimitées, l’horaire flexible; il existe une vaste panoplie de solutions pour surprendre les candidats et satisfaire les employés. Tout au long de la journée, plusieurs orateurs ont insisté sur l’importance d’accorder de la liberté au personnel dans l’exécution des tâches ou les heures de travail.

En ouverture, l’homme d’affaires François Lambert a lancé un avertissement bien senti aux aspirants entrepreneurs au sujet des embûches qui parsèmeront inévitablement leur parcours. Son expérience personnelle est marquée de nombreux rebondissements, mais au-delà de ses succès et de ses échecs, il retient que les travailleurs recherchent trois choses: la reconnaissance, un salaire et... la liberté. «N’étouffez pas vos employés!», conjure-t-il.

Réussite
Bien entendu, le comité organisateur pouvait difficilement cacher sa satisfaction à la suite d’une telle participation. L’activité était organisée par GROUPÉ Mauricie - Rive-Sud, à la demande du Conseil régional des partenaires du marché du travail et de la Direction régionale de Services Québec.

De façon générale, Alexandre Ollive, directeur général de GROUPÉ Mauricie - Rive-Sud, retient qu’il faut assurer un arrimage entre les entreprises et les différents organismes du territoire pour relever le défi de la main-d’œuvre.

«Plusieurs en ont fait une priorité», fait-il remarquer. «Tout le monde travaillera dans le même sens pour aider les entreprises à trouver des solutions concrètes.»

Les pratiques innovantes en ressources humaines et l’ouverture face à l’immigration font aussi partie des défis des dirigeants d’entreprises, observe M. Ollive. Le porte-parole souhaite que ce colloque sonne le réveil, mais il ne s’attend pas à en faire un événement annuel.

«Ça n’ira pas en s’arrangeant si on ne fait rien, puisqu’on lutte contre la démographie», rappelle-t-il. «C’est un coup d’envoi. Je ne pense pas qu’on va répéter à chaque année, mais il y aura des suites à ce colloque. Des projets, des comités de travail, toutes sortes d’action vont émaner de cette journée.»

L’avantage du milieu de vie

À quoi peuvent bien servir les efforts d’une entreprise pour attirer des travailleurs si elle évolue dans un milieu de vie terne, sans infrastructures adaptées aux attentes des jeunes familles et sans vie culturelle? Virginie Proulx, conseillère municipale à Rimouski et fondatrice de Statum marketing territorial, considère que la mesure du caractère attractif d’une région pèse lourd dans le concours de séduction de la précieuse main-d’œuvre.

La conférencière est venue approfondir ce concept jeudi matin, dans le cadre du colloque organisé à Espace Shawinigan. La docteure en développement régional a fait ressortir quelques faits saillants de recherches consultées au fil des années. Par exemple, une identité forte fait assurément une différence dans le choix pour s’établir dans une communauté.

«Un endroit riche au plan culturel, avec un milieu de vie intéressant, sera beaucoup plus fort que des petites mesures d’aide financière pour faciliter l’arrivée de nouveaux arrivants», fait-elle remarquer. 

Mme Proulx note que le travail ne constitue pas, à lui seul, un élément d’intégration. Elle croit que de plus en plus, le citoyen cherche un environnement qui lui plaît, où il finira par se trouver du boulot de toute façon. Par contre, le travail doit faire partie de la qualité de vie. Cette dernière ne doit pas se limiter aux temps libres.

«Quand je suis bien au travail, j’aime ce que je fais, je me réalise. Ça fait partie de ma qualité de vie», résume-t-elle.

Stratégies

Mme Proulx déplore que trop souvent, le slogan d’une ville s’inspire un peu trop des grandes stratégies de consommation.

«Or, on ne vend pas un territoire comme on vend une boîte de macaronis», illustre-t-elle. «C’est beaucoup plus complexe. Il faut qu’un travail de fond soit fait sur le milieu.»

Elle suggère plutôt de s’inspirer des stratégies de développement touristiques pour attirer de nouveaux citoyens. 

«On réalise que, de plus en plus, ils ont des intérêts qui se rapprochent», fait-elle remarquer. «Les structures devraient travailler ensemble. Le nouveau citoyen recherche de beaux paysages, une ambiance agréable, de bons restaurants... Des éléments qui ressemblent à ce que le touriste recherche. Il veut avoir l’air d’un citoyen! En plus, il faut voir le touriste comme un potentiel citoyen.»

Ainsi, la conférencière suggère fortement aux villes d’investir continuellement dans la qualité de vie, de ne pas simplement se targuer des avantages de ne pas être pris dans des bouchons de circulation quotidiens comme dans les grands centres. C’est un concept qui évolue, fait-elle remarquer.

Dans un monde idéal, Mme Proulx souhaiterait voir les régions s’allier pour promouvoir leurs avantages par rapport à ceux des grands centres urbains. Dans la vraie vie toutefois, elle reconnaît que la compétition demeure féroce entre les villes d’une même région pour attirer de nouveaux citoyens.

«Des guerres de clochers persistent dans tous les milieux», sourit-elle. «Mais il faut voir qu’on optimise les budgets en se mettant ensemble. Sur un territoire donné, on est quand même gagnant si des gens choisissent la ville à côté par rapport à Montréal. Il faut le voir de façon globale, mais ce n’est pas facile.»