De gauche à droite: Robert Adam, vice-président de Biathlon Mauricie, Marcel Gagnon, ancien député et administrateur de Biathlon Mauricie, et Sylvie Pronovost, directrice générale de Biathlon Mauricie.

Des piquets suscitent l’inquiétude

NOTRE-DAME-DU-MONT-CARMEL — La plantation d’une série de piquets, il y a quelques jours, tout le long d’un lot boisé situé sur la montagne de Notre-Dame-du-Mont-Carmel suscite de vives inquiétudes chez les usagers. Propriété de Ciment Québec, ce lot ferait l’objet de coupes de bois dès cet automne tandis que l’exploitation du site en tant que carrière et sablière s’amorcerait d’ici deux ans.

C’est du moins ce qu’affirme Sylvie Pronovost au nom du conseil d’administration de l’organisme Biathlon Mauricie qui fait usage de la montagne pour des activités récréotouristiques. Mme Pronovost indique avoir obtenu ces informations du nouveau directeur général de Ciment Québec, Luc Bouchard et s’inquiète énormément de ce qui se prépare à cet endroit parce que l’exploitation de la montagne sur ce lot «couperait le sentier transcanadien Pégase et les pistes de ski de fond utilisées depuis les 60 dernières années. De plus, cela rendrait inutilisable le principal chemin asphalté qui a été construit antérieurement et qui nous donne accès en haut de la montagne pour les travaux, la supervision et les sentiers», déplore-t-elle.

Le Nouvelliste a contacté à ce sujet le président de Ciment Québec, Luc Papillon, seule personne de l’entreprise autorisée à parler aux médias.

Ce dernier s’est montré rassurant. Il explique la présence des piquets du fait que «notre responsable de la région-centre de l’opération ayant pris sa retraite, on a redéployé un peu la structure de notre organisation, là-bas. La nouvelle personne en haut de la structure, si l’on veut, voulant s’assurer de bien comprendre tout ce qu’elle avait à gérer maintenant, a fait piqueter la propriété de la sablière pour vraiment visualiser exactement où était la propriété. Il n’y a rien d’autre en arrière de ça», affirme-t-il.

«On n’ouvre pas de centre de ski et on ne mange pas de montagne», assure Luc Papillon.

Ciment Québec était propriétaire de trois lots, dans ce secteur. «Un a été vendu», indique-t-il. «Il n’avait pas d’autorisations autres qu’agricoles», explique le président. Un des trois lots est en opération depuis très longtemps, mais M. Papillon n’a pu nous dire si l’autre l’était aussi. «Vous m’en posez une bonne. Je pensais que les deux étaient déjà entamés», dit-il. Le président de Ciment Québec assure toutefois que les résidents et usagers de la montagne n’ont rien à craindre. «Ça a été piqueté juste pour des fins de bien visualiser les limites de lots», dit-il. Quand on demande au président de Ciment Québec si les usagers de la montagne ont à craindre des perturbations importantes à moyen ou à long terme, il assure que non.

Danny Roy, urbaniste et secrétaire-trésorier de la municipalité de Notre-Dame-du-Mont-Carmel, croit de son côté que Biathlon Mauricie a raison de s’inquiéter de ce qui pourrait se passer sur la montagne. M. Roy indique que Ciment Québec, peut exploiter ce lot, si elle obtient les autorisations du ministère de l’Environnement et de la Commission de protection du territoire agricole, ce que l’entreprise peut obtenir assez facilement, selon lui, puisque l’usage est autorisé sur ces lots.

La municipalité «ne peut pas faire grand-chose, là-dessus. Ce n’est pas de notre ressort», explique-t-il.

M. Roy explique que l’entreprise n’aura toutefois «pas le choix d’exploiter en respect de certaines pentes. Elle ne peut pas creuser jusqu’à la nappe phréatique. Il y a un paquet de restrictions», dit-il en précisant que l’entreprise n’a pas encore reçu l’autorisation du ministère de l’Environnement. Toutefois, rien ne pourrait empêcher Ciment Québec, semble-t-il, d’obtenir les autorisations dont elle a besoin.

Un des usagers de la montagne, Michel Massouty, président de COSI Québec, un organisme de sauvetage utilisant des chiens, est un de ceux qui s’inquiètent de l’avenir du site. «Quand la montagne sera tranchée, ce sera fini», fait-il valoir. «S’ils viennent à couper la montagne jusque là où ils ont mis les extrémités des lots, ça va être un sacré problème pour avoir des activités sportives. S’ils tranchent la montagne comme ils ont tranché à côté, il va y avoir de grosses problématiques. Il y a déjà des problématiques de vents liées à des effets de convection, car l’air chaud, là où il n’y a plus de végétation, remonte et rencontre l’air frais d’en haut ce qui créer des rafales très fortes», illustre-t-il.

L’ancien député Marcel Gagnon, qui offre son aide à ceux et celles qui essaient de remettre en marche ce site enchanteur, indique qu’il «trouve ça assez pénible de voir une petite richesse comme le mont Carmel, qui a permis à bien du monde, y compris moi-même, d’apprendre à faire du ski», risquer d’être défigurée par des activités de carrière, raconte cet ancien citoyen de Mont-Carmel.

M. Gagnon se souvient du bon temps de l’ancien centre de ski. «C’était extraordinaire. C’était le mont familial, un beau petit mont où l’on peut apprendre à skier», raconte-t-il.

Biathlon Mauricie, un organisme sans but lucratif et sa coordonnatrice, Sylvie Pronovost, se sentent très menacés par ces développements potentiels de Ciment Québec. Mme Pronovost aimerait d’ailleurs rencontrer le directeur sous peu pour tirer les choses au clair.

Biathlon Mauricie, rappelons-le, a construit un champ de tir et restauré la montagne en y aménageant 16 kilomètres de sentiers de ski de fond pour faire bouger les jeunes de la région. Il offre aussi un centre de biathlon national aux biathlètes de haut niveau tout en créant des emplois en tourisme sportif et récréatif.